"Le communisme, ce n'est évidemment pas ma tasse de thé"

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Zakia Khattabi, la coprésidente d'Ecolo, estime qu'après la débâcle de 2014, le parti est de nouveau en ordre de marche. Elle juge par ailleurs le PTB "doué en communication".

C’est le problème, avec les sondages. D’abord, il ne s’agit que de sondages. Et puis, il est plus aisé de les ignorer lorsqu’ils sont revêches que quand ils font du bien au moral. "Je n’ai pas l’habitude de les commenter", sourit Zakia Khattabi. Qui s’y lance tout de même, parce qu’elle y voit un tournant pour Ecolo, deux ans après qu’elle a repris les rênes du parti avec Patrick Dupriez. "On le sent, sur le terrain, à travers nos contacts avec la société civile ou des entreprises: on nous accorde à nouveau de la crédibilité."

Ils sont plutôt bons, donc, ces sondages, pour Ecolo.

La tendance se confirme de sondage en sondage. Et colle avec la réalité que nous vivons. Alors que nous fêtons deux ans de coprésidence, la page du traumatisme de 2014, qui avait plombé tant le moral des troupes que les finances du parti, se tourne. Il a fallu procéder au remmaillage avec la société civile et retravailler le projet. À présent, Ecolo est remis en ordre de marche et tourné vers l’avenir. Et, même s’il ne s’agit que de sondages, cela fait du bien au moral. C’est reparti.

Hasard du calendrier, le Conseil d’État vient de trancher dans le dossier du photovoltaïque wallon, qui vous avait plombés.

Oui, jeudi, le Conseil d’État nous a donné raison sur toute la ligne. En rejetant les recours introduits contre les arrêtés pris par Jean-Marc Nollet, qui ramenait la période d’octroi de certificats verts de 15 ans à 10 ans. Une mesure ni rétroactive, ni injustifiée, ni disproportionnée, estime le Conseil d’État, qui ajoute qu’elle a pour origine une mauvaise évaluation du succès que le dispositif allait rencontrer en Wallonie. L’idée n’est pas de verser dans le triomphalisme, mais au moins la vérité est-elle rétablie. Ecolo a fait prévaloir l’intérêt général, au détriment des détenteurs de panneaux, dont on comprend qu’ils puissent être fâchés. Et le parti l’a payé cher. La responsabilité est, elle, renvoyée à l’initiateur de cette politique électoraliste, le cdH André Antoine.

Ecolo ne serait-il pas en meilleure forme parce que les autres vont mal, abîmés par Publifin ou le Kazakhgate?

Nous déplorons cette série, mais l’actualité nous donne raison, et valide nos fondamentaux. Conflits d’intérêts, cumul des mandats: sur ce terrain, on ne peut pas dire qu’Ecolo soit suspect. Notre bonne tenue ne tient pas à la méforme des autres. Les scores d’Ecolo n’explosent pas, au contraire de ceux du PTB. Peut-être récupérons-nous des insatisfaits qui nous avaient quittés en 2014, suite au photovoltaïque notamment. Il s’agit de gens en colère, et c’est légitime, mais qui ne se satisfont pas de l’indignation. Et reconnaissent qu’Ecolo constitue une force alternative de propositions. Il s’agit donc d’une lame de fond, nettement plus durable qu’une bulle liée au rejet des autres partis.

Quitte à caricaturer un brin, ne serait-ce pas là le cycle classique d’Ecolo, qui se porte bien dans l’opposition mais se fait laminer après chaque participation?

Ce serait injuste de dire cela. Déjà, parce que notre participation à Bruxelles ne nous a pas plombés, mais au contraire renforcés. Et puis, parce qu’Ecolo constitue une force de changement. Or nous ne sommes jamais seuls dans la majorité. Parfois, c’est plus le manque de loyauté de nos partenaires que notre positionnement qui nous coûte. Prenez le photovoltaïque, sur lequel le cdH ne nous a pas épargnés. Alors qu’André Antoine avait creusé lui-même cette tombe.

La montée en flèche du PTB, elle vous inquiète? Vous réjouit?

Elle s’inscrit dans un contexte global, où des partis qui ne se sont pas encore mouillés ont le vent en poupe. Or dans ces partis-là, on trouve le pire comme le meilleur. Difficile de dire, pour l’heure, de quelle catégorie ressortit le PTB. Il n’est pas possible de juger le PTB sur la base de sa participation au pouvoir. Oui, ils sont plutôt doués en communication. Et je peux comprendre que des gens se sentent proches d’eux dans l’indignation.

Vous pourriez travailler avec eux?

