Le juge Richard pris dans un conflit d'intérêt avec l'expert Deblinde

©BELGA

L’expert Olivier Deblinde à qui le juge d’instruction Philippe Richard a confié des missions dans plusieurs dossiers judiciaires est associé dans un cabinet d’expert-comptable qui tient les comptes de deux sociétés de la femme du juge.

Une semaine après avoir fait un pas de côté dans les enquêtes qu’il mène depuis plus de 5 ans contre le bourgmestre d’Ans et patron de Nethys (ex-groupe Tecteo), le juge d’instruction Philippe Richard est pris dans un imbroglio qui risque d’entacher son travail. Cette fois, ce sont les relations du magistrat liégeois, bête noire des hommes politiques liégeois qui redoutent ses investigations, avec l’expert judiciaire Olivier Deblinde à qui il a confié plusieurs missions qui suscitent la polémique. Selon nos informations et des documents dont nous avons eu connaissance, l’expert Deblinde est associé direct ou indirect du Cabinet de gestion comptable et fiscale (CGCF) dont le gérant était Christian Lecluse, un autre homme des chiffres. Les deux hommes se connaissent depuis longtemps dans la mesure où ils avaient créé en avril 2003 une association de fait dont l’activité principale est la tenue de la comptabilité de sociétés.

Actionnaire à 62,04%

Mais c’est en octobre 2012, lors de l’assemblée générale du cabinet d’expert-comptable tenue le 14 octobre qu’apparaît Olivier Deblinde, détenteur de 62,04% des parts de la Société privée à responsabilité limitée, CGCF (soit 1.154 parts sur un total de 1860 parts), dont il a été nommé gérant en remplacement de Christian Lecluse, décédé quelques jours plus tôt. Jusqu’ici, rien de compromettant, mais il apparaît que la société de Christian Lecluse dont Olivier Deblinde serait l’un des bénéficiaires effectifs, s’occupe aussi de la tenue de la comptabilité de deux sociétés dans lesquelles le docteur A. B., a des intérêts. Celle-ci n’est autre que l’épouse du juge d’instruction Richard. Les sociétés en questions sont la SPRL docteur A.B., établie à Waremme (en région liégeoise) et de la société anonyme, Bois de Mai. Parmi les fondateurs figurent notamment la sœur et l’épouse du juge Richard.

Le juge conteste

Stephane Moreau ©BELGA

Contacté par nos soins, le magistrat liégeois s’est refusé à tout commentaire. Il nous dirigé vers le président du tribunal de première instance de Liège, Philippe Glaude. "Le fait est contesté par le juge Richard, il n’a pas connaissance du fait que l’expert judiciaire tenait aussi la comptabilité de sociétés de sa femme. On verra plus tard si des vérifications s’imposent ", nous a répondu Philippe Glaude. Il rappelle que le juge Richard s’est déjà récusé dans le dossier de Stéphane Moreau à la suite d’une requête déposée par les avocats du patron de Nethys. Il faut dire que depuis 2012, CGCF ne s’occupe plus de la comptabilité des deux sociétés de l’épouse du juge Richard, elle est dorénavant confiée à un autre bureau d’experts-comptables (Gavage & Jacqmin). De son côté, Olivier Deblinde aussi conteste les faits. "J’ai un ancien associé qui s’occupe de la comptabilité des deux sociétés, déontologie, je n’aurais pas pu le faire", dit-il.

Mais des juristes que nous avons consultés estiment que la situation pose question et qu’elle laisse planer des soupçons sur les rapports rédigés par l’expert Deblinde. "Ca ne va pas comme situation. Il y a deux problèmes dans le chef de l’expert: un conflit d’intérêts et un problème d’indépendance. Et si le juge d’instruction n’était pas au courant de sa relation avec les sociétés de sa femme, il aurait dû le signaler ", commente Me Jean-Pierre Buyle, avocat pénaliste, spécialiste des dossiers financiers au barreau de Bruxelles. "Tous ceux qui ont intérêt à critiquer les rapports de l’expert question peuvent demander que ceux-ci soient écartés, c’est une perte de temps et d’argent. La justice peut même demander le remboursement des honoraires perçus par l’expert", poursuit-il.

Honoraires rejetés

Luc Partoune ©Photo News

Il faut dire qu’Olivier Deblinde a rédigé des centaines de rapports pour le juge Richard dans divers dossiers dont certains sont médiatisés (inculpation d’Alain Mathot et de Luc Partoune, directeur général de Liège Airport ; inculpation de José Happart, enquête sur Stéphane Moreau, etc.). La commission des frais de justice conteste depuis 2011 ses honoraires et à ce jour, l’Etat belge lui doit encore près de 250.000 euros. Acculé, l’homme a finalement renoncé à ses activités d’expert judiciaire et fermé son cabinet. Il aurait d’ailleurs été obligé de vendre ses maisons pour payer ses dettes contractées auprès des banques. Il se consacre désormais à des missions d’enseignement.

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