Le sauvetage de Dexia et d'Ethias coûte 22 millions par an à la Wallonie

Jean-Claude Marcourt ©Photo News

La Wallonie paie annuellement entre 22 et 24 millions d’euros pour les intérêts de l’emprunt qui a permis de sauver Ethias et Dexia.

La chute de Dexia et la recapitalisation d’Ethias quelques mois après le début de la crise financière de 2008 n’en finissent pas de coûter aux finances publiques wallonnes.

Interrogé il y a plusieurs mois par Stéphane Hazée, député Ecolo au Parlement wallon, le ministre de l’Économie Jean-Claude Marcourt (PS) vient de lever une partie du voile sur le véritable coût de ce double sauvetage pour les finances wallonnes.

Dans le cadre du plan de sauvetage de Dexia et d’Ethias pendant la crise bancaire de 2008, la Région wallonne a été appelée à lever plusieurs emprunts pour un montant de 750 millions d’euros.

Depuis 2009, la Wallonie paie ainsi annuellement entre 22 et 24 millions d’euros pour honorer les charges d’intérêt liées à ces différents emprunts.

De source gouvernementale, il ressort que ce fardeau financier devrait se prolonger pendant encore de nombreuses années.

Pour bien comprendre tout ce dossier et le pétrin dans lequel est plongée la Région wallonne, il faut remonter à 2008. La crise financière ébranle différentes institutions bancaires, dont Dexia. Un plan d’urgence destiné à recapitaliser l’entreprise est mis sur pied par les pouvoirs publics. La Wallonie est appelée à mettre la main au portefeuille, rappelle Jean-Claude Marcourt. "Le besoin de financement a été évalué à quelque 6 milliards d’euros. Ces moyens ont été apportés d’une part par les actionnaires historiques (dont notamment l’État français) et d’autre part, par les gouvernements fédéral, de la Région flamande, de la Région de Bruxelles-Capitale et de la Région wallonne. L’apport de la Wallonie s’est élevé à 350 millions d’euros".

Double sauvetage

Le gouvernement wallon de l’époque mène l’opération de sauvetage via la Fiwapac. Mais les problèmes se corsent. Cette filiale de la SRIW est vite appelée à gérer un double sauvetage: Dexia mais aussi Ethias. Ce n’est pas tout… Elle doit également maintenir à flot l’entreprise aéronautique Sonaca, frappée par des taux de changes défavorables.

Le couteau sous la gorge, la Région wallonne se voit contrainte de donner son feu vert à la Fiwapac pour souscrire différents emprunts pour un montant total de 750 millions d’euros. La SRIW ainsi que la Sogepa apporteront de leur côté 300 millions d’euros.

La suite est connue… De Dexia, il reste aujourd’hui une coquille qui gère en extinction un portefeuille d’investissements dont il ne faut rien espérer de positif d’ici 2070. L’activité opérationnelle bancaire a elle été placée notamment dans une nouvelle entité baptisée Belfius. Si la santé d’Ethias est meilleure, une recapitalisation est en préparation. La Sonaca s’en tire mieux avec un bénéfice de plus de 20 millions en 2014.

Ce contexte planté, il reste à la Fiwapac de gérer 750 millions d’emprunts dont la majorité vient de Dexia. D’après les données transmises par le ministre Marcourt, la Région wallonne paie annuellement entre 22 et 24 millions d’euros pour honorer les charges d’intérêt des emprunts. Pour Stéphane Hazée, c’est interpellant. "On ne parle plus de ce dossier Dexia mais comme on le voit, il coûte toujours aux finances publiques de la Wallonie. 22 millions d’euros par an, cela représente 6 euros par an que chaque habitant wallon doit financer pour le sauvetage de Dexia".

Sur base de ces chiffres, la Wallonie aurait déjà décaissé près de 144 millions d’euros pour le financement des emprunts. Et encore, les montants donnés par le ministre Marcourt se basent sur les taux d’intérêts actuels, plus bas qu’en début d’emprunt. En 2010, la charge se montait à 32 millions. L’ardoise pourrait donc être beaucoup plus lourde. "C’était le prix à payer pour sauver les banques et l’épargne privée par la collectivité", estime un proche du dossier.

Quid des 350 millions ?

La suite? "L’emprunt étant fixé jusqu’en 2070, la Wallonie se trouve condamnée à encore payer 22 millions d’euros pendant de nombreuses années", confirme une source gouvernementale.

Quant aux 350 millions injectés dans Dexia, la Région semble en avoir fait son deuil. "Aucune perspective de dividende à court terme ne peut être envisagée", admet le ministre Marcourt.

Stéphane Hazée y voit, lui, un argument pour augmenter le contrôle sur les organismes publics. "Nous ne sommes toujours pas à l’abri d’une gestion sans contrôle dans les organismes publics qui évoluent en dehors d’un cadre législatif comme des holdings publics. Il y a encore beaucoup à faire en terme de contrôle public", estime le député Ecolo.

 

 

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