Publicité

Le manque de main-d'œuvre freine le plan d'investissement wallon

©Belga

Le gouvernement wallon vient de lancer une première vague de projets dans le cadre de son plan d’investissement. Evalué à 5 milliards d’euros, le plan devrait créer 8.000 emplois dans la construction. Mais le secteur craint ne pas pouvoir suivre face à la pénurie de main-d’œuvre.

La machine autour du plan wallon d’investissement se met tout doucement en branle. Après l’annonce des 5 milliards d’euros qui seront injectés dans l’économie wallonne à travers 31 projets d’ici à 2024, le gouvernement wallon MR-cdH vient de lancer jeudi une première vague de 15 projets pour un montant global de 1,2 milliard de subsides publics.

Il s’agit pour certains dossiers, comme l’équipement des zones d’activités, de chantiers ficelés depuis longtemps et qui étaient restés dans l’antichambre en attente de financements. D’autres, comme la création d’une filière de recyclage des matières plastiques, sont novateurs.

15 projets dont 36 millions pour Caterpillar

Parmi les 15 dossiers du plan d’investissement lancés par le gouvernement wallon jeudi, une enveloppe de 330 millions a été débloquée dans le cadre de Sowafinal 3. Les montants vont financer 141 projets autour des zones d'activités économiques et des zones portuaires afin d'en soutenir le développement et la reconversion des sites à réaménager et des sites pollués pour y établir de nouveaux logements ou de nouvelles activités économiques. Cela permettra de mobiliser 600 hectares pour les zones d'activités économiques et 100 hectares pour les ports.

Cette enveloppe réserve aussi 36,8 millions pour le rééquipement éventuel du terrain de Caterpillar à Charleroi en cas de vente saucissonnée des 98 hectares.

Surchauffe sur le front de l’emploi

Mais si une certaine euphorie gouvernementale entoure ces mégas chantiers destinés à booster la relance économique wallonne, de nombreuses zones d’ombre restent à régler.

La première inconnue concerne la main-d’œuvre qualifiée. Le ministre-président Willy Borsus (MR) n’a d’ailleurs pas manqué de le souligner dans son discours sur l’état de la Wallonie tenu au Parlement wallon mercredi. Pas moins de 31.329 postes sont restés vacants à la fin du troisième trimestre 2017. La construction n’échappe pas à cette pénurie et connaît actuellement un taux d’emploi vacants de 3%, soit 1.800 personnes.

"Le risque est de voir de nombreux chantiers paralysés par le manque de main-d’œuvre."
Francis Carnoy
Directeur de la Confédération construction wallonne

Elle tire donc aujourd’hui la sonnette d’alarme et redoute une véritable surchauffe avec la série d’investissements annoncés par le gouvernement. "Nous sommes déjà dans une situation de plein emploi dans la construction. Pendant 25 ans, nous avons dénoncé les sous-investissements criants dans les infrastructures. Aujourd’hui, les choses se modifient sérieusement. Mais la remontée est trop rapide. Cette reprise de la demande de travail se heurte aux difficultés de recrutement, dûes aux pénuries de travailleurs qualifiés. Dans certains segments (notamment les grands travaux) confrontés à une accélération récente des carnets de commande, le pourcentage de postes non pourvus peut atteindre 10%", estime Francis Carnoy, le directeur de la confédération construction en Wallonie.

À terme, "le risque est de voir de nombreux chantiers paralysés par le manque de main-d’œuvre", estime encore le secteur de la construction wallonne.

8.000 postes à pourvoir

Le taux d’emplois vacants pourrait même s’accentuer dramatiquement avec les nombreux chantiers annoncés par le gouvernement wallon. Il suffit de se plonger dans les chiffres pour jauger les tensions sur le front de l’emploi. Partons des investissements promis par le gouvernement. Outre le fameux plan wallon à 5 milliards qui s’étalera entre 2018 et 2024, le gouvernement wallon continue à financer un plan d’infrastructures (routes et voies hydrauliques) jusqu’en 2019 à hauteur de 160 millions par an.

9.600
postes
D’après les calculs du secteur de la construction, tous ces chantiers vont créer une masse gigantesque d’emplois évaluée à 9.600 postes sur base annuelle.

Le ministre Carlo Di Antonio devrait par ailleurs annoncer sa prolongation jusqu’en 2024 au rythme de 400 millions par an. Bref, d’après les calculs du secteur de la construction, tous ces chantiers vont créer une masse gigantesque d’emplois évaluée à 9.600 postes sur base annuelle.

"Le plan wallon d’investissements doté de 5 milliards d’euros dont 80% entraînent des activités de construction, en bâtiment principalement créerait (et permettrait ensuite de maintenir) selon nous environ 8.000 emplois sur base annuelle dans l’économie wallonne de 2019 à 2024, dont environ 4.000 emplois directs dans le secteur de la construction et 4.000 emplois indirects dans l’industrie et les services connexes", évalue Francis Carnoy.

Cet enjeu au niveau de l’emploi est fondamental pour le gouvernement s’il veut maximiser les retombées économiques au niveau local. "Nous demandons l’application de clauses sociales afin que les chantiers profitent aux sociétés wallonnes mais cela complique le recrutement d’une main-d’œuvre régionale. Le gouvernement doit absolument accélérer le recours des plans formation-insertion."

Risque politique post 2019

"Nous demandons que le plan d’investissement soit confirmé après les élections. Ces élections sont un risque politique. Remettre tout à plat après les élections viendrait casser la dynamique."
Francis Carnoy

Derrière ce talon d’Achille se cache un autre risque. Il est politique. La construction demande au gouvernement une plus grande prévisibilité dans les chantiers. "Nous allons avoir des difficultés à suivre au niveau de l’emploi. Il faut donc une montée progressive et une programmation qui aille au-delà de 2024. Nous voulons éviter le goulot d’étranglement. Nous demandons que le plan d’investissement soit confirmé après les élections. Ces élections sont un risque politique. Remettre tout à plat après les élections viendrait casser la dynamique. Or, la construction a besoin d’une prévisibilité sur les chantiers si elle veut investir en hommes et en machines."

À côté de cette surchauffe sur le front de l’emploi dans une Région qui comptabilise près de 200.000 demandeurs d’emplois, le secteur s’interroge sur le modèle de financement des chantiers. On sait que le gouvernement entend notamment lancer de nombreux partenariats entre le public et le privé (PPP) pour un montant global de 2 milliards d’euros. "Mais il manque une véritable expertise en matière de PPP en Wallonie par rapport à la Flandre. Nous proposons de transmettre au gouvernement notre expérience pour les montages juridiques."

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés