Les élèves francophones busés en lecture au test Pisa

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Les résultats du nouveau test Pisa montrent un tassement dans les capacité de lecture des élèves depuis 2012. La Fédération Wallonie-Bruxelles est même en-dessous de la moyenne des pays de l'OCDE. Les résultats sont, par contre, en hausse en mathématiques, mais toujours sous la moyenne en sciences.

Les résultats du test Pisa ont été dévoilés ce mardi matin. Ce baromètre, qui jauge l’état des connaissances des élèves de 15 ans dans l’enseignement de la Communauté française, est à chaque fois redouté par le ministre à la tête de l’enseignement. Cette année, le bulletin octroyé par l’OCDE pointe les lacunes en lecture.

Trend positif contre le redoublement

Mais avant de plonger dans le cœur des résultats, un élément de contextualisation n’est pas inutile. Dirigée par l’OCDE, l’enquête Pisa a lieu tous les trois ans. Elle a été menée auprès de 600.000 jeunes de 15 ans dans 79 pays. Ses résultats permettent de suivre de manière rigoureuse l’évolution de l’acquisition de compétences par les élèves dans les différents pays participants.

48
pour cent
Le redoublement touche 48% des élèves sur l’ensemble du cursus scolaire en Communauté française contre 29% en Flandre.

Pour sa septième édition, Pisa s’est focalisée sur la compréhension en lecture, et dans une moindre mesure sur les mathématiques et les sciences. "En Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB, NDLR), 3.221 jeunes de 15 ans, issus de 107 établissements, ont pris part à l’évaluation", souligne l’université de Liège qui a mené l’analyse des résultats du test Pisa pour la ministre de l’enseignement en Communauté française

L’âge étant le seul critère de sélection, les élèves de 15 ans se répartissent dans différentes années et filières du secondaire. Cette précision permet d’ores et déjà de poser un premier constat sur l’état du redoublement en Communauté française jugé "exceptionnel" et  "loin de représenter une pratique courante" dans les pays de l’OCDE.

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Le redoublement touche 48% des élèves sur l’ensemble du cursus scolaire en Communauté française contre 29% en Flandre. "52% des élèves sont à l’heure dans leur parcours (4e secondaire), 1% sont avancés, les autres sont en 3e, voire fréquentent encore le 1e degré (10 % des élèves)". Mais, comme le constate Dominique Lafontaine de la faculté de psychologique et des sciences de l’éducation à ULiège, l’évolution va dans le bon sens. "Par rapport à 2015, la proportion d’élèves en retard et la proportion d’élèves fréquentant le 1er degré ont diminué respectivement de 4% et de 3%."

Dans un monde digitalisé, la capacité à faire le tri dans la profusion d’informations non contrôlées sur internet devient une compétence cruciale.
ULiège

Moins 15 points en lecture en 6 ans

Place maintenant aux connaissances en lecture. Les tests ont intégré dans cette édition les nouvelles formes de lecture en ligne et questionnent l’élève sur ses capacités à localiser, comprendre, réfléchir et évaluer.  "Dans un monde digitalisé, la capacité à faire le tri dans la profusion d’informations non contrôlées sur internet devient une compétence cruciale, nettement plus importante que dans un monde où les circuits de diffusion de l’information étaient davantage régulés et la qualité de l’information garantie ou labellisée par différents mécanismes (édition, travail journalistique...). Le lecteur qui ne possède pas ce type de compétence critique en 2018 est une proie facile pour toutes les tentatives de fraude ou d’hameçonnage et risque de se faire abuser par les rumeurs, fake news et informations non vérifiées qui foisonnent sur Internet", insiste l’ULiège.

Très peu de réformes susceptibles d’avoir un impact sur les performances des élèves à Pisa ont été mises en place au cours des trois dernières années.
ULiège

Le bilan n'est cependant guère reluisant. "En lecture, les résultats de 2018 sont en léger recul par rapport à ceux de 2015 (-2 points). Alors que les performances des élèves s’étaient sensiblement améliorées en 2009 et 2012, rejoignant la moyenne des pays de l’OCDE, une baisse assez sensible a été enregistrée en 2015 (-13 points de moins qu’en 2012). Ce tassement des performances se confirme en 2018. Avec un score de 481, la FWB est en-dessous de la moyenne OCDE (487)".

Mais pour l’ULG, ce résultat n’est finalement pas très étonnant. "Alors qu’un vent de changement souffle sur le système (avec l’arrivée du Pacte d’excellence, NDLR), très peu de réformes susceptibles d’avoir un impact sur les performances des élèves à Pisa ont été mises en place au cours des trois dernières années. Il ne fallait donc pas s’attendre à des évolutions sensibles dans les performances des élèves de 15 ans."

