Le Conseil d'Etat suspend le permis autorisant Lhoist à faire un essai de pompage à Rochefort

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Surprise, le Conseil d’Etat a relevé une contradiction dans l’arrêté du ministre wallon Carlo Di Antonio autorisant le carrier Lhoist à tester une formule de captage d’eau alternative à Rochefort. Du coup, il a suspendu le permis unique. Une victoire pour les moines trappistes, qui jouent la montre dans ce dossier.

Le Conseil d’Etat a écrit le 3 avril un nouveau chapitre de la saga opposant, depuis des années, la brasserie trappiste de Rochefort au groupe carrier Lhoist quant au sort à réserver à la source Tridaine, qui alimente en eau potable aussi bien l’abbaye que la ville de Rochefort. La juridiction a décidé de suspendre la décision du ministre wallon de tutelle, Carlo Di Antonio, d’octroyer à Lhoist Industrie le permis unique pour mener à bien ses tests de pompage alternatifs.

Il s’agit donc d’une victoire pour les moines trappistes, qui dénient depuis le début le droit à Lhoist  d’effectuer des pompages en dehors de la galerie Tridaine pour proposer une eau de substitution à l’abbaye et à la ville. Le producteur de chaux doit, pour rappel, faire face à l’arrivée prochaine à épuisement de la zone actuelle de la carrière.

Il voudrait, dès lors, abaisser l’ensemble de la carrière afin d’augmenter de plusieurs dizaines d’années la période de son exploitation. Abaissement qui passerait par la disparition de la galerie Tridaine, où sourd l’eau alimentant l’abbaye et la ville, ce que l’industriel se propose de compenser en allant chercher l’eau plus bas par pompage. Le projet est contesté par les moins trappistes, qui doutent d’une part de la réversibilité des tests de pompage s’ils s’avèrent négatifs, et d’autre part de la viabilité à long terme de la solution du pompage alternatif.

Dans son arrêt, le Conseil d’Etat est allé chercher un argument qu’on n’avait pas encore beaucoup développé jusqu’ici dans cette affaire: la destination de l’eau et l’adéquation du projet d’essai alternatif avec le Code de l’eau wallon.

"On ne comprend pas que la décision attaquée puisse permettre de compenser le tarissement de l’eau souterraine potabilisable ou destinée à la consommation située en tête de galerie, par de l’eau souterraine non potabilisable et non destinée à la consommation humaine."
Conseil d’Etat
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Il a relevé une grosse contradiction dans l’arrêté du ministre wallon accordant le permis unique à Lhoist Industrie: le document autorisant l’industriel à exploiter trois ouvrages de prise d’eau souterraine par pompage au moyen de trois puits forés à l’extérieur de la galerie Tridaine considère en effet qu’il s’agit d’une installation pour la prise d’eau souterraine non potabilisable et non destinée à la consommation humaine. Alors que plus loin, le maintien de la qualité de l’eau est considéré comme une condition essentielle pour autoriser les pompages.

"On ne comprend pas que la décision attaquée puisse permettre, en ce qui concerne l’eau dirigée vers la galerie Tridaine, de compenser le tarissement de l’eau souterraine potabilisable ou destinée à la consommation située en tête de galerie, par de l’eau souterraine non potabilisable et non destinée à la consommation humaine", souligne le Conseil d’Etat.

Il a décidé, sur cette base et en estimant que la condition d’urgence est remplie, de suspendre le permis unique octroyé par Carlo Di Antonio au carrier. Reste la procédure en annulation, certes, mais Lhoist perd entre-temps  un temps précieux, alors que les jours d’exploitation de sa carrière en l’état sont comptés.

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