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Les plans directeurs des friches liégeoises et carolos sont dévoilés

Le site HFB à Seraing, face au stade de Sclessin. Le haut fourneau sera sans doute préservé et réhabilité pour devenir un "totem" de mémoire et un repère dans le futur paysage urbain reconverti. 185.000 m² hors sol sont planifiés par permis sur ce seul site. ©Sogepa

Les deux premiers dossiers de friches industrielles stratégiques à reconvertir ont un master plan. Mais il reste le verrou du rachat des fonciers après dépollution.

En décembre dernier, deux zones industrielles wallonnes restées trop longtemps à l'état de friches polluées sont enfin sorties de leur long sommeil. À elles deux, elles offrent à la Wallonie un potentiel foncier à reconvertir de plus de 300 hectares.

Ce vendredi, en dévoilant l’état d’avancement de ces deux dossiers régionaux stratégiques, le ministre wallon de l’Aménagement du territoire Willy Borsus (MR) n'hésitait pas à parler du franchissement d’une étape décisive pour atteindre l’objectif ambitieux de réhabiliter 100 hectares de friches industrielles par an. "Il est capital, insistait-il, de ramener dès que possible de l’activité économique sur ces sites témoins de notre passé industriel." Et le potentiel dévoilé n'est pas négligeable: rien que pour le bassin liégeois, on parle de 1 million de mètres carrés constructibles et de près de 3.000 emplois à terme.

"Ces sites désaffectés étaient devenus de vrais poisons."
Renaud Witmeur
Sogepa

Pour Renaud Witmeur, le président du comité de direction de la Sogepa, le bras financier régional pour le redéploiement et l'accompagnement des entreprises, "ces sites étaient devenus de vrais "poisons", trop longtemps gardés sous cocon sous prétexte d'une éventuelle relance de l'activité sidérurgique wallonne séculaire, aujourd'hui définitivement éteinte. Cette activité monofonctionnelle, synonyme d'enclaves puis de balafres urbaines, il faudra à tout prix l'éviter à l'avenir; même si certains sites industriels 'totems', témoins du passé, seront conservés et réanimés, surtout à Seraing".

Faire sauter le verrou de l'acqusition du foncier

Mandaté dès avril 2020 pour acquérir avant reconversion les sites liégeois et carolos à leurs derniers propriétaires historiques - respectivement à ArcelorMittal et Duferco -, celui-ci ne cache d'ailleurs pas que les tractations sont loin d'être simples, même si on avance dans le bon sens, surtout depuis la délivrance du permis unique cet été.

Du côté liégeois (Oupeye/Herstal/Seraing), ArcelorMittal s'est engagé formellement à financer la dépollution industrielle des sites concernés. Mais pour Duferco, la donne est différente: celui-ci a acquis les fonciers concernés quelques années avant d'y stropper définitivement toute activité industrielle. Et il entend bien amortir la dépollution du site dans le prix de revente négocié avec la Sogepa. Cette dernière a d'ailleurs vu son mandat récemment élargi à la reconversion des sites ArcelorMittal de Marchin et Duferco-La Louvière (100 ha), déjà présentés comme les prochains grands fonciers industriels wallons à réhabiliter sans tarder.

+ de 1 million
de mètres carrés
C'est le potentiel de développement hors sol chiffré par l'équipe pluridisciplinaire en charge du plan directeur liégeois.

Des plans directeurs structurants

À Liège, une équipe pluridisciplinaire emmenée par le bureau urbaniste et paysager Agence TER s’est vu confier l’élaboration d’un plan directeur (master plan) pour le redéploiement des sites ArcelorMittal. La feuille de route affinée au pas de course, dont le ministre wallon détaillait ce vendredi les grandes lignes, insiste sur l’activité économique diversifiée qui devrait y être développée tout en respectant le tissu urbain et paysager existant.

Les friches concernées représentent un potentiel de pas moins de 282 hectares à redéployer. La surface est répartie entre la friche de Chertal, la plus vaste (180 ha) et la plus stratégique, et trois autres terrains situés à Seraing: les sites sérésiens des Hauts Fourneaux HF6 et HFB et celui de la Cokerie d’Ougrée, chacun couvrant une surface supérieure à 30 hectares.

