Les étudiants étrangers coûtent 164 millions à la Communauté française

En médecine vétérinaire, la Communauté française limite à 30% le nombre d’étudiants étrangers. ©BELGAIMAGE

Près de 30.000 étudiants étrangers étudient en Communauté française. La facture fait tiquer le monde politique.

Comment endiguer l’afflux massif d’étudiants étrangers dans les hautes écoles et les universités de la Communauté française?

Au regard de la législation européenne et du principe de la libre circulation des étudiants, la parade est délicate et la Fédération Wallonie-Bruxelles s’en est déjà mordu les doigts devant la Cour constitutionnelle.

Le coût reste pourtant un sacré fardeau pour son budget étriqué, d’autant que les finances publiques ne bénéficient pas des effets retour de cet investissement dans la formation (les jeunes étrangers retournent dans leur pays et ne contribuent pas au PIB, ne paient pas d’impôts dans notre pays,…).

A savoir

D’après les chiffres fournis par le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, pas moins de 30.000 étudiants non-résidents suivent un enseignement supérieur en Communauté française. Parmi eux, de nombreux Français attirés par le libre accès à l’enseignement .


La facture est loin d’être anodine. Lors de la confection du budget 2014, André Antoine (cdH), le ministre en charge du Budget au sein du gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles a tenté d’évaluer la charge financière que représentent ces étudiants étrangers pour les finances publiques. Verdict? D’après nos informations, la facture s’élève à 236 millions d’euros par an. De ce montant, la Fédération Wallonie-Bruxelles doit déduire une dotation financière de 72 millions d’euros qu’elle reçoit du Fédéral chaque année. Le coût final est donc 164 millions d’euros. Les étudiants venant de France pèsent 100 millions d’euros.

• Comment résoudre cette problématique?

♦ L’action politique est délicate. Au niveau du gouvernement, un système de quotas a été mis en place. Non sans mal, car il a été dans un premier temps cassé par la Cour constitutionnelle. La solution, qui ne résout que partiellement le problème, a été de mettre en place un quota d’étudiants étrangers dans certaines filières de l’enseignement. Ainsi, en kiné, en logopédie, en audiologie et en médecine vétérinaire, la Communauté française limite à 30% le nombre d’étudiants étrangers. D’autres filières comme les études de sage-femme, d’ergologie et de soins infirmiers, sont placées sous surveillance. Pour justifier cette restriction, le gouvernement invoque auprès de la Commission européenne une raison de santé publique. Pourquoi? Le gouvernement estime qu’une fois leur diplôme en poche, ces non-résidents retournent exercer leur profession dans leur pays d’origine et créent dès lors une pénurie de professionnels dans ces filières.

♦ A l’UCL, on avance une nouvelle piste pour compenser le manque à gagner dû à ces étudiants non-résidents: leur faire payer un minerval plus élevé. Le hic, c’est que cela contreviendrait à l’égalité de traitement des étudiants en Europe. Pour contourner cet écueil, il conviendrait d’augmenter le minerval pour tout le monde et compenser cette hausse, par exemple, par un système de chèques-études pour les étudiants résidents. En portant le minerval à 2.000 euros, et en octroyant un chèque-étude de 1.165 euros aux étudiants résidents, la situation ne changerait donc pas pour les Belges. Par contre, les universités verraient rentrer dans leurs caisses 1.165 euros supplémentaires par tête d’étudiant non-résident. "A l’UCL, cela concernerait environ 4.000 étudiants. Ce qui représenterait un gain de 5 millions d’euros. De quoi augmenter de 10% le nombre de postes académiques", fait remarquer Vincent Yzerbyt, prorecteur à la recherche.

Augmenter le minerval pour les étudiants, c’est évidemment une solution très délicate. "Le débat sera chaud, admet Philippe Emplit, vice-recteur à l’ULB. Quoi qu’il en soit, il faudra veiller à maintenir des droits réduits pour les étudiants, même étrangers, en situation financière difficile." Albert Corhay, le nouveau recteur de l’ULg, souligne aussi que certains étudiants de pays non-européens payent déjà des droits complémentaires (2.375 euros pour les ressortissants d’une centaine de pays en développement, comme le Brésil ou le Cameroun, et jusqu’à 4.175 euros pour les pays "riches", comme le Canada, les USA). "On reste malgré tout en dessous du coût effectif", répond Vincent Yzerbyt.

Et maintenant?

Cette question des droits d’inscription est en tout cas sur la table de l’Ares, la coupole de l’enseignement supérieur. Le dossier devrait aussi revenir rapidement sur la table du prochain gouvernement. A la veille des élections, on préfère ne pas parler de hausse du minerval. Tant le PS que le MR, Ecolo et le cdH estiment par contre que la Commission européenne doit intervenir. La solution proposée: mettre en place un fonds de mutualisation à l’échelle européenne pour prendre en charge une partie du financement des étudiants étrangers.

Le prochain gouvernement est aussi appelé à poursuivre les négociations bilatérales avec la France et pousser le gouvernement de François Hollande à faire un geste.

Et maintenant?

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