Les ventes de Win, Elicio et Voo sont annulées

Le ministre président wallon Elio Di Rupo et Pierre-Yves Dermagne ont annoncé que les ventes de Win, Elicio et Voo étaient cassées. ©BELGA

Le gouvernement wallon a cassé la vente par Nethys de Win, Elicio et Voo. Il a transmis le dossier au parquet. Nethys organise une réunion de crise.

C'est le dossier pourri du nouveau gouvernement Di Rupo. Alors, ce dimanche, on a passé un grand coup de serpillière. On frappe fort pour bien montrer qu'on se distancie totalement de ce genre de pratique. Qu'est-ce qui a été décidé?

Pierre-Yves Dermagne, ministre wallon du Logement et des Pouvoirs locaux, a annoncé qu'après avoir pris connaissance des décisions du conseil d'administration de Nethys, le 22 mai dernier, concernant les cessions d'actions en Win, Elicio et Voo, il exerçait son pouvoir de ministre de tutelle et annulait ces opérations. En outre, il transmet au procureur fédéral les éléments susceptibles de constituer des infractions pénales. 

Le contexte? Le ministre Dermagne a interrogé Nethys et Enodia, suite aux révélations dans la presse. Dans les réponses que Nethys a fournies au gouvernement wallon, le gouvernement Di Rupo a découvert que Nethys avait réalisé le 2 septembre les ventes de ses actions dans Win et Elicio aux sociétés de François Fornieri, Ardentia Tech et Ardentia.

On cherche à privatiser les profits de cette activité et à en collectiviser les pertes.
Pierre-Yves Dermagne

Trois arrêtés

Le gouvernement wallon a donc pris trois arrêtés cassant les ventes, par Nethys, des parts de cette dernière dans le câblodistributeur Voo, la société d'énergie éolienne Elicio et la firme de services informatiques Win.

Le ministre Dermagne, qui a la tutelle sur les intercommunales, a rappelé que l'avis conforme d'Enodia (ex-Publifin) n'avait pas été sollicité, ce qui aurait dû être le cas selon le Code de la démocratie locale, ce qui "vicie les décisions prises par Nethys le 22 mai". La subtilité? Nethys estime ne pas être soumise à cette disposition, argumentant qu'elle ne serait en vigueur que depuis le 24 mai dernier (donc deux jours après les premiers actes de vente) alors que pour le gouvernement wallon, l'entrée en vigueur remonte à un an plus tôt, en mai 2018. Rappelons que ce litige doit être tranché par la Cour Constitutionnelle.

"Les décisions portant sur ces cessions ont été prises à l'issue de procédures de vente sans les garanties suffisantes. Elles sont contraires à l'intérêt général", a commenté en substance Pierre-Yves Dermagne lors d'une conférence de presse organisée ce dimanche midi.

"Il appartiendra à Enodia, à Nethys, aux provinces et communes de tirer les constats de ces annulations", a-t-il encore lancé avant de se retirer, sans répondre aux questions des journalistes.

"Collectiviser les pertes"

Les problèmes soulevés par les gouvernements wallons pour chacune des sociétés sont:

  • Vente de Win. Pierre-Yves Dermagne signale que la société a outrepassé son mandat en ne lançant pas de procédure pour trouver des concurrents à Ardentia et pointe le fait que le fondateur d'Ardentia (François Fornieri, patron de Mithra) soit administrateur de Nethys. 
  • Vente d'Elicio. Ici non plus, pas de procédure lancée pour capter des offres concurrentes, ce qui est préjudiciable à l'intérêt général, soulevait Dermagne:  "On cherche à privatiser les profits de cette activité et à en collectiviser les pertes. (...) Je ne peux que m'étonner des circonstances de vente."
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  • Vente de 51% des parts de Voo. Ces parts font l'objet d'un contrat de cession au fonds américain Providence Equity. Pierre-Yves Dermagne a reconnu ici l'existence d'une procédure de vente, mais a regretté que celle-ci ait comporté des lacunes, liées notamment au manque de garantie pour le maintien de l'emploi et sur la localisation du centre de décision. "Ce ne sont pas les meilleures conditions", a résumé le ministre. A noter que la vente n'est pas encore réalisée.
Il l appartiendra à Enodia, à Nethys, aux provinces et communes de tirer les constats de ces annulations.
Pierre-Yves Dermagne
Ministre de tutelle

Et maintenant?

On apprend qu'une réunion de crise est organisée chez Nethys. Cette décision du gouvernement wallon suscite évidemment plusieurs questions relatives à la suite du dossier. Que va faire Nethys de ces actifs? Des indemnités de rupture seront-elles dues? 

Le cdH a demandé à Pierre-Yves Dermagne de clore au plus vite son instruction du dossier Nethys et d'envoyer rapidement un commissaire spécial au sein de cette société. Il dit aussi attendre des réponses, ce mardi en commission du parlement wallon, concernant les autres filiales de Nethys, dont L'Avenir et L'Intégrale: il veut connaître la ligne du gouvernement sur le devenir des actifs de Nethys, qui touchent à des enjeux régionaux importants en termes de développement aéroportuaire, de liberté de la presse ou encore de politique énergétique.

Chez Ecolo, on réclame qu'un Conseil d'administration d'Enodia se tienne rapidement afin de tirer toutes les conséquences de l'annulation des ventes. "L'une des conséquences évidentes est la mise à l'écart des personnes dont la responsabilité est engagée, et en particulier du management de Nethys et de ses administrateurs. Nous ne pouvons en effet pas imaginer que les pratiques puissent changer si les mêmes personnes continuent de tirer les ficelles", ajoute Stéphane Hazée, chef de groupe Ecolo au Parlement de Wallonie.

 

L'annonce du gouvernement wallon

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