"Le PS sait laisser les égos de côté", Charles Picqué

©Dieter Telemans

Le bataillon socialiste Charles Picqué part en campagne. Et les libéraux en prennent pour leur grade.

Charles Picqué est dans les starting-blocks. "En top forme et mobilisé comme jamais", il est un des fers de lance du Parti socialiste pour le 25 mai à Bruxelles. Interview à la maison communale de Saint-Gilles alors que, ce dimanche, le PS tient son grand congrès bruxellois de campagne.

Alors, à moins de quatre mois des élections, comment ça va?

Je dois dire que ça va très bien. J’ai quitté la ministre-présidence alors que la VIe réforme de l’Etat était bouclée, j’ai la conscience tranquille. Beaucoup a été fait. Et ce qui n’a pas pu être parfait je pense à la mobilité et à la formation c’est essentiellement à cause d’un manque de moyens. Bruxelles s’est internationalisée, Bruxelles n’a jamais produit autant d’emplois qu’aujourd’hui. J’étais parti, je reviens totalement remobilisé car je vibre d’inquiétude et de colère, Bruxelles est menacée de l’intérieur voir la N-VA mais aussi de l’extérieur.

Que voulez vous-dire par "menacée de l’intérieur"?

La menace peut prendre plusieurs formes. D’abord, la N-VA qui aurait la capacité de bloquer les choses. Ensuite, il faut se méfier des combats de chefs. La classe politique ne peut se permettre le luxe de se déchirer. Bruxelles reste un deuxième choix politique pour certains. Une bataille d’egos comme on en voit dans certains partis, ou des promesses fallacieuses, cela m’effraye.

Quelle est la priorité des priorités pour le PS à Bruxelles?

Nous sommes très clairs, c’est le couple économie emploi. Parce que maintenir un bon taux d’activité économique est la condition première de l’emploi. La politique de l’emploi et de la formation, si elle est efficace, amène des solutions à beaucoup d’autres problèmes: le pouvoir d’achat pour le logement et l’accessibilité à la propriété, éviter l’exclusion des jeunes et résoudre des problèmes sociaux.

Vous dites qu’il y a des emplois à Bruxelles, pourtant le taux de chômage y est terriblement élevé, en particulier chez les jeunes…

Express

"Nous allons mettre le paquet sur la formation et l’emploi, c’est la priorité des priorités pour les années à venir à Bruxelles."

"Le Parti socialiste est le plus à même de réussir ce défi car c’est celui qui est le plus cohérent et réalise le mieux la synthèse entre les politiques d’emploi et les politiques sociales."

"Les programmes des partenaires de la future coalition devront aller dans le même sens. On n’a pas d’argent pour tout faire et se disperser."

Je dis qu’il faut d’abord et avant tout s’assurer qu’il y ait des emplois disponibles. On ne peut pas mener une politique de mise à l’emploi si on n’a pas d’emplois sur le marché, donc il faut arrêter de jouer les hypocrites: l’économie doit fonctionner, on doit avoir une économie prospère pour redistribuer de la richesse. On doit maintenir une activité économique dynamique compte tenu de la masse de gens qu’on doit insérer sur le marché de l’emploi. À côté de cela, c’est vrai que le chômage des Bruxellois est important. Il s’explique par le fait que les exigences pour l’emploi à Bruxelles sont plus grandes en terme de diplômes puisque c’est essentiellement une économie tertiaire, par le fait qu’on a aussi des flux migratoires importants. On a aussi un taux de natalité important chez les gens à revenus modestes. La grande bataille à gagner, c’est celle du chômage des jeunes.

Mais là, c’est carrément la catastrophe. pouvez-vous encore gagner cette bataille?

Et comment que nous pouvons encore la gagner! Pendant toutes ces années, nous avons manqué d’argent pour la formation car cette compétence nous échappait. Avec la réforme de l’État, la Région va enfin pouvoir disposer de ce levier. Nous allons mettre tous les moyens nécessaires et disponibles pour que la formation des jeunes et des demandeurs d’emploi soit le plus efficace possible. Concrètement, on va créer des centres de formation des vraies écoles professionnelles dédiées à une filière. La première d’entre elle va être créée à Anderlecht et sera axée autour des métiers du bâtiment. C’est la première grande école de métiers et elle sera dédiée aux métiers industriels.

Quand allez-vous lancer cela?

C’est décidé. Bel-Iris a donné son accord pour le financement des bâtiments, on va travailler aussi avec le secteur privé. On va développer ces pôles de compétences, la mise en relation des expériences professionnelles avec le privé. On va réfléchir à créer d’autres grandes écoles pour les filières Horeca, le tourisme mais aussi pour les biotechnologies et le pharmaceutique ou encore le travail administratif. On va vraiment mettre le paquet là-dessus. On va arbitrer les choix budgétaires en rapport avec nos priorités: les écoles de métiers, des places de formation en plus. Notre cible particulière, ce sont les jeunes sans emploi, c’est clair, net et précis.

Des écoles supplémentaires, cela ne va pas suffire à endiguer le fléau du chômage chez les jeunes!

