Le Mooc, méthode d'apprentissage en décollage

Le gain en popularité des MOOC's a amené les universités à devoir se diversifier, notamment avec la création de studios d'enregistrement de pointe. ©Hollandse Hoogte / Phil Nijhuis

À côté des formations traditionnelles, toutes les universités, ou presque, de la communauté française y vont de leur initiative dans ces cours en ligne accessibles à tous et n’importe où. Tour d’horizon.

Nouvelle année académique en vue pour les étudiants du supérieur de Belgique francophone. L’heure est désormais à l’écoute studieuse des cours donnés par le corps professoral, au sein des nombreux auditoires que compte la communauté française. Mais pas que. En effet, depuis une demi-dizaine d’années maintenant, des cours d’un genre nouveau ont fait leur apparition dans le catalogue des universités. On les appelle les "MOOC’s" (pour "Massive Open Online Courses"), du nom donné à ces formations en ligne, accessibles à tous, depuis n’importe où, nées aux États-Unis avant d’essaimer de par le monde.

Le principe est simple. Au sein d’un parcours, un ou plusieurs professeurs enseignent une matière par le biais du numérique. Une vidéo explicative ouvre la marche, une évaluation la clôt. Et ainsi de suite, au gré des modules qui le forment. Le cours peut être certifiant ou non, payant ou gratuit, et donné dans à peu près toutes les langues. Tout ceci saupoudré d’outils propres au digital tels que des forums d’échange entre étudiants, des outils d’annotation pour l’étude, des partages de liens pour approfondir les sujets, ou encore des extraits numériques de livres.

D’abord atypique, cette forme d’apprentissage a aujourd’hui gagné ses lettres de noblesse. Notamment de par une popularité grandissante.

Bientôt une vingtaine de MOOC's à l'Uliège

À titre d’exemple, à côté de ses formations classiques, l’ULiège propose désormais une douzaine de MOOC's. Au programme? "Agir pour sa santé", "économie des couples", "ConstruiREcycler", "migrations internationales" ou encore "gérer son entreprise autrement". Neuf autres compléteront la liste dès 2020, entend-on.

De quoi permettre à l’université d’aller encore plus loin que la centaine de milliers (6.000 en interne) d’inscriptions qu’elle a enregistrées depuis le début de ses efforts, il y a de cela un peu plus de deux ans. Un studio multimédia avait été mis sur pieds quelques mois auparavant, soit juste au bon moment pour attraper la vague au passage, se souvient Dominique Verpoorten, responsable académique de la cellule eCampus de l’ULiège.

L'UCLouvain pionnière

On développe 4 nouveaux MOOC's par an ici à l'UCLouvain.
Francoise Docq
Cheffe des projets MOOCs à l’UCLouvain

De son côté, l’UCLouvain fait figure de pionnière en communauté française. Professeur invité au MIT, l’actuel recteur de l’université, Vincent Blondel, y a découvert cette technologie, alors naissante, aux alentours de 2010. Et l'université poursuit sur sa lancée, avec ses 30 cours proposés, dont 10 en anglais, pour 565.000 inscriptions depuis 2014. Pas moins de 70 professeurs et assistants sont impliqués à ce jour, indiquant le sérieux de l’UCLouvain dans ce créneau. "Après appel à projet (et octroi d’un petit incitant financier, permettant l’embauche d’un mi-temps pour un an, NDLR), on développe 4 nouvelles formations par an", indique Francoise Docq, cheffe des projets MOOCs à l’UCLouvain.

Partenariats inter-universitaires

À l’ULB, la voilure est certes moindre, mais les résultats tout aussi intéressants. Dix cours ont été produits (dont 3 en anglais) en 5 ans, récoltant 260.000 inscriptions environ, renseigne Ariane Bachelart, cheffe de projet MOOCs à la cellule PRAC-TICE (regroupant différentes compétences propres à la réalisation de contenus multimédias). Un autre projet est en voie de réalisation en partenariat avec la VUB. Il abordera Bruxelles par le biais de multiples disciplines (histoire, architecture,…).

Une philosophie de partenariat que l’on retrouve aussi du côté de l’UMons où un MOOC à destination de l’Afrique est né d’une collaboration avec l’Agence universitaire de la Francophonie (AUF). Il aura totalisé quelque 12.000 participants en deux sessions. Le reste des projets, au nombre de deux, dont l’un en préparation aux côtés d’une université marocaine, tournent autour de la pédagogie, souligne Bruno De Lièvre, chef du service de pédagogie générale et des médias éducatifs et conseiller du recteur aux stratégies numériques pour l’enseignement.

Coaching des étudiants

De quoi démontrer, si besoin il en est, que le concept parle auprès d’une audience surpassant bien souvent celle des étudiants qui peuplent les universités de communauté française dont les cours émanent. C’est ce qui a décidé l’UNamur à lancer, en février prochain, sa première initiative: "viser la réussite, devenir un super étudiant". Tout un programme de coaching à la méthode de travail, qui mobilise une équipe d’une dizaine de personnes environ afin de mener le projet à bien.

