analyse

Le secteur de la construction risque-t-il la surchauffe?

©BELGAIMAGE

Dans le cadre des plans de relance, des milliards vont être injectés dans la construction. Cela représente un défi humain colossal pour le secteur.

Depuis quelques semaines, c’est l'effervescence au siège de la confédération wallonne de la construction. La cause de toute cette agitation est à chercher du côté des différents plans de relance qui vont le solliciter. Francis Carnoy, le directeur général de confédération wallonne de la construction, a fait ses calculs. "La construction va représenter la moitié des 13% du plan de relance européen de 6 milliards." Il reste évidemment très prudent sur les chiffres, tant que la Commission européenne n'a pas confirmé toutes les fiches mais, à l'entendre, il y a de quoi se réjouir. "Le secteur, comme d’autres, souffre du Covid et de la crise. Avant la crise, il occupait 65.000 emplois en Wallonie. Nous en sommes aujourd’hui à 60.000."

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Une pluie d'euros

À travers le plan de relance européen, la Wallonie va par exemple injecter 240 millions d'euros dans le circuit, pour la construction d'un millier de logements publics. On peut encore pointer le prolongement du tram à Liège (105 millions) ou du métro à Charleroi (60 millions). Pointons encore le plan wallon de rénovation des infrastructures routières (2 milliards), ou celui autour de la rénovation énergétique à long terme des bâtiments, visant la neutralité carbone pour 2050 et dont le coût global à charge du public et du privé est estimé à 120 milliards pour les logements qui devront tendre vers un label A, et 50 milliards pour le non-résidentiel.

100.000
emplois
D'ici à 2030, le secteur de la construction devrait engager 40.000 personnes et atteindre le niveau record des 100.000 emplois.

D'après les premières estimations réalisées par la confédération wallonne de la construction, les différents plans vont pousser le secteur jusqu'au niveau jamais atteint des 100.000 emplois. "On va devoir engager 40.000 personnes. Heureusement, ce niveau de 100.000 emplois ne sera pas atteint en une fois, mais de manière progressive d'ici à 2030", explique Francis Carnoy.

Risque de surchauffe

Face à ce qui ressemble à un risque de surchauffe, certains s'inquiètent quant aux capacités du secteur de la construction à absorber tous ces chantiers. Le cabinet de Thomas Dermine (PS), le secrétaire d'État chargé de la relance, ne minimise pas cette éventualité. Il insiste donc sur la préparation. "Il est essentiel de donner de la prévisibilité économique aux entreprises du secteur de la construction. C'est ce que nous faisons au travers du plan de relance, puisque nous identifions, en 2021, les grands projets qui seront réalisés d'ici 2026. Nous avons multiplié les contacts, en particulier avec le secteur de la construction. Cette concertation s'intensifiera dans les prochains mois, en associant l'ensemble des niveaux de pouvoirs, pour assurer que la filière puisse répondre de manière structurelle aux besoins. Au-delà du cadre économique, l'enjeu de la formation sera central pour permettre d’assurer la main d'œuvre nécessaire."

"Au-delà du cadre économique, l'enjeu de la formation sera central pour permettre d'assurer la main d'œuvre nécessaire."
Cabinet de Thomas Dermine (PS)
Secrétaire d'État chargé de la relance

Interpellé par cette crainte, Francis Carnoy temporise. "Il faut éviter de tomber dans un discours qui dirait que le secteur ne va pas y arriver. Le fait qu'on ait perdu 5.000 emplois depuis la crise du Covid nous donne une marge de récupération avant d'arriver à un plafond."

Un clou dans la chaussure

Cette confiance ne doit cependant pas masquer une réalité qui handicape le secteur depuis quelques années: la pénurie d'emploi. Pour le dire autrement, la construction n'attire plus les jeunes! "Le taux de vacance dans la construction est le double de celui de l’industrie. Sur les 125 métiers qui relèvent de la construction, 20 sont en pénurie, comme des voiristes, des conducteurs d’engin, des maçons, des couvreurs… Avant la crise du Covid, on recensait plus ou moins 3.000 postes vacants. C'est un réel souci pour nos patrons. Si tous les plans de relance se confirment, il faudra lancer une nouvelle campagne de promotion", reconnaît Francis Carnoy.

"Le taux de vacance dans la construction est le double de celui de l'industrie. Sur les 125 métiers qui relèvent de la construction, 20 sont en pénurie."
Francis Carnoy
Directeur de la confédération wallonne de la construction

Pour Marie-Kristine Vanbockestael, l'administratrice générale du Forem, les causes de ce désamour sont multiples. "Il y a des idées reçues chez les jeunes, qui voient la construction comme un secteur où les conditions de travail sont mauvaises. Le secteur ne ménage pas ses efforts pour corriger le tir, mais cela prend du temps. C'est un secteur qui évolue et se modernise avec l’usage d’appareils de levage sur les chantiers, la robotisation, mais il faut le faire connaître." Ce ne sont pourtant pas les débouchés qui manquent. "En 2020, le Forem a diffusé 28.000 offres d'emploi. Il faut encore en augmenter l'attrait."

Les travailleurs détachés, une soupape

En cas de tension sur le marché de l'emploi, le recours à des travailleurs détachés reste donc une éventualité pour les entrepreneurs. "Il y a une volonté de travailler avec une main d'œuvre locale, mais si les entreprises ne trouvent pas cette main d'œuvre, on ne peut pas les empêcher de se tourner vers l'étranger et d'engager des travailleurs détachés", admet Francis Carnoy.

"Ces plans, comme la rénovation des logements, ont un objectif sociétal, mais aussi économique pour les entreprises et la main d’œuvre locale. On vise un effet de levier. On doit encadrer au mieux les marchés publics."
Christophe Collignon (PS)
Ministre en charge du Logement

Pourtant, cette possibilité de faire appel à des travailleurs étrangers, Christophe Collignon (PS), ministre wallon en charge du Logement, voudrait l’éviter. "Ces plans, comme la rénovation des logements, ont un objectif sociétal, mais aussi économique pour les entreprises et la main-d'œuvre locale. On vise un effet de levier. On doit encadrer au mieux les marchés publics, en intégrant des clauses environnementales ou sociétales, en lançant des marchés de petites tailles pour orienter les contrats vers le marché intérieur, en favorisant le recours aux produits locaux. La formation de la main-d'œuvre sera aussi un élément clé pour que les entreprises aient le personnel adéquat", conclut-il.

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