Voilà pourquoi nous voulons faire davantage. Nous voulons offrir un contrat de travail à tous les jeunes après 18 mois de tentatives de trouver un emploi et des évaluations positives. Ce contrat d’emploi d’un an au salaire minimum est capital. La formation est indispensable, mais la première expérience professionnelle également. C’est vraiment ça qui va et peut faire la différence. Car la formation n’est parfois pas suffisante, donc on veut aller au-delà. On offre 3000 formations professionnelles par an, 2000 stages et 1000 contrats par an à Bruxelles. On récompense les jeunes qui ont fait l’effort d’intégrer un parcours de formation. La bataille de l’emploi est primordiale puisqu’on va aussi devoir lutter pour notre assiette fiscale bruxelloise. Plus de Bruxellois à l’emploi, c’est une condition majeure de la survie de Bruxelles en tant qu’entité autonome.

Comprenez-vous ce ras-le-bol de Bruxellois qui en ont assez que Flamands et francophones viennent finalement piller tout le stock d’emplois produits dans la capitale?

Je comprends tout à fait, la meilleure réponse est que les Bruxellois soient formés pour pouvoir prendre ces jobs eux-mêmes. Il faut rencontrer le besoin des entreprises bruxelloises et ces jobs reviendront à des Bruxellois.

Politiquement, pourquoi le PS serait-il plus à même de répondre à ce challenge de l’emploi que les libéraux?

C’est très simple: la politique de l’emploi ne réussit pleinement que quand d’autres conditions sociales sont réunies. Les demandeurs d’emploi ont un profil qui exige qu’on mène des politiques en amont de la formation: des politiques qui s’articulent sur la cohésion sociale dans les quartiers, du logement, équipement, proximité, écoles de devoir, crèches, alphabétisation, c’est un tout. Si vous arrivez avec vos belles théories en disant: on va faire ci ou ça, comme le prétendent les libéraux, ça ne mènera à rien. Les socialistes sont ceux qui réussissent le mieux la synthèse de toutes politiques nécessaires à la mise à l’emploi. Les socialistes sont les plus cohérents, on ne peut pas décréter d’en haut qu’on va réussir une politique économique. Les libéraux réalisent moins bien que nous cette synthèse des objectifs sociaux et économiques.

En même temps, on ne peut plus dire non plus que les libéraux sont uniquement cantonnés dans les communes riches: regarder Françoise Schepmans à Molenbeek…

Mais moi, je n’ai aucun problème à défendre Françoise Schepmans si elle veut remobiliser les quartiers les plus fragilisés. Je suis le premier à dire qu’il y a une vie en dehors du quartier européen à Bruxelles.

En terme de mobilité, que veut le PS?

Je le dis très clairement: nous ne pourrons pas avoir 36 priorités et il n’y aura pas d’argent pour tout faire. Améliorer l’offre de transports publics, c’est comme cela qu’on veut procéder. Un: le métro. C’est-à-dire côté Nord vers Schaerbeek et au sud vers Uccle. Ensuite, le RER qu’on doit fortement activer via l’échelon fédéral. une fois qu’on aura fait cela, nous sommes des réalistes, il n’y aura pas d’argent pour mettre le boulevard Charles Quint sous terre et creuser des tunnels partout, etc. On laisse ce genre de rêve à d’autres.

Je ne comprends pas ceux qui veulent tout pousser en même temps: les grands travaux routiers et les transports publics, ça n’a pas de sens. Il faut être raisonnable. Je pense qu’on peut aussi travailler sur le service de transport vers les écoles. Enfin, on devra penser à une tarification au kilomètre, mais ça ne sera pas une taxe en plus. On va remplacer la taxe de circulation par une taxe kilométrique, ça c’est juste.

Sur quelle liste figurerez-vous?

Je suis au service du parti, j’aiderai soit sur la liste régionale soit aux législatives. Le job pour Bruxelles peut se jouer des deux côtés.

Privilégiez-vous, comme Paul Magnette, de travailler avec l’Olivier.

Vous savez, il va y avoir ce que j’appelle un crash-test, un test auquel nous allons soumettre les programmes des autres partis puis décider quels sont les programmes les plus compatibles entre eux. C’est comme cela que nous allons former les majorités: on ne va pas partir vers des coalitions à dispersion budgétaire. Ce serait courir à la catastrophe car on n’aura jamais la masse critique de moyens pour régler un problème. Là, je vous dis, je suis aussi déçu qu’en colère quand je vois les priorités de Didier Reynders et du MR. Je me suis dit: où s’égare-t-on avec des grands travaux publics qui vont absorber tous les moyens dont Bruxelles dispose?

Rudi Vervoort ne décolle pas vraiment dans les sondages de popularité. Cela vous inquiète?

Je pense qu’il est un bon choix de ministre-président. Mais les victoires électorales se construisent à travers un esprit d’équipe. La force du Parti socialiste, c’est que nous sommes un élément de stabilité.

Par rapport aux libéraux qui sont divisés?

Au MR, j’entends ceci et son contraire. Je ne sais pas qui sont les interlocuteurs. Chez nous, les rôles sont clairs. Avec qui voulez vous qu’on parle chez les libéraux? Au PS, nous sommes capables de considérer que les choix de société sont plus importants que le choix des personnes.

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