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Les Lacs de l’Eau d’Heure, la deuxième Côte belge

Avec ses 72 kilomètres de côte et son million de visiteurs par an, les Lacs de l'Eau d'Heure sont devenus un endroit stratégique pour le tourisme wallon. Au point de figurer dans le plan de relance!

La route est sinueuse. Les rares cyclistes que l’on croise ont bien du mérite, car au bout de la descente, il y a toujours une montée. À la sortie d’un tournant, on découvre le lac de Falemprise. À cette heure matinale, l’eau est calme. Les triathlètes qui s’entraînent régulièrement ici n’ont pas encore pris possession des lieux. Ni les touristes qui aiment barboter dans l’eau ou s’allonger sur le sable. On profite de la vue. Entre les oiseaux qui fendent le ciel, les rayons du soleil qui reflètent sur l’eau et la végétation luxuriante qui se déploie le long des berges, les lieux appellent à la flânerie. Bienvenue aux Lacs de l’Eau d’Heure.

Lieu unique et sous-exploité

Situé à cheval entre les provinces du Hainaut et de Namur, et à proximité de la région de Chimay, le site se compose d’une ensemble de cinq lacs et s’étend sur près de 1.800 hectares. Un pedigree qui fait des lieux un endroit unique en Wallonie. Et sans doute sous-exploité. D’où l’idée du gouvernement wallon et de l’ASBL Les Lacs de l’Eau d’Heure de redéployer le site dans le cadre du plan de relance.

"L’ambition est d’atteindre les 2 millions de visiteurs par an. Mais on ne fera pas tout et n’importe quoi. On veut conserver ce caractère sauvage."
Jean-Jacques Cloquet
Président démissionnaire et administrateur de l'ASBL Les lacs de l'Eau d'Heure

Ce ne sont pas les arguments marketings qui manquent pour vendre aux touristes les Lacs de l’Eau d’Heure. Le premier serait de pouvoir rivaliser avec la côte belge. Les buildings en moins. Avec ses 72 kilomètres de côte, "le site des Lacs de l'Eau d'Heure bénéficie d'une longueur de plages plus importante que la côte flamande", pointe sans ironie le rapport rédigé par un conseil stratégique composé d’universitaires dans le cadre de l’élaboration du plan de relance de la Wallonie. "La Côte belge, c’est 68 kilomètres", rappelle ainsi sans détour la libérale Valérie De Bue, ministre en charge du Tourisme en Wallonie. "Le plan de relance a prévu de mobiliser 87 millions d’euros pour le développement du tourisme en Wallonie dont 10 millions sur les Lacs de l’Eau d’Heure. Il s’agit d’un site remarquable mais on doit travailler pour en faire un pôle structuré."

Un bus du TEC englouti dans les profondeurs

Derrière ce décor de carte postale, les lieux fourmillent d’histoires et de légendes, comme celle qui veut qu’une église sommeille dans le fond d’un des lacs depuis la création du barrage et la mise à l’eau. "Non, il ne reste rien, mais par contre il y a un bus du Tec et un hélicoptère militaire Alouette II au fond de l’eau", confie un plongeur. Il faut remonter au début des années 1970 et le lancement de la construction des barrages pour retracer l’histoire des lieux. À l’époque, il s’agissait d’assurer à la Sambre un débit suffisant en eau. Dix ans plus tard, en 1981, les barrages et pré-barrages sont construits et les cinq lacs (lac de la Plate-Taille, de l’Eau d’Heure, de Falemprise, du Ry Jaune et de Féronval) sont remplis. "Il y a environ 600 hectares de plan d’eau, 600 hectares de bois et 600 hectares de terrains. Deux des cinq lacs servent à l’étiage de la Sambre et du canal Charleroi-Bruxelles et trois ont un niveau d’eau constant", précise Vincent Lemercinier, directeur faisant fonction de l’ASBL Les lacs de l’Eau d’Heure.

2
Millions de visiteurs/an
Si le site des Lacs de l'Eau d'Heure attire un million de visiteurs par an, l'ambition future est d'atteindre le double, tout en respectant et conservant le caractère sauvage des lieux.

D’utilité publique il y a 50 ans, les Lacs sont surtout connus aujourd’hui comme une destination touristique. Et avec un million de visiteurs et 240.000 nuitées par an, le pari est pratiquement gagné. Reste la dernière ligne droite à gérer. "L’ambition est d’atteindre les 2 millions de visiteurs par an", lance Jean-Jacques Cloquet, président démissionnaire de l’ASBL. "L’objectif de notre plan stratégique est de développer un site qui respecte l’environnement. On ne fera pas tout et n’importe quoi. On veut conserver ce caractère sauvage", promet-il en expliquant qu’il entend rester administrateur de l’ASBL afin de se consacrer au développement des lieux. "Mais je n’avais plus le temps pour assurer la présidence."

Pour parvenir à ce nouveau cap, l’ancien patron de BSCA mise sur l’écotourisme. "Cela résume la philosophie que nous entendons suivre dans le développement. On est dans une société de changement. La vision d’avant évolue. L’aspiration des gens pour le tourisme change. On souhaite avoir un tourisme de proximité et durable. Il y avait l’effet Greta. Il y a maintenant l’effet Covid."

