Le vin wallon veut monter en gamme avec de nouvelles appellations

©© M&G Therin-Weise

Après trois ans de travail, le monde viticole wallon n’attend plus que le "go" du politique pour réformer des appellations jugées dépassées. De nouveaux cépages devraient désormais y être repris, entre autres.

Quinze ans après leur introduction progressive sur le marché, les appellations viticoles wallonnes vont être revues prochainement, entend-on. Objectif? Mieux refléter la réalité nouvelle rencontrée par les acteurs derrière les quelque 1,32 million de bouteilles produites en 2018 – une année record.

Vin de Wallonie, c’est plus facile à dire que Vin de pays des Jardins de Wallonie, non?
Pierre Rion
président de l’Association des Vignerons de Wallonie

Et pour cause, depuis les premiers pas, portés par les "pionniers", comme le Clos du Neuf Moulin en 1991 ou le Domaine de Mellemont en 1993, la donne a bien changé. L’on pense par exemple au succès, en l’espace d’une vingtaine d’années, du "Ruffus", du vignoble des Agaises. "Désormais, avec le recul, on sait ce que donnent les différents cépages sur notre sol", commente Pierre Rion, président de l’Association des Vignerons de Wallonie, et viticulteur. "Ce qui n’était pas le cas à l’époque." Il convenait dès lors d’élargir aujourd’hui la liste des cépages autorisés, et ce, afin d’éviter l’aberration qui prévaut actuellement, à savoir l’exclusion, parfois, des types qui donnent bien chez nous.

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Quatre appellations à ce jour

Au total, les appellations wallonnes sont au nombre de quatre à ce jour, avec l’AOC "Côtes de Sambre et Meuse", l’IGP "Vin de pays des Jardins de Wallonie", l’AOP "Crémant de Wallonie" (4 cépages autorisés, avec vendange manuelle, rappelle le spécialiste Marc Vanel) et l’AOP "Vin mousseux de qualité". Les deux premières remontent à 2004, où elles furent instaurées par José Happart (PS), qui était à l'époque ministre wallon de l'Agriculture, soit sept ans après les premiers pas en Flandre. Les deux autres remontent, elles, à 2008.

Pour bien faire, il convenait de simplifier les choses, martèle Pierre Rion. En effet, "Vin de Wallonie, c’est quand même plus facile à dire que Vin de pays des Jardins de Wallonie, vous ne trouvez pas?"

Critères d'origine plus stricts

Ensuite, la question de l’origine devait elle aussi être mise sur la table. Afin d’éviter ce que l’on connaît du côté du jambon d’Ardennes, par exemple, dont la viande peut être produite en Hongrie, emballée chez nous, et pourtant garder son appellation. "L’Europe accorde la possibilité d’appeler ‘vin belge’ un vin produit en Belgique avec des raisins produits ailleurs, même s’il ne dispose pas des appellations de rigueur. Pourtant, ces dernières sont seules garantes de l’origine du vin et du raisin. Il fallait que l’on se dirige vers des critères plus stricts, afin d’informer les consommateurs qu’il s’agit bien de vin et de raisin locaux, produits localement, avance le président. Cela permettra de préserver l’image et la qualité de la production."

Enfin, l’association des vignerons de Wallonie (AVW) a plaidé pour l’instauration d’une notion de rendement par pied – une première –, en plus de celle d’application à l’hectare, de même qu’une dérogation pour dépasser les quotas en cas d’années record, comme l’an passé.

En attendant le politique...

Reste, donc, au monde politique à suivre. Pour autant, seul le "go" du futur gouvernement – puis de l’Europe – est encore attendu pour avancer. Car en amont, un vaste travail préparatoire a déjà été mené. Un groupe de travail, constitué de représentants de l’AVW et du Service public de Wallonie (SPW), a tenu au cours des trois dernières années diverses réunions sur le sujet. Elles ont permis de redessiner les cahiers de charges. Aujourd’hui en relecture finale, ils seront présentés une dernière fois aux acteurs du secteur avant d’être soumis à consultation publique via une publication au Moniteur.

Depuis le début des années 2000, le créneau du vin wallon a été investi par les "professionnels".

Et c’est qu’il était temps. En effet, depuis le début des années 2000, le créneau du vin wallon a été investi par les "professionnels" avec la famille Leroy (Ruffus), Jeannette Vandersteen (Bon Baron), Philippe Grafé (Chenoy), et Jean-François Baele (Ry d’Argent). Ils ont été suivis, quelques années plus tard, par les "investisseurs", que sont les Vaxelaire (Bioul), les Ewbank de Wespin (Chant d’Éole), la coopérative Vin de Liège, et la famille de Radzitzky d’Ostrowick (Château de La Mazelle). Puis, plus récemment, sont arrivées les "grandes familles", avec les de Mévius (Falize) ou encore les Verhaeghe de Naeyer (Bousval) – demain, le prince Amaury de Mérode devrait d’ailleurs, lui aussi, rejoindre tout ce petit monde.

Autant de développements qui ont fait souffler un vent nouveau sur la production, de plus en plus professionnelle, et donc qualitative. Un travail qui attend aujourd’hui sa reconnaissance. D’autant que le prix des bouteilles le demande parfois, avec certains grands cru dépassant les 40 euros.

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