carte blanche

Le business model de nos aéroports wallons doit changer

Les crises climatique et sanitaire nous imposent une révision en profondeur du business model de nos aéroports. Il ne s’agit pas d’une lubie d’écologistes: au-delà des impératifs environnementaux, c’est bel et bien la voie économique rationnelle que les aéroports wallons doivent suivre.

Sur le plan climatique, la Belgique a ratifié l’accord de Paris qui définit un cadre mondial visant à éviter un changement climatique dangereux en limitant le réchauffement de la planète à un niveau nettement inférieur à 2 °C et en poursuivant les efforts pour le limiter à 1,5 °C.

L'accord de Paris, c’est le tout premier accord mondial juridiquement contraignant sur le changement climatique.

Dans ce cadre, les chiffres liés à la croissance exponentielle du trafic aérien ces dernières années ont de quoi donner le tournis et sérieusement nous inquiéter…

Nombre de passagers doublé tous les 15 ans

En 2018, 4,3 milliards de passagers ont embarqué sur un avion à travers le monde. À chaque battement de cœur, un avion décollait dans le monde, ce qui représente environ 72 vols par minute. Plus que le nombre de passagers en valeur absolue, c’est la croissance fulgurante du secteur qui frappe. Tous les 15 ans, le transport aérien voyait son nombre de passagers doubler, avec les conséquences que l’on connaît.

Les décisions européennes en matière d’aides d’État ont clairement impacté le modèle économique des aéroports low cost.

Forte de ces constats, l’Europe a fort justement pris l’option d’accélérer les débats sur la compatibilité du transport aérien avec les objectifs climatiques, et notamment sur la future taxation du kérosène. Il nous paraît donc capital que les gestionnaires de nos infrastructures prennent en compte cette nouvelle donne environnementale à l’aube de l’élaboration de nouveaux master plans.

Gérer de manière responsable un aéroport, c’est donc aussi inclure dans ses schémas de développement, l’impact inévitable et attendu des futures mesures de lutte contre les dérèglements climatiques sur la croissance du secteur aérien. Ce contexte nous invite à la prudence face aux futurs investissements qui seront consentis en la matière.

Pour les écologistes, il faut donc résolument replacer l’aviation passager dans son domaine de pertinence au regard notamment du développement d’alternatives crédibles comme les trains de nuit.

Rendez-vous critique pour l'aéroport de Charleroi

Par ailleurs, avec la crise sanitaire qui a durement impacté le trafic passager, nous sommes face à un rendez-vous critique à BSCA. Pour la seconde année consécutive, l’aéroport de Charleroi va donc boucler dans le rouge. Un paradoxe pour une structure qui accueille plus de 8 millions de passagers par an !

Olivier Bierin ©BELGA

L’aéroport de Charleroi a ainsi maintenu des redevances sans concurrence en Europe au niveau des compagnies qui fréquentent BSCA: 2,46 euros par passager. Comparativement, les redevances publiées s’élèvent à 8,92 euros par passager à l’aéroport de Luxembourg, 16 euros à l’aéroport d’Eindhoven, 23 euros à l’aéroport de Lille et 35 euros à l’aéroport de Bruxelles.

Ce business model a montré ses limites. Les décisions européennes en matière d’aides d’État ont clairement impacté le modèle économique des aéroports low cost et la crise sanitaire ne fait que précipiter les choses. Il nous semble donc urgent de prendre en compte à long terme les paramètres nouveaux qui font suite à la crise sanitaire et climatique.

De plus, nous avons la conviction que la dépendance de BSCA à Ryanair doit décroître, mais qu’il convient surtout de revoir à la hausse ces redevances qui favorisent la croissance anarchique du secteur et impose des dépenses publiques importantes pour prendre en charge certaines missions des aéroports. C’est précisément sur cette base que des compagnies comme Ryanair ont imposé un nouveau business model low cost en Europe. Plusieurs structures aéroportuaires en ont déjà fait les frais, aujourd’hui, c’est clairement un de nos aéroports wallons qui est au cœur du cyclone. Il y a urgence à changer de cap!

L'aéroport de Liège en butte à l'impact sur les riverains

L’aéroport de Liège vit une situation à la fois très différente et très similaire. En effet, le transport de fret a peu diminué durant la crise du Covid-19. À Liège, il a même augmenté, vu la reconnaissance de Liege Airport comme hub pour le transport de matériel médical.

Christophe Clersy ©BELGA

À court terme, c’est une bonne nouvelle pour les travailleurs concernés. Par contre, cela entraîne une augmentation des nuisances pour les riverains, les avions étant plus lourds, ajouté au fait que les sens de décollage et d'atterrissage sont de plus en plus inhabituels en raison de changements de direction du vent.

De nouvelles communes sont donc affectées par ces nuisances. La révision prochaine du Plan d’Exposition au Bruit (PEB) risque de conduire à des dépenses publiques très importantes, car les riverains concernés auront très légitimement le droit de demander des aides à l’isolation, déjà octroyées à plusieurs milliers de ménages.

À plus long terme, les mesures environnementales déjà mentionnées peuvent avoir un impact sur le modèle low cost d’Alibaba, sur lequel l’aéroport mise beaucoup.

Pour la qualité de vie des riverains, pour le climat, pour gérer l’économie wallonne de manière responsable, c’est donc la plus grande prudence qui doit inspirer les deux aéroports wallons à l’heure où ils élaborent leur nouveau Master Plan.

La volonté des pouvoirs publics, à tous les niveaux de pouvoir, est de relocaliser certaines productions - ce qui correspond à l’aspiration de plus en plus de citoyens. À l’inverse, ce modèle détruit notre commerce local, soulève de plus en plus d’opposition, et risque d’engendrer également des nuisances liées au charroi des camions, il y aura donc de plus en plus de contestations et de recours contre les demandes d’extension.

Pour la qualité de vie des riverains, pour le climat, pour gérer l’économie wallonne de manière responsable, c’est donc la plus grande prudence qui doit inspirer les deux aéroports wallons à l’heure où ils élaborent leur nouveau Master Plan.

Par Olivier Bierin, député wallon de l’arrondissement de Liège (Ecolo) et Christophe Clersy, député wallon de l’arrondissement de Charleroi (Ecolo)

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