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Le gouvernement wallon dégage un budget 2019 "à l'équilibre"

Le ministre-président wallon Willy Borsus ©Photo News

Le gouvernement wallon est parvenu à un accord sur le budget 2019. Et celui-ci est "à l'équilibre". L'opposition PS crie à "l'imposture".

Le gouvernement wallon a présenté, ce samedi matin, un budget 2019 "à l'équilibre", basé sur une diminution des dépenses publiques "sans porter atteinte aux politiques prioritaires" et sur des recettes "qui n'impactent pas le pouvoir d'achat" des Wallons. C'est ce dont s'est réjoui le ministre wallon du Budget, Jean-Luc Crucke (MR), selon qui il fallait avant tout "réduire le train de vie de la Wallonie."

13,819
milliards
Au total, les recettes s'élèvent à 13,819 milliards d'euros. Les dépenses, elles, se montent à 15,078 milliards.

Entamé jeudi après-midi, le conclave budgétaire - le dernier de cette législature pour la majorité actuelle - a atterri dans la nuit de vendredi à samedi. "Ce retour à l'équilibre dès 2019, sans nouvelle taxe, va au-delà de nos engagements", a de son côté souligné le ministre-président wallon, Willy Borsus. La Région, qui affichait encore un déficit de 200 millions en 2018, ne tablait en effet sur un retour à l'équilibre qu'en 2020. 

En chiffres, l'exécutif régional fait état d'une évolution réelle des recettes de 327 millions d'euros par rapport au budget initial 2018 et de 354 millions par rapport à l'ajustement 2018. Au total, les recettes s'élèvent à 13,819 milliards d'euros. Les dépenses, elles, se montent à 15,078 milliards pour un solde brut à financer de 1,259 milliard, ce qui, en termes SEC, "laissait quelque 300 millions d'euros à trouver sur un budget wallon de 14 milliards", a précisé Jean-Luc Crucke.

Pour y parvenir et permettre un retour à l'équilibre, les travaux budgétaires ont notamment porté sur le financement des UAP (unités d'administration publique) et du SPW (service public de Wallonie) tant en termes de fonctionnement (-3%) que de rémunérations (-1%), sur la gestion du parc immobilier, sur une réduction des subventions facultatives et sur la gestion de la dette. Un monitoring plus précis des besoins a également été réalisé, permettant de dégager quelque 50 millions d'euros, tandis que le Fonds Kyoto apportera des recettes complémentaires à hauteur de 66 millions d'euros.

Le budget en détails

  • Quelque 160 millions d'euros seront engagés dans le cadre du Plan wallon d'investissements, 116,5 millions pour le co-financement des programmes européens et 3 millions pour le service citoyen.
  • En matière d'actions sociales et de santé, 5 millions ont été prévus pour les personnes en situation d'urgence ou de handicap complexe et 1 million pour la prévention du cancer.
  • Le soutien à l'emploi passera notamment par une enveloppe de 2,5 millions pour les métiers en pénurie et de 3 millions pour les formations en alternance. Un montant global de 270 millions d'euros a également été dégagé pour permettre le glissement du Plan Marshall vers des politiques orientées vers l'économie, l'emploi et la formation.
  • En matière de mobilité, 170 millions d'euros seront engagés pour relancer le nouveau plan infrastructures 2019-2024, dont 15 millions seront spécifiquement consacrés aux pistes cyclables. Dix millions seront également alloués aux investissements ferroviaires stratégiques (axe Bruxelles-Namur-Luxembourg).
  • Les moyens de l'OTW - le nouvel Opérateur de Transport de Wallonie qui regroupe les cinq TEC et l'ex-SRWT - seront à nouveau indexés de 1% en 2019, ce qui correspond à une enveloppe de 4 millions d'euros octroyée, "sous conditions". "Cette enveloppe de 4 millions d'euros pourra être éventuellement orientée vers la sous-traitance de services à des concessionnaires privés sous réserve des négociations sociales en cours au sein du groupe", a précisé le ministre wallon des Transports, Carlo Di Antonio (cdH).
  • Les pouvoirs locaux bénéficieront, eux, de 20 millions d'euros pour les investissements communaux et de 12,5 millions pour le logement (optimisation énergétique et construction de logements sociaux).
  • La Wallonie a aussi prévu 17 millions d'euros pour préparer la mise en place de son assurance autonomie, dont 15 millions pour les Services d'Aide aux Familles et aux Aînés (SAFA) et 2 millions pour les Aides ménagères sociales.
  • Enfin, 8 millions d'euros ont été prévus pour éradiquer la peste porcine africaine et soutenir les filières touchées, auquel s'ajoute un million déjà annoncé cette année. Quinze millions ont également été dégagés pour faire face aux conséquences de la sécheresse exceptionnelle reconnue par l'IRM.

L'opposition remontée

L'opposition a dénoncé "un exercice de communication" dans le chef de la mahorité MR-cdH. "Le gouvernement wallon parle de retour à l'équilibre en 2019 en se gardant bien de souligner que dans le même temps, il a creusé la dette de 2,5 milliards additionnels d'euros en moins de deux ans. C'est une vraie imposture", a réagi le PS.

"Si le gouvernement wallon détaille toute une série de dépenses nouvelles, il ne détaille nullement les économies décidées et recourt à nouveau à la technique du 'solde du regroupement économique' pour boucler son budget. En d'autres mots, il spécule sur une non-utilisation des crédits inscrits et sur des bonis dans les organismes publics régionaux susceptibles de dégager un surplus", a-t-il ajouté.

Selon le PS, le solde brut à financer - la dette - a bondi de 10% par rapport à 2018, avec 1,26 milliard à emprunter. Quant aux dépenses, elles ont progressé de 1,42 milliard par rapport à 2018, alors que les recettes n'ont augmenté que de 327 millions. "On ne peut parler dans ces conditions d'un retour à l'équilibre", a encore estimé le parti socialiste.

Les agriculteurs déçus

De son côté, la Fédération wallonne de l'agriculture (FWA) n'a pas caché sa grande contrariété. "C'est avec colère et stupéfaction que la FWA a appris ce samedi que le gouvernement a délibérément choisi d'abandonner le secteur agricole face à ses difficultés", s'insurge-t-elle. "Le gouvernement wallon se moque-t-il des agriculteurs?"

La fédération agricole, avec l'aide des acteurs des diverses filières agricoles, avait chiffré le montant total des pertes estimées à près de 358 millions d'euros, suite à la sécheresse exceptionnelle de cet été. Ce chiffre reste à affiner, l'ensemble des données n'étant pas encore connues et les cultures étant encore en cours de récolte.

"Ce samedi, le gouvernement wallon annonce avoir décidé d'une enveloppe de 15 millions d'euros pour cette indemnisation, soit 4,2% des pertes réelles évaluées. Il s'agit du même montant qu'en 2017, où les pertes avaient été évaluées à 120 millions", poursuit la FWA.

 Cette dernière assure par ailleurs "entendre l'argumentaire du gouvernement, qui tenait à boucler un budget à l'équilibre" mais s'interroge sur la manière dont les agriculteurs vont pouvoir, eux, "équilibrer l'économie de leurs fermes avec une indemnisation aussi nettement sous-évaluée".

"La décision du gouvernement relève tout simplement du mépris face aux missions essentielles qu'assurent les agriculteurs wallons", conclut la fédération qui réunira ses instances décisionnelles la semaine prochaine "afin de déterminer les actions à mener pour protester contre cette décision scandaleuse".

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