Le MR dénonce son éviction de la majorité à Thuin

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Le MR a dénoncé ce lundi matin son éviction de la majorité dans la ville de Thuin. Le président provincial des libéraux dans le Hainaut, Denis Ducarme, y voit une volonté de revanche du bourgmestre et ex-ministre des Pouvoirs locaux du gouvernement wallon, Paul Furlan (PS), après sa démission de l'exécutif régional à la suite de l'affaire Publifin.

Denis Ducarme a été informé dimanche soir de l'éviction de son parti de la majorité où il siégeait aux côtés du PS et du cdH depuis octobre 2012. "C'est une revanche de Paul Furlan. Je m'attendais à un coup de sa part. Furlan veut redorer son blason et se refaire une place" a déclaré le président provincial des libéraux dans le Hainaut. Une motion de défiance constructive a été déposée par le cdH et le PS, a confirmé Paul Furlan, bourgmestre, à la RTBF.

Je m'attendais à un coup de sa part. Furlan veut redorer son blason et se refaire une place.
Denis Ducarme

"En tant que président provincial, je regrette que Paul Furlan choisisse de produire ce type de revanche sur son triste sort régional en prenant en otage les Thudiniens de manière aussi partisane, dans l'objectif de se refaire une santé après sa démission du gouvernement wallon", a déclaré Denis Ducarme.

Une opposition revancharde

"Je ne suis pas supris par les méthodes de l'ancien ministre dont je connais les moeurs politiques mais je suis inquiet du retour de la chape de plomb socialiste d'antan. Il est regrettable que la contratiété de carrière de Paul Furlan s'achève de la sorte. Le MR local produira à son encontre une opposition qui ne laissera rien passer, comme au niveau régional", a ajouté Ducarme.

Il y a, sans plus aucune ambiguïté aujourd'hui, une rupture de confiance.
Paul Furlan

"Il y a, sans plus aucune ambiguïté aujourd'hui, une rupture de confiance", a justifié quant à lui le bourgmestre de Thuin Paul Furlan lors d'une conférence de presse ce lundi matin. "C'est un problème purement interne. Il ne faut pas déborder de la sphère de Thuin", a-t-il ajouté. Pour lui, "la sérénité, la confiance et le respect" mutuels étaient les conditions indispensables au bon fonctionnement de la tripartite mise en place au lendemain des élections communales. Or, a-t-il dit, le PS seul disposait alors d'une majorité suffisante, avec 13 élus sur 23. Il avait cependant pris le pari de l'élargir au MR et aux élus Intérêts communaux, après une campagne électorale rude, particulièrement de la part du MR qui avait pourtant pris part à de précédentes majorités.

Aux yeux du bourgmestre, l'équipe a bien travaillé, menant à bien plusieurs chantiers importants, sur le terrain et financièrement. Mais des voix discordantes se sont manifestées, venant du MR, en dehors des réunions de collège, a avancé Paul Furlan, qui a cité le dernier en date: le sauvetage de la maternité de Lobbes. Le MR, dit-il, s'est opposé à la volonté de soutien manifestée aux travailleurs. Mais quand une solution est apparue en faveur de cette maternité, c'est aussi le MR qui en a revendiqué la bonne issue en s'en attribuant tous les mérites. Autant de prises de position qui ont déstabilisé le collège, estime M. Furlan. L'échevine IC Karine Cosyns a abondé dans le même sens, en insistant sur la nécessité d'une équipe forte et soudée, jusqu'à l'échéance communale d'octobre 2018.

Le MR ne pouvait pas continuer à avoir un pied dedans et un pied dehors
Paul Furlan

Paul Furlan a également balayé l'explication selon laquelle il aurait décidé d'éjecter le MR à Thuin, par mesure de représailles envers les libéraux après sa démission dans le dossier Publifin au gouvernement wallon. "L'explication de la vengeance, c'est un peu court. Le MR ne pouvait pas continuer à avoir un pied dedans et un pied dehors à Thuin", a-t-il conclu.

Une motion de méfiance constructive sera présentée dans quelques jours au conseil communal pour entériner le nouveau pacte de majorité, qui verra la mise en place du nouveau collège. Outre le bourgmestre, il comprend quatre échevins et la présidente du CPAS appartenant au PS, et une échevine IC. Le conseil communal se compose de 13 élus PS et 3 IC (apparenté cdH) dans la majorité, pour 6 élus MR et 1 Ecolo désormais dans l'opposition. Les libéraux étaient représentés au collège communal en la personne de Philippe Lannoo, échevin des Finances et de la Mobilité, en charge du collège de police.

Un combat à distance qui dure

Le 14 janvier, c'est justement le MR lui-même, par la voix de Pierre-Yves Jeholet, qui réclamait la démission de Paul Furlan (retrouvez notre dossier Furlan doit-il démissionner? ici), en clamant qu'il s'était montré hypocrite en dénonçant dans la presse les rémunérations des membres des comités d'avis de Publifin, alors qu'il aurait toujours refusé tout cadastre des mandats pour les organismes publics en Région wallonne (lire ici).

Un peu plus d'une semaine plus tard, c'est Jean-Marc Nollet (Ecolo), qui mettait lui aussi son grain de sel en déclarant que Paul Furlan "n'est plus l'homme de la situation"(une interview à revoir ici).

Le 26 janvier, Paul Furlan a fini par démissionner. C'est Pierre-Yves Dermagne, député régional wallon et premier échevin de la commune de Rochefort, qui le remplace en tant que ministre wallon des Pouvoirs locaux. Le président du PS, Elio Di Rupo, avait alors déclaré depuis le siège du parti: "Nous avons fait le choix de la jeunesse." (retrouvez le portrait de Pierre-Yves Dermagne ici)

Pas la première fois...

Ce n'est pas le premier cas d'éviction des libéraux d'une majorité communale en Hainaut. En avril 2016, le bourgmestre de Mons, Elio Di Rupo (PS), a renvoyé le MR, et son échevin Georges-Louis Bouchez, dans l'opposition pour le remplacer par le cdH.

En province de Namur, la députée Stéphanie Thoron a perdu en février 2016 son poste de bourgmestre à Jemeppe-sur-Sambre au profit de l'ancien maïeur Joseph Daussogne (PS).

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