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Les inondations de cet été ont révélé une gestion de crise inadéquate

La note de manutention du barrage d'Eupen ne prévoit pas la possibilité de créer une réserve d'eau supplémentaire en procédant à des lâchers préventifs, apprend-on à la lecture d'une analyse effectuée par la société suisse Stucky. ©BELGA

Une analyse indépendante dédouane les gestionnaires du barrage d'Eupen, mais pointe une série de faiblesses dans la gestion de crise en Wallonie.

Suite aux terribles inondations de la mi-juillet et aux critiques concernant la gestion du barrage d'Eupen, le ministre wallon des Infrastructures Philippe Henry (Ecolo) avait décidé de commander une analyse indépendante à la société suisse Stucky. Le premier volet de cette analyse, qui porte sur le déroulé des événements, est désormais disponible.

Le barrage d'Eupen dédouané

Ses conclusions? La probabilité d'un tel événement était faible, voire très faible, au-delà des 100 ans. Au coeur de l'événement, les précipitations ont atteint près du double de la valeur maximale mesurée historiquement. Le barrage d'Eupen a permis de "laminer" la pointe de la crue en stockant plus de 6 millions de m³ sur les 12,4 millions apportés par la crue. Sans ce barrage, la situation aurait été encore plus catastrophique en aval, souligne le rapport.

Le gestionnaire du barrage a suivi scrupuleusement la "note de manutention", à une exception près: il n'a pas fermé le tunnel de la Helle, ce qu'il aurait dû faire (...).

À la question de savoir s'il n’aurait pas fallu procéder à Eupen à des lâchers préventifs pour disposer d'une réserve supplémentaire, comme l'ont fait les barrages de Robertville ou de Butgenbach, gérés par Engie, l'étude estime que la rapidité de la crue ne l'a pas permis. Elle ajoute que "la note de manutention du barrage ne prévoit de toute façon pas la possibilité de créer cette réserve supplémentaire de manière anticipée".

Le gestionnaire du barrage a suivi scrupuleusement cette "note de manutention", à une exception près: il n'a pas fermé le tunnel de la Helle, ce qu'il aurait dû faire vu les risques d'inondation en aval. Cela aurait pu réduire de 25 m³/seconde le débit arrivant dans le lac, "ce qui reste négligeable au vu de l'importance de la crue", note le rapport.

Concernant les phénomènes de vague, le rapport estime que le lien avec le mode de gestion du barrage d'Eupen n'est pas démontré. En effet, les ouvertures de vannes se sont "globalement faites de manière progressive", et des témoignages montrent que ces phénomènes s'observent non seulement dans la vallée de la Vesdre, mais aussi le long de la Hoëgne, du Wayai, du Ri d'Asse ou de l'Ourthe, affirme le rapport.

Une longue liste de faiblesses

Le rapport n'est toutefois pas tendre pour les autorités wallonnes. Il relève, en effet, une série de manquements importants liés à la gestion des barrages ou à la gestion de crise. Il pointe ainsi l'absence de cadre légal réglementaire dans le contrôle et le suivi des barrages, même si des démarches sont en cours pour y remédier, et pour les ouvrages exploités par le Service public de Wallonie, l'absence de contrôle externe.

Le rapport pointe aussi l’absence d’exigence légale en termes de délivrance de permis d'urbanisme en zone d'inondation.

Sur le bassin versant de la Vesdre, qui est un point critique pour plusieurs raisons – en particulier la capacité hydraulique du cours faible et la haute densité de l’habitat –, il note des phénomènes aggravants, comme des embâcles et des constructions sur les berges, voire dans le gabarit du cours d'eau, qui accentuent encore cette vulnérabilité. Et l'utilisation du barrage d'Eupen comme prévu dans la "note de manutention" ne permet pas d'éviter les dégâts dans la vallée de la Vesdre dès qu'on est confronté à une crue sérieuse.

Le rapport pointe aussi l'absence d'exigence légale en termes de délivrance de permis d'urbanisme en zone d'inondation, l'absence de plans d'urgence et d'intervention liés aux inondations dans la plupart des communes et le peu d'investissements consacrés à la planification d'urgence, y compris dans le bassin de la Vesdre.

La collaboration transversale entre services de l'administration wallonne est "encore inaboutie", des questions se posent sur le modèle de prévision hydrologique utilisé, il y a risque de conflit entre niveaux de compétences dans la planification d'urgence, le centre régional de crise "se positionne de facto au cœur du dispositif de communication en cas de crise", mais n'organise un debriefing qu'"en vase clos, sans lien avec les acteurs opérationnels".

L'analyse montre aussi que les habitants ont été mal informés, ce qui peut les avoir incités à des comportements dangereux. Plusieurs communes concernées par les inondations de juillet n'étaient pas affiliées à Be-Alert, et ne pouvaient donc pas utiliser ce canal d'information. Et les numéros d'urgence étaient déjà saturés quand l'alerte crues a été déclenchée...

Bref, il y a du pain sur la planche si la Wallonie veut être mieux préparée pour de futures inondations. "Il y a bien entendu une série d'enseignements à en tirer, ce que je compte faire au plus vite" a réagi le ministre Philippe Henry. Une réunion avec le Service public de Wallonie est déjà prévue cette semaine.

Le résumé

  • Suite aux terribles inondations de la mi-juillet et aux critiques sur le barrage d'Eupen, le ministre Henry a commandé une analyse indépendante à la société suisse Stucky.
  • Un premier rapport dédouane le barrage d'Eupen: la rapidité de la crue ne lui a pas permis de procéder à des lâchers préventifs, et en outre, sa "note de manutention" ne le prévoit pas.
  • En revanche, le rapport pointe une série de manquements importants en Wallonie dans la gestion des barrages ou la gestion de crise.

Retour sur les inondations à Trooz, le zoning de Prayon, vues du ciel

Inondations à Trooz, le zoning de Prayon vu du ciel [Drone]

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