analyse

Le Covid met le feu au campus de Louvain-la-Neuve, vraiment?

Si les règles sont bien respectées par les étudiants lors des activités encadrées et des cours, la situation se complexifie quand on retourne dans la sphère privée. La distanciation sociale n'est plus toujours respectée. Comme dans l'ensemble de la population... ©Photo News

Le Brabant wallon passe en couvre-feu de nuit, le campus de Louvain-la-Neuve est pointé du doigt. La situation sanitaire flambe pourtant dans toute la province.

Depuis lundi soir, le Brabant wallon est passé en couvre-feu la nuit (de 1 h à 6 h). Objectif: endiguer la flambée des contaminations dans la province. Pourquoi la nuit? Pour donner un signal symbolique fort, et au passage inciter les fêtards à rester chez eux...

D'un seul mouvement, tous les regards se sont tournés vers Louvain-la-Neuve, ville universitaire qui concentre sur son (petit) territoire 10.000 étudiants. Des jeunes qui ont la réputation de faire la fête jusqu'à pas d'heure dans des kots bondés. Et qui, de par la configuration de la ville, sont rapidement en contact avec les 10.000 autres habitants. Alors, a-t-on raison de les viser?

Lundi soir, sur les 27 communes du Brabant wallon, 26 avaient un taux d'incidence du virus supérieur à 500 pour 100.000 habitants.

Température prise chez le gouverneur de la province, Gilles Mahieu, il ne s'agit pas, par cette mesure, de viser les étudiants. "La logique n'est pas de cibler des personnes, mais le virus, et certains comportements." Et Louvain-la-Neuve n'est pas la seule commune à être mise en couvre-feu, c'est toute la province. Les chiffres montrent que la flambée des contaminations se fait partout. Lundi soir, sur les 27 communes du Brabant wallon, 26 avaient un taux d'incidence du virus supérieur à 500 pour 100.000 habitants. Le gouverneur précise que lundi, la commune d'Ottignies-Louvain-la-Neuve n'était pas en tête des communes les plus touchées. Avant, il y a Lasne et Rixensart.

Un autre indicateur vient pourtant accréditer la thèse qu'il y a un problème au sein de la population étudiante: 53% des personnes contaminées ont moins de 29 ans. "C'est un taux énorme", dit Gilles Mahieu.

100
tests pcr par jour
100 tests PCR sont effectués chaque jour sur le campus de Louvain-la-Neuve.

L'université, elle, est toujours en code jaune, alors que sa consœur, la KUL, est passée ce mardi en code orange. Depuis deux semaines, une antenne de dépistage a été installée sur le campus, 100 tests PCR y sont effectués chaque jour. "Le taux de contamination (calculé sur la base des déclarations spontanées) reste stable, nous dit-on. Cumuler les chiffres des contaminations, qui donnent 2% d'étudiants contaminés, est une erreur, il faut voir le taux de nouvelles contaminations. Et on reste toujours à 1% de la population étudiante."

Un autre facteur permet aussi de relativiser le "problème" étudiant: les résultats des tests sont encodés là où les étudiants sont domiciliés. Pas là où ils sont en kot. La forte hausse sur la commune n'est donc pas uniquement due aux étudiants, même si ils peuvent être vecteurs de contamination.

À l'UCLouvain, on explique avoir mis en place un grand nombre de mesures pour limiter la propagation du virus. "Les règles sont bien respectées par les étudiants, que ce soit en auditoire, mais aussi dans les lieux plus festifs, comme les cercles, soumis aux mêmes règles que dans l'horeca. Quant aux kots à projets, toute initiative qui y est prise doit être validée par les autorités académiques, et des limites strictes y sont imposées."

La bulle, c'est le kot ou la famille?

Là où les choses se compliquent, c'est dans le va-et-vient des étudiants entre leur kot et leur milieu familial. Quel lieu doit être pris comme référence pour la fameuse "bulle sociale"? Et quels comportements y adopter? Pour les étudiants, tout cela est très confus. S'ils n'ont aucun mal à respecter les normes sanitaires dans les lieux d'étude, où les règles sont hyper claires et intégrées par tous, les choses sont différentes quand ils se retrouvent en privé, où l'effet de groupe joue, les personnes relâchant leur comportement déteignant sur les autres. Un phénomène social qui n'est pas propre aux étudiants.

L'université rappelle sans cesse le respect des normes, et va lancer une campagne de sensibilisation via l'ASBL Univers santé.

De tout bord, on appelle à ne pas stigmatiser les jeunes. "Les étudiants sont agacés qu'on les mette tous dans le même panier, parce que 10% d'entre eux ne respectent pas les règles. Et à force de leur taper sur la tête, on risque de les perdre", confie-t-on au sein de l'UCLouvain. L'université rappelle sans cesse le respect des normes, et va lancer une campagne de sensibilisation via l'ASBL Univers santé. Elle invite aussi tous les étudiants à télécharger l'application Coronalert.

"La plupart des jeunes sont responsables, dit aussi le gouverneur de la province. Le danger, en les stigmatisant, serait d'entraîner des comportements de défi et de provocation en ayant un discours trop paternaliste."

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