Le patronat wallon met le gouvernement au pied du mur

©BELGA

L'Union wallonne des entreprises (UWE) presse le gouvernement wallon à activer la relance. "La Wallonie n'a plus de joker. Il est urgent de comprendre l’urgence", estiment les patrons.

L’urgence au bout des mots. À travers une série de mesures destinées à redresser la Wallonie, les patrons wallons tirent la sonnette d’alarme. Certains observateurs pourraient éventuellement y voir un sempiternel carnet de revendications. Il y a sans doute un peu de ça. Si ce n’est que les huit axes de relance tracés par l’Union wallonne des entreprises (UWE) pour redéployer la Wallonie s’articulent autour de mesures concrètes cogitées par une centaine d’acteurs de terrain depuis cet été et derrière lesquels on retrouve des capitaines d’industrie comme Pierre Mottet, Bernard Delvaux, Philippe Bertin, Yves Prete…

Régression économique

"L’année 2024 est synonyme de modification des transferts Flandre-Wallonie. Sur 10 ans, le budget wallon va perdre 3,3 milliards. L’année 2024 va aussi être synonyme de nouvelle réforme de l’État. Comment arriver à absorber tout cela si on est dans un état de régression économique?"
Olivier de Wasseige
Administrateur délégué de l'UWE.

À travers ce plan de relance, les patrons demandent ni plus ni moins au gouvernement wallon PS-MR-Écolo d’accélérer le redéploiement à travers des mesures structurantes. Pour Olivier de Wasseige, le patron de l’UWE, il y aurait même urgence car "la Wallonie n’a plus de joker". Autrement dit, ce serait maintenant ou jamais… "L’année 2024 est synonyme de modification des transferts Flandre-Wallonie. Sur 10 ans, le budget wallon va perdre 3,3 milliards. L’année 2024 va aussi être synonyme de nouvelle réforme de l’État. Comment arriver à absorber tout cela si on est dans un état de régression économique?"

Derrière le mot régression, l’UWE pointe une série de failles structurelles qui plombent la situation socio-économique du sud du pays: politique industrielle trop faiblarde, entreprises trop petites et pas assez nombreuses, saupoudrage des moyens financiers publics, part privée de l’emploi trop faible, défragmentation des structures publiques et multiples redondances…

"Évidemment que cela va trop lentement. Mais je ne me lamente plus sur ce retard. Il faut maintenant faire en sorte que ce qui ressort de Get Up soit costaud et rapidement implémenté."
Olivier de Wasseige
Administrateur délégué de l'UWE.

"C’est à ces maux qu’il faut s’attaquer et les mesures que nous proposons doivent permettre d’y arriver", estime Olivier de Wasseige non sans regretter la lenteur avec laquelle l’exécutif dirigé par Elio Di Rupo aborde la relance à travers son plan Get Up Wallonia. "Évidemment que cela va trop lentement. Mais je ne me lamente plus sur ce retard. Il faut maintenant faire en sorte que ce qui ressort de Get Up soit costaud et rapidement implémenté. J’espère que les contributions de l’UWE et des entreprises permettront de faire avancer plus vite les choses."

Créer un Imec wallon

Voilà pour le contexte! "Nos mesures (axées sur l’innovation, la formation, l’entrepreneuriat, la gouvernance budgétaire, la durabilité ou l’investissement public) sont là pour rendre confiance et développer la Wallonie."

Dans l’axe dédié à l’innovation par exemple, les patrons préconisent la création d’un Imec wallon, à l’image du centre de recherche dont dispose la Flandre à Leuven. "Aujourd’hui, nous avons une fragmentation du paysage au niveau de la recherche avec 19 centres qui reçoivent de l’argent public et aucun n’a une stature internationale comme l’Imec. Il faut défragmenter et se diriger vers 3 ou 4 centres et essayer d’avoir plus de synergies. On doit réinvestir dans la recherche."

Sur le front budgétaire, avec la crise du covid qui a creusé le déficit public, l’UWE en appelle à une meilleure gestion. "Il faut aller jusqu’au bout de l’exercice du budget base zéro." Pour rappel, cet exercice mené par le gouvernement vise à remettre à plat toutes les dépenses. "Il faut avancer sans tabou. L’effet retour de cet exercice est estimé à 1,5 milliard par an. On doit y arriver en simplifiant les structures publiques sur l’animation économique. Trop d’invests font la même chose. Il faut aussi en finir avec les redondances dans le monde de l’insertion à l’emploi (Forem, Mir, ALE, Cisp…) ou dans les directions des ports autonomes."

Remédier à la faible représentation francophone

La création de valeur est aussi au centre des préoccupations. "Une large réindustrialisation de la Wallonie est une nécessité." Pour la marche à suivre, l’UWE suggère de créer une base de données des produits et services disponibles en Wallonie "pour encourager les entreprises à se fournir plus près de chez nous".

"On n’est pas assez représenté dans les instances fédérales. Elles sont quasiment toutes dirigées par des Flamands. Le gouvernement wallon doit s’en inquiéter."
Olivier de Wasseige
Administrateur délégué de l'UWE.

Sur le plan politique, l’UWE demande au gouvernement Di Rupo "d’intégrer les enjeux politiques au niveau supra wallon". Là-dessus, le patronat regrette la faible représentation francophone dans les organes fédéraux. "On n’est pas assez représenté dans les instances fédérales. Elles sont quasiment toutes dirigées par des Flamands. Le gouvernement wallon doit s’en inquiéter", estime Olivier de Wasseige.

Les patrons rappellent enfin l’importance du développement du numérique et la connectivité sur tout le territoire avec notamment le développement de la 5G. Le plan de relance insiste finalement sur le renouvellement du bâti énergétique wallon. "L’impact sera majeur tant sur la consommation énergétique que sur le développement économique et social."

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