Mireille Houart, experte dans l'accompagnement pédagogique des étudiants, explique sa démarche : "le passage du secondaire à l’université reste un vrai défi. Les étudiants ne sont pas toujours prêts à être autonomes". Forte de ce constat, né de 20 ans d’expérience sur le terrain, la chercheuse rédige d’abord un livre, "réussir sa première année d'études supérieures" (De Boeck), que le rectorat accepte, à sa demande, de transformer en cours en ligne. Son MOOC est né. Il n’attend plus que les étudiants. Certains professeurs ont depuis lors aussi fait l’inverse.

Investissements conséquents

Ce ne sont pas les idées qui manquent, mais nous voudrions éviter les maladies de jeunesses rencontrées ailleurs.
Sébastien Van Drooghenbroeck
Vice-recteur à l'Enseignement à l'université Saint-Louis

Mais vouloir n’est pas toujours pouvoir pour autant. En effet, il n’est pas toujours simple de faire mouche, et ce, avec, en filigranes, des investissements conséquents requis par cette stratégie de diversification.

À l’université Saint-Louis, un choix a été fait: rien n’a été mis en place à ce stade. L’heure y est toujours à la réflexion. Car, si "ce ne sont pas les idées qui manquent", cette temporisation permet "d’éviter les maladies de jeunesses rencontrées ailleurs", nous confie Sébastien Van Drooghenbroeck, vice-recteur à l'Enseignement. "Il y a eu un grand élan des universités belges pour les MOOC’s. Nous voudrions nous lancer en connaissance de cause". Il s'agit notamment de voir quelles matières aborder de cette manière et comment assurer ces cours après les avoir mis sur pieds. Cela mobilise, en effet, des enseignants déjà fort demandés. Pour Sébastien Van Drooghenbroeck, l'université Saint-Louis veut donc voir "à quelles conditions d’investissement humain" elle "peut dégager la plus grande plus-value".

Les SPOC's, des MOOC's en circuit privé

Mais l’envie est là. D’ailleurs, l’université n’est pas complètement absente dans le domaine, consciente de l’utilité d’expérimenter ces nouveaux formats. "Nous avons déjà participé à des MOOC’s diffusés par l’UCLouvain, avance Sébastien Van Drooghenbroeck, comme ‘initiation à l’esprit critique’, du Professeur Olivier Servais." Saint-Louis a aussi participé à une forme alternative: les "SPOC’s" (pour "Small Private Online Course"), soit "les petits frères du MOOC, mais en circuit privé".

L'alternative est déjà utilisée par la KUL, par exemple, afin d’enseigner à ses étudiants répartis sur des campus parfois très éloignés géographiquement les uns des autres (Limbourg, Brabant flamand et Flandre occidentale, par exemple). L’université bruxelloise indique avoir formé un consortium en la matière avec l’UCLouvain et l’université de Namur. Une initiative porteuse qui pourrait notamment déboucher à l’avenir sur des contenus utiles dans le cadre de la formation initiale des enseignants, dont on entend beaucoup parler en ce moment.

De son côté, l’ULB a développé un SPOC pour apprendre aux professeurs à créer leur MOOC. Et ce, avec un enseignement qui n’aurait plus à se faire en un lieu commun et donc centralisé.

Les MOOC's permettent d'accroître la visibilité internationale de l’université, de contribuer à l'accès universel au savoir, de générer de nouveaux profits (dans le cadre de cours avec certification payante, de l’ordre d’une cinquantaine d’euros, NDLR), d’étudier des comportements d'apprentissage au sein de grands ensembles de données, ou encore de favoriser le développement à de nouvelles pratiques pédagogiques du personnel.

Nombreux avantages, mais pas la panacée

Bref, les formes sont multiples. Et le concept est un réel succès pour les universités. Pour ne rien gâcher, en sus, cette forme d’enseignement permet d’"accroître la visibilité internationale de l’université, de contribuer à l'accès universel au savoir, de générer de nouveaux profits (dans le cadre de cours avec certification payante, de l’ordre d’une cinquantaine d’euros, NDLR), d’étudier des comportements d'apprentissage au sein de grands ensembles de données, ou encore de favoriser le développement à de nouvelles pratiques pédagogiques du personnel", résume Dominique Verpoorten (ULiège).

Pour autant, il convient de garder à l’esprit qu’ils ne forment pas la panacée. "Ils ne représentent qu’une partie marginale de l’enseignement digital vers lequel les universités tendent de plus en plus, conclut Eric Uyttebrouck, coordinateur de la cellule PRAC-TICE (ULB). S’ils présentent bien des aspects positifs, il ne faudrait pas leur attribuer trop de promesse de révolution pédagogique non plus". D’autant que, bien souvent, ils ne s’accompagnent pas de décharge de cours pour les enseignants. Ce qui veut dire qu’il en va d’une vraie prise sur soi.

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