Le communisme, ce n’est évidemment pas ma tasse de thé. Comme ça, c’est dit. Maintenant, Ecolo construit ses alliances autour de projets. Je ne mets pas d’exclusives, qui n’engagent au final que ceux qui y croient. Prenez le MR qui n’allait jamais donner la main à la N-VA. Ou Maxime Prévot qui allait se consacrer exclusivement à sa ville de Namur. Tout cela, c’est de la politique-fiction qui n’engage à rien. J’irai avec ceux qui permettront à Ecolo d’aller le plus loin dans le changement.

Le "peuple vert" a-t-il certaines affinités avec les partisans du PTB?

Sur le terrain, nos militants se retrouvent à côté d’autres militants qui dénoncent la même chose. Alors oui, on se retrouve parfois côte à côte, comme lors de la dernière manifestation du non-marchand. Mais je refuse de me censurer sur certains sujets parce que le PTB s’est aussi positionné en la matière. Lutte contre la fraude fiscale, dénonciation de l’austérité ou enseignement: Ecolo n’a pas attendu le PTB pour se prononcer là-dessus!

L’affaire Publifin a débouché sur une vaste réflexion en termes de gouvernance. Cela va-t-il dans le bon sens, selon vous?

C’est difficile à dire. Le débat est ouvert, mais aucune mesure n’a encore été prise. J’attends les avancées concrètes. Par contre, il existe certains éléments tangibles qui m’inquiètent tout de même.

Comme?

Quand j’ai entendu les déclarations du président de la Chambre (le N-VA Siegfried Bracke, NDLR) sur le cumul et les conflits d’intérêts, j’ai été atterrée! Il y a certains Liégeois qui dénoncent une forme d’hystérie autour de Publifin. Ou des conseillers qui entendaient constituer une cagnotte pour le départ (forcé) d’André Gilles de la province de Liège.

N’est-ce pas anecdotique?

Non, surréaliste! Le message envoyé est que ce n’est pas si grave que cela. Au moment où il faudrait justement faire profil bas. C’est emblématique d’une culture et démontre qu’ils n’ont rien compris.

La culture de la gouvernance est-elle meilleure à Bruxelles qu’en Wallonie?

Je ne crois pas. D’abord, ce n’est pas toute la Wallonie, mais quelques personnes. Ensuite, de manière assez paradoxale, c’est le Parlement wallon qui a été le plus loin sur la question du décumul. Alors non, Bruxelles n’a pas de leçons à donner en termes de gouvernance.

Et Ecolo? Vous assumez l’image de donneur de leçons que le parti peut donner?

Nous ne donnons pas de leçons, mais défendons une vision de la bonne gouvernance. Et je ne pense pas qu’Ecolo puisse être épinglé sur le sujet. Pourquoi? Parce que nous nous sommes dotés de règles qui empêchent de tomber dans ces travers. Quelqu’un qui veut faire de la politique pour l’argent, ce n’est pas à la porte d’Ecolo qu’il frappe.

Puisque l’on parle d’image. Celle du parti n’a-t-elle pas été égratignée suite à l’écartement de Marie Nagy de la tête du groupe Ecolo à Bruxelles? Parce qu’elle a exprimé une opinion divergente sur le thème de la laïcité – à moins qu’il ne s’agisse d’un conflit plus ancien?

Alors là. On peut dire que Marie Nagy a réussi un coup politique magistral. Cela fait des mois que son groupe politique est en désaccord avec son attitude vis-à-vis de la majorité. À un moment, le groupe lui a accordé sa confiance et là, il l’a retirée. Fin de l’histoire, il n’y a rien de plus. Là où Marie a joué un coup magistral, c’est qu’avec cette carte blanche qu’elle a publiée, elle a complètement inversé la charge de la responsabilité. L’image laïque d’Ecolo ne saurait être remise en question. Il suffit de regarder nos positionnements sur des dossiers comme l’avortement, l’euthanasie des mineurs ou le mariage homosexuel pour s’en rendre compte. J’ai d’ailleurs été l’une des premières à signer le "manifeste des 350" appelant à sortir l’avortement du code pénal.

Peut-on parler d’un retour du "religieux" dans le débat public? Cela vous inquiète-t-il?

Oui. Quand on voit ce qui se passe en Pologne par exemple. Et c’est en France, pays laïque par excellence, que l’on a assisté à des manifestations contre le mariage homosexuel. Il existe une tendance, un conservatisme qui s’assume de plus en plus dans l’espace public. Il faut se montrer vigilants.

Vous dites qu’Ecolo est à nouveau en ordre de marche. L’air de rien, les élections se profilent, à tous les étages. Vous avez des objectifs précis?

Un score à deux chiffres, ce serait bien. Mais je préfère construire de manière progressive et ferme. Nul besoin d’une "bulle" dont on perdrait la moitié le coup d’après.

Et des ambitions personnelles à Ixelles?

L’enjeu, c’est clairement le maïorat. Ecolo va se mouiller, c’est sûr, mais il n’a pas encore été décidé qui tirerait la liste. Il y a d’autres personnalités à même de le faire.

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