Les écarts ont diminué avec la Flandre

Habituel point de comparaison lors de chaque enquête Pisa, la Flandre obtient un score de 502. Si les élèves de l’enseignement flamand font mieux que leurs condisciples francophones, Dominique Lafontaine les nuance. "Depuis 2000, la situation a radicalement changé. Les différences ont diminué de moitié voir davantage entre la Flandre et la FWB. En 2012, la Communauté française a eu des résultats comparables à la Flandre en lecture. La Flandre reste sensiblement meilleure mais il n’y a que 20 à 25 points d’écart alors qu’on était à 50 points d’écart il y a 10 ans."

On ne peut cependant pas y voir un réel phénomène de rattrapage du côté des écoles francophones. "Non, c’est parce que les Flamands ont diminué dans les trois domaines (lecture, sciences et mathématiques)."

Moins d'un élève sur 11 est très performant

Parmi les trois compétences analysées en lecture, les élèves de la FWB sont comparativement les plus performants dans "localiser l’information". " Leurs résultats (486) sont très proches de la moyenne de l’OCDE (487)." La véritable faiblesse a été détectée dans les tests de compréhension à la lecture. "La différence de 9 points entre la FWB et la moyenne des pays de l’OCDE est significative." Un échec a été aussi été décelé dans les exercices sur "Évaluer et réfléchir" avec un score de 481 points, soit 8 points de moins que la moyenne des pays de l’OCDE.

Le verdict global est d’ailleurs assez interpellant: environ un élève de 15 ans sur quatre se place sous le niveau 2 (le niveau 1 sur une échelle de 1 à 6 étant le moins bon), "alors que moins d’un élève sur 11 atteint les niveaux les plus performants, soit les niveaux 5 et 6." Or, selon Dominique Lafontaine, pour aborder l’enseignement supérieur, l’élève doit disposer d’un bagage situé entre les niveaux 4 et 6.

Des élèves 4.0

Derrière ces chiffres, l’ULiège voit une mutation dans les habitudes de lecture. "Les pratiques de lecture traditionnelles sont moins fréquentes qu’il y a dix ans et l’intérêt pour la lecture est en diminution. Cela correspond à un changement de pratiques: pour suivre l’actualité, les jeunes se tournent clairement vers les supports numériques plutôt que vers les magazines et les journaux dans leur version papier."

Ces changements ont cependant un côté positif car les résultats montrent une acuité plus fine de la part des élèves à analyser des textes numériques face aux lectures plus classiques, comme un texte suivi de questions.

Hausse dans les maths, stable dans les sciences

Moins analysés dans les détails, les résultats en mathématiques (495) sont en légère augmentation et désormais supérieurs à ceux de la moyenne des pays de l’OCDE (489). Les résultats en sciences (483) sont, eux, stables par rapport à ceux des cycles antérieurs et en-dessous de la moyenne OCDE (489). La Flandre obtient, elle, 518 en mathématiques et 510 en sciences.

Un système toujours aussi inégalitaire

L’allongement du tronc commun est un très bon moyen pour lutter contre les inégalités.
Dominique Lafontaine
ULiège

Mais l’enquête Pisa, c’est aussi l’occasion de prendre le pouls dans le système scolaire francophone. En matière d’inégalités liées à l’origine sociale, la FWB se classe toujours parmi les systèmes éducatifs où ces inégalités sont les plus marquées, aux côtés de la Communauté flamande, de la France, de la Hongrie et du Luxembourg. "On observe des différences de performances importantes entre les élèves favorisés et les élèves défavorisés: 107 points en lecture, 109 points en mathématiques et 108 points en sciences, soit un des écarts les plus marqués de l’OCDE", constate l’ULG.

Cette inégalité touche aussi les élèves en retard scolaire. "En lecture, un écart de 91 points sépare les élèves à l’heure de ceux qui ont un an de retard; lorsqu’on envisage les élèves qui ont deux ans (ou plus de deux ans) de retard, cet écart atteint 147 points."

Pour réduire ces inégalités scolaires, Dominique Lafontaine pointe l’allongement du tronc commun. "Plus il y a de choix et plus ce choix doit se faire tôt, plus cela accroît les inégalités. Les parents d’origine favorisée comprennent nettement mieux la manière dont le système éducatif fonctionne et les différentes filières de l’enseignement. L’allongement du tronc commun est un très bon moyen pour lutter contre les inégalités.

Les résultats de l'enquête PISA 2018 ©OCDE

 

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