On parle aujourd’hui d’y redévelopper des filières de production d’acier du futur (décarboné), d’hydrogène et d’autres produits en phase avec l’expertise et la recherche locales. La filière bois et l’économie circulaire (réutilisation des matériaux, notamment dans la construction) sont également pointées, le tout en exploitant les atouts logistiques et multimodaux des sites concernés, réunis le long d'une nouvelle "route du feu" mosane.

Le site industriel carolo désaffecté Carsid, propriété de Duferco. Lui aussi bénéficie d'une localisation logistique stratégique, en bordure de voie d'eau. ©Sogepa

À Charleroi, pour cadrer le redéploiement du site industriel urbain Duferco-Carsid (Porte Ouest, 109 hectares), c’est une équipe pluridisciplinaire réunie autour du bureau d’études Studio Viganò qui s’est vu confier le plan directeur, lui aussi dévoilé ce vendredi, avec les mêmes priorités de mixité et d'intégration urbaines.

Le foncier à réhabiliter en bord de Sambre revêt ici aussi un caractère profondément complexe et charnière: imbriqué entre le centre-ville de Charleroi et Marchienne, il fait intrinsèquement partie du tissu urbain; il est bien équipé en infrastructures de transport et est encore occupé par quelques grands acteurs sidérurgiques, à savoir Industeel et Riva (Thy-Marcinelle).

La vision imaginée pour le site de la Porte Ouest à l’horizon 2026-2040 est assez similaire à celle promue à Liège: celle d’un parc territorial et économique (campus mixtes) en développement continu autour d’un port métropolitain. Ce territoire serait à la fois productif et culturel, mais aussi un lieu de biodiversité et d’espace public relié au tissu urbain existant.

On ajoutera que le terrain des anciens laminoirs du Ruau (7 ha) a lui aussi été intégré à la réflexion "dans un souci d’homogénéité et de complémentarité". Cette zone, rachetée par un développeur immobilier, devrait accueillir un projet mixte couplant activités économiques, logement et espaces publics.

Caserne militaire 2.0

Le long de la Sambre, les partenariats semblent d’ailleurs s’imbriquer plus rapidement qu’à Liège, avec plusieurs projets liés de près au site urbain concerné, à son déploiement mixte et - surtout - à son financement.

Pour marquer le coup, la ministre de la Défense Ludivine Dedonder (PS) n’avait d’ailleurs pas hésité à rejoindre le rang. Le motif: dévoiler le concept de Quartier (militaire) du Futur, aux antipodes de la caserne fermée sur elle-même, qu’elle compte y installer progressivement sur 30 hectares, avec une première phase dès 2024-2026. C'est une enveloppe fédérale de quelque 50 millions d’euros qui financera ce projet-pilote, respectueux de l'esprit global du master plan: "Sa conception semi-ouverte permettra un partage et une coopération poussés avec les acteurs économiques et les institutions publiques du lieu" pour contribuer localement à l'innovation industrielle et académique en offrant des perspectives d'emploi aux jeunes du cru, promet la ministre.

Rendre à César ce qui est à Dermine…

Le 22 mai 2019, alors qu’il est encore coordinateur de la cellule CATCH à Charleroi, Thomas Dermine (PS) prend la parole à l’événement annuel de la Fédération de l’industrie technologique Agoria. L’actuel secrétaire d'État pour la Relance et les Investissements a devant lui un solide parterre de décideurs des secteurs public et privé. Et il choisit d'aborder un enjeu qui lui est cher: celui de l’insertion des jeunes Wallons – et particulièrement les Carolos – dans la vie socio-économique de notre pays.

Pour appuyer l'urgence à agir dans sa province de prédilection, il fourbit des chiffres qui font froid dans le dos: ceux recensés par Eurostat sous l'abréviation NEETs (young people Neither in Employement nor in Education or Training), qui mettent en lumière le taux impressionnant de jeunes en décrochage scolaire et professionnel dans notre pays. Si la moyenne nationale - 15,5% - est déjà inquiétante, le plafond de 25% - soit un(e) jeune sur 4 - affiché par le Hainaut est plus préoccupant encore.