Pas de bétonisation

Pour ceux qui connaissent mal les lieux, le plus simple est de commencer la visite depuis le lac principal: la Plate-Taille. Pour le clin d’œil, c’est d’ici que démarre le fameux crocodile rouge, un véhicule amphibie qui traverse le lac. L’endroit concentre l’essentiel des développements urbanistiques avec le centre d’accueil et les hébergements. "Nos partenaires immobiliers vendent leurs maisons à une vitesse vv prime. À vrai dire, le potentiel immobilier est pratiquement atteint. On est à 80% de ce que permet le plan de développement avec un hôtel de 90 chambres, deux villages et 250 maisons. Il en reste une centaine de villas à construire", résume Jean-Jacques Cloquet.

Si le côté "village de vacances" avec ses milliers de visiteurs réguliers en été peut surprendre au milieu de cet écrin sauvage, les responsables assurent vouloir éviter le phénomène de bétonisation qu’a connu la mer du Nord. "L’hébergement est concentré sur un côté du lac de la Plate-Taille. Sur les 1.800 hectares du site des Lacs de l’Eau d’Heure, 30 hectares seulement sont affectés à l’immobilier. C’est un garde-fou", assure Vincent Lemercinier.

Lutter contre les incivilités

De leurs terrasses, les locataires des bungalows observent le centre nautique situé sur l’autre rive ou, plus loin à droite, le centre sportif de l’Adeps. L’implantation du centre de plongée est, elle, située dans le prolongement du barrage. Les autres lacs se déclinent autour de différents thèmes comme le jet-ski. Au loin, sur les hauteurs, le golf déploie ses neuf trous. "L’heure est au fine tuning. On aimerait, par exemple, avoir un golf de 18 trous. Cela fait venir plus de monde", résume Jean-Jacques Cloquet.

"Notre mission est d’organiser l’espace avec nos 20 partenaires et essayer de thématiser les lieux. Nous avons deux types de clientèles, celle qui consomme les produits touristiques et celle qui consomme l’espace. Notre objectif est de privilégier tout ce qui permet d’avoir des activités toute l’année avec le golf ou le bike park. Mais nous devons également lutter contre les incivilités. C’est un site gratuit et ouvert toute l’année. En été, il peut y avoir jusqu’à 50.000 personnes par jour. Il y a des règles à respecter. On ne peut pas aller nager partout. Il y a un gros travail de ce côté-là. On va devoir renforcer le personnel pour la sécurité et la propreté." L’enjeu est remonté jusqu’au cabinet de la ministre De Bue. "C’est essentiel. Il faut développer les aménagements afin d’améliorer les flux, le stationnement et la mobilité. Il est important de pouvoir bien répartir les gens sur différentes zones."

"Il faut parvenir à organiser des évènements toute l’année comme le retour d’un festival des Lacs (...) Nous devenons une vitrine pour toute une région."
Jean-Jacques Cloquet
Président démissionnaire et administrateur de l'ASBL Les lacs de l'Eau d'Heure

Le master plan rédigé par l’ASBL prévoit des investissements de 20 à 32 millions d’euros pour les cinq prochaines années à travers 23 projets dont l’aménagement des parkings, la rénovation du hall sportif, l’extension du centre d’accueil, l’aménagement de la route du barrage et la mise en site propre des tronçons de RAVel. Jean-Jacques Cloquet fourmille d’idées. "Il faut parvenir à organiser des évènements toute l’année comme le retour d’un festival des Lacs, le développement d’activités indoor, la finalisation des travaux du centre équestre. On voudrait que les lieux deviennent aussi une base pour le triathlon. Nous devenons une vitrine pour toute une région. Et les retombées économiques sont importantes. Pour chaque euro public investi, il y a 5 euros privés. Près de 250 personnes travaillent ici et on monte à 500 personnes en été et deux fois plus au niveau de l’emploi indirect."

Un secteur qui prend du poids

"Il faut faire de la Wallonie une terre de vacances (...) On doit mieux interconnecter les zones et les logements et avoir une offre qui réponde à des séjours d’une semaine."
Valérie De Bue (MR)
Ministre du Tourisme

À l’image des Lacs de l’Eau d’Heure, "c’est tout le tourisme en Wallonie qui devient un moteur pour l’économie", explique Valérie De Bue. Avec ses 318 attractions, le secteur a dégagé un chiffre d’affaires de 8 milliards d’euros en 2019. "Le secteur représente 4,1% de la valeur ajoutée wallonne et avec ses 84.000 emplois (soit 60.000 ETP), il pèse 7% de l’emploi total. C’est l’équivalent du secteur de la construction."

Derrière ces bons chiffres, les défis sont importants. "Il faut faire de la Wallonie une terre de vacances. Cela demande du travail au niveau de la structuration de l’offre et la promotion. On doit mieux interconnecter les zones et les logements, et avoir une offre qui réponde à des séjours d’une semaine", conclut la ministre.

En attendant, la grande roue qui a pris ses quartiers d’été sur les berges de la Plate-Taille commence à tourner.

Le résumé

  • Répartis autour de 5 lacs et sur 1.800 hectares, les Lacs de l'Eau d'Heure accueillent 1 million de visiteurs par an.
  • Dans le cadre du plan de relance de la Wallonie, et avec 10 millions d'euros que le gouvernement va lui accorder, l'ASBL qui gère les lieux lance la dernière phase de son plan de développement.
  • Près de 30 millions seront investis ces cinq prochaines années dans le but de faire des lieux un site dédié à l'écotourisme.
  • Au-delà des activités, les responsables veulent améliorer la mobilité et lutter contre les incivilités.

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