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Les inondations de juillet rendues "plus probables" par le réchauffement

Verviers, le jour d'après: un résident victime des inondations, le 16 juillet. Un événement d'une telle ampleur reste très rare, mais le réchauffement climatique en augmente la probabilité. ©EPA

Selon une quarantaine de spécialistes internationaux, le réchauffement climatique a rendu les précipitations 3 à 19% plus intenses en Europe occidentale.

Le réchauffement global a rendu "plus probables" les pluies extrêmes comme celles qui ont mené aux inondations du mois dernier en Belgique, en Allemagne et aux Pays-Bas, selon une étude menée par 39 spécialistes internationaux et diffusée ce mardi.

+7%
Chaque augmentation de la température de 1°C permet à l’atmosphère de retenir 7% d'eau supplémentaire.

Les changements climatiques ont aussi augmenté l'intensité des chutes de pluies maximales en un jour "d'environ 3 à 19%" en Europe occidentale, selon cette analyse publiée par le World Weather Attribution (WWA), qui analyse l'influence des changements climatiques sur des événements météorologiques ponctuels.

Les pluies extrêmes qui se sont abattues sur la Belgique, l'Allemagne et les Pays-Bas du 12 au 15 juillet ont dépassé largement les records précédents – avec notamment 106 mm tombés en deux jours dans le bassin de la Meuse, en Belgique. Les inondations qu'elles ont provoquées ont tué 225 personnes.

Cycle de l'eau

Chaque augmentation de la température de 1°C  permet à l’atmosphère de retenir 7% d'eau supplémentaire, accélérant ainsi le cycle de l'eau. Au climat actuel, c'est-à-dire à 1,2°C de réchauffement par rapport au début de l'ère industrielle, la probabilité voudrait qu'un événement de ce type touche une localité donnée en Europe occidentale une fois tous les 400 ans, évaluent les chercheurs.

"La probabilité de tels événements a augmenté et va encore augmenter."
Enno Nilson
Institut fédéral allemand d'hydrologie

Cette probabilité augmente chaque année, à mesure que la température globale augmente.

Manque de données

S'il est clair que le réchauffement augmente globalement la probabilité des événements climatiques extrêmes, comme les pluies torrentielles, les chercheurs peinent à évaluer précisément dans quelle mesure.

Selon l’étude du WWA, les précipitations intenses de la mi-juillet étaient "entre 1,2 et 9 fois plus probables" avec le réchauffement. La finesse de l'évaluation a notamment pâti du fait que les chercheurs ont dû se concentrer sur les précipitations, pour lesquelles les données historiques manquent, sans analyser les niveaux des fleuves et rivières: plusieurs stations de mesures ont été détruites dans la catastrophe.

"Le lien entre le réchauffement global et les vagues de chaleur est plus direct qu'avec les pluies."
Sarah Kew
Climatologue à l'Institut royal météorologique des Pays-Bas

"On est un peu aveugles quand on regarde vers le passé: on a des séries chronologiques trop courtes pour évaluer réellement un tel événement. Et on est aussi un peu aveugles quand on regarde vers l'avenir. On parvient à ce résultat: la probabilité de tels événements a augmenté et va encore augmenter", résume Enno Nilson, chercheur à l’institut fédéral allemand d’hydrologie.

Lien moins direct

Sur le lien direct que l'on peut faire entre cet événement et le réchauffement, les chercheurs sont donc moins assertifs qu'ils ne l'étaient, par exemple, au début de l'été au sujet des chaleurs extrêmes qui ont frappé le nord-ouest du continent américain: celles-ci auraient été "virtuellement impossibles" en l'absence de changement climatique, estimaient-ils.

"On pensait que nos expériences du passé pouvaient nous aider à nous préparer pour le scénario du pire auquel nous pourrions être confrontés à l'avenir. Ce n'est plus le cas."
Maarten van Aalst
Université de Twente

C'est que le lien entre le réchauffement global et les vagues de chaleur est plus direct qu'avec les pluies, explique Sarah Kew, climatologue à l'Institut royal météorologique des Pays-Bas (KNMI): "Quand on parle de précipitations, il y a beaucoup d'autres facteurs dynamiques qui entrent en compte. Il y a aussi plus de variabilités locales, donc le signal sur les séries de données contient beaucoup de bruit."

En tout état de cause, l'augmentation des températures expose la région d'Europe occidentale et centrale à une augmentation des chutes de pluies extrêmes et des inondations, avertissent les chercheurs. "On pensait que nos expériences du passé pouvaient nous aider à nous préparer pour le scénario du pire auquel nous pourrions être confrontés à l'avenir. Ce n'est plus le cas", souligne Maarten van Aalst, professeur de résilience au climat et aux catastrophes à l'Université de Twente, et également coauteur de l'étude.

Le résumé

  • Les précipitations intenses de la mi-juillet étaient "entre 1,2 et 9 fois plus probables" avec le réchauffement causé par l'activité humaine, selon une étude du World Weather Attribution.
  • Selon celle-ci, les changements climatiques ont augmenté "d'environ 3 à 19%" l'intensité des chutes de pluies maximales en un jour en Europe occidentale.
  • Le lien direct entre réchauffement climatique et pluies intenses sur une zone reste difficile à établir avec précision, mais la probabilité de tels événements a augmenté et va continuer d'augmenter.

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