Ce chiffre glaçant aura le mérite de secouer durablement au moins un des invités: dès le lendemain matin, l'orateur reçoit un courriel d’un colonel de l'armée belge. Celui-ci croise le défi sans précédent qui attend la Défense en termes de ressources humaines - recruter plus de 2.500 nouveaux collaborateurs sur base annuelle - avec "l'opportunité pour la Défense de jouer un rôle sociétal plus important en contribuant à l’insertion professionnelle des jeunes". 

Dans la foulée, plusieurs rencontres ont lieu dès le début de l’été 2019. Le concept de «Quartier du Futur» émergera progressivement de ces échanges: des casernes militaires ultra-modernes à proximité des centres urbains qui permettent un meilleur équilibre entre vie privée et personnelle pour les militaires, mais aussi une proximité avec les centres de formation pour les jeunes et avec les acteurs industriels locaux.

Avec la Flandre orientale, c’est le Hainaut oriental – et plus précisément la zone de Charleroi – qui est rapidement identifié comme offrant un large pôle de recrutement couplé à une faible présence militaire. La zone de la Porte Ouest, ex-Carsid, semble toute désignée, car spacieuse et ancrée dans le tissu urbain. Le 23 juillet 2019, Thomas Dermine informe le bourgmestre de Charleroi, Paul Magnette, qui l’assure de son soutien.

Dès l’automne 2019, les contacts s’intensifient. Des sessions de travail sont notamment organisées à Charleroi, dans l'ancien tri postal (A6K), entre la Défense et les acteurs du monde de l’enseignement et les grands industriels présents à Charleroi. Des visites sont même organisées sur le site pour valider son potentiel. En octobre dernier, l'implantation de ces "Quartiers (militaires) du Futur" figure dans l'accord du gouvernement dans lequel Thomas Dermine est bombardé secrétaire d'État. Démarre alors le travail intense d’élaboration du Plan de relance qu'il coordonne. Et au printemps dernier tombe l’accord du Fédéral pour assurer un soutien budgétaire au projet à hauteur de 100 millions d’euros. On connaît désormais la suite...

355 ans après sa fondation comme forteresse militaire, la ville de Charleroi est en passe de devenir à nouveau la terre d'accueil d'une activité militaire, cette fois sans enceinte.

"Avec ce plan directeur et l'officialisation du Quartier du Futur, la Ville engrange deux formidables avancées supplémentaires pour son redéploiement économique et son offre d'emploi locale. L'implémentation du nouveau stade, le parc communal de Marchienne et tous les espaces publics le long de la rivière viennent compléter un périmètre qui va bénéficier d'impulsions croisées significatives", ajoute le bourgmestre carolo Paul Magnette (PS), évidemment de la partie.

Les inondations s'invitent au programme

Enfin, on ajoutera que les plans directeurs dévoilés ce vendredi ont été revus à l'aune des leçons tirées des inondations de l'été dernier. Ils intégreront, promettent les concepteurs, les principes mis en œuvre aux Pays-Bas et en Flandre dans le cadre de la politique dite "room for the river" où une frange de sols végétalisés et perméables est aménagée le long des voies d’eau.

Ceci devrait, selon les initiateurs, répondre à deux objectifs: réduire l’exposition des bâtiments en les implantant dans la mesure du possible hors des zones d’alea et permettre de stocker d’importants volumes d’eau au sein des sites tout en augmentant le lit de la Meuse ou de la Sambre en période de crues. "Une amélioration indispensable par rapport à la situation actuelle", promet le ministre Borsus.

Le résumé

  • Le gouvernement wallon a dévoilé les plans directeurs cadrant le redéveloppement mixte des deux plus importantes friches sidérurgiques urbaines liégeoise et carolo.
  • Les fonciers stratégiques visés y offrent quelque 300 hectares pour la relance économique des deux bassins.
  • La première étape à finaliser, confiée à la Sogepa, est l'acquisition des fonciers, toujours propriété d'ArcelorMittal (Liège) et de Duferco (Charleroi), qui devront en assurer la dépollution industrielle.
  • Avant de pouvoir mettre en oeuvre le permis unique délivré cet été, il faudra encore affiner cette dépollution en fonction des activités qui y seront développées hors sol par phases.

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