Liège et Bruxelles, futurs maillons dans le transport du vaccin

©Hans Lucas via AFP

Les deux aéroports se préparent à accueillir les vaccins contre le Covid. Une logistique gigantesque qui nécessite d'importantes préparations en amont.

Une autre bataille se dessine. A côté de la course contre la montre entamée par les grands du monde de la pharma et les biotechs dès le début de la pandémie pour sortir en un temps record un vaccin contre le Covid, un autre défi se prépare. C’est celui de la logistique liée à l'acheminement des vaccins. Les contraintes seront énormes. Le candidat vaccin de Pfizer devra par exemple impérativement être conservé à une température qui oscille entre moins 70 et moins 80°C. Rompre la chaîne du froid pourrait altérer son efficacité. Il faudra aussi assurer l'acheminement aux quatre coins du monde dans des temps records.

D’une façon mercantile,  cette prouesse logistique agite les aéroports. En Belgique, Liège et Bruxelles ne cachent pas leur ambition de devenir un hub logistique européen pour le transport des futurs vaccins.

Pour Willy Borsus, Liège a des atouts pour transporter le futur vaccin.

Cap sur Liège. Sur le tarmac, les équipes sont sur pied de guerre "avec un aéroport qui tourne 24h/24" rappelle-t-on.  Depuis le début de la crise et la désignation de Liège par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) comme hub pour le transport du matériel médical, handlers et autres logisticiens se relaient nuits et jours. Comme le dit le ministre wallon de l'Economie Willy Borsus, cette carte de visite "positionne Liège dans le transport du vaccin". Du côté des responsables de l’aéroport, même si la discrétion est de mise, on se dit prêt à endosser la casquette de hub européen dans la distribution des futurs vaccins. Les discussions avec les groupes pharmaceutiques et les pays sont d’ailleurs lancées.

Réquisition du terminal passagers

Pour s’y préparer, Liège airport va forcément avoir besoin d’infrastructures spécifiques pour ne pas rompre la chaîne du froid entre les arrivages, les transbordements et les exportations des vaccins. "Nous nous préparons à divers scénarios avec diverses exigences. Nous avons appris que différents vaccins nécessitent des conditions différentes", a expliqué Steven Verhasselt, responsable commercial de l’aéroport, sur Cargo Forwarder Global,  un site internet spécialisé dans le monde du cargo. Liège rappelle au passage que le transport de produits pharmaceutiques est un de ses piliers de croissance. "On fait du pharma en quantités importantes et on travaille beaucoup avec des ONG comme la Croix Rouge. Outre avec l’OMS, nous sommes aussi au service du Programme alimentaire mondial", souligne-t-on.

"On fait du pharma en quantités importantes et on travaille beaucoup avec des ONG comme la Croix Rouge. Outre avec l’OMS, nous sommes aussi au service du Programme alimentaire mondial."
Aéroport de Liège

Quant à l’expertise dans la chaîne du froid, "elle vient de la spécialité de Liège dans le transport de produits frais".

Mais une pomme n’étant pas un vaccin et vu l’ampleur de l’opération qui s’annonce hors du commun, la mobilisation de la chaîne logistique va dépasser le périmètre de l’aéroport. Outre les zones existantes situées dans l’enceinte, des entrepôts frigorifiques et des installations de conditionnement et de reconditionnement avec des capacités de chaîne du froid pourraient être mobilisés dans les environs de l’aéroport. Le terminal passagers, déserté depuis le début de la pandémie, a lui été réquisitionné et transformé en un centre de surveillance pour le suivi des opérations de transport du vaccin. Le terminal dédicacé à la réception des bagages serait de son côté transformé en fabrique de glace avec l’installation d’une station de ravitaillement en glace sèche 24h / 24 et 7j /7 en cas de nécessité pour le reconditionnement des vaccins lors des opérations.

30.000 m²

A quelques kilomètres de là, à Bruxelles, les préparatifs vont aussi bon train. Brussels Airport se dit plus que prêt pour transporter les futurs vaccins du Covid 19. C’est le message que l’on veut faire passer à Zaventem. Il faut dire que le cargo, c’est ce qui sauve actuellement l’aéroport. Vul le nombre de vols annulés, le cargo embarqué dans les avions passagers (belly) souffre, mais le full cargo est lui en progression constante depuis plusieurs mois.

Nous avons déjà utilisé la technique de transport sur glace sèche pour le transport du vaccin Ebola.
Nathalie Pierard
Porte-parole de Brussels Airport

Zaventem travaille sur les différents scénarios possibles avec les compagnies pharmaceutiques. À l’heure actuelle, l’aéroport s’attend à ce que les premières doses de vaccins en petite quantité arrivent dans les prochaines semaines sur le tarmac. "Les plus grosses quantités devraient arriver au début du printemps", dit Nathalie Pierard, porte-parole de l’aéroport .
Dans le cargo, les produits pharmaceutiques sont un des trois piliers de l’aéroport national, à côté de l’e-commerce et des denrées périssables.

L’avantage de Bruxelles, c’est que l’aéroport possède déjà 30.000 m² de stockage à température contrôlée de 2 à 8 degrés. Si certains vaccins comme celui de Pfizer doivent être transportés à des températures de -70 à -80 degrés, l’aéroport est également prêt. "Nous avons déjà utilisé la  technique de transport sur glace sèche pour le transport du vaccin Ebola", détaille Nathalie Pierard.

8.000 avions nécessaires

Liège ou Bruxelles? Bruxelles ou Liège? Les deux aéroports profitent de la forte position de la Belgique en tant que hub majeur mondial pour l’exportation de médicaments et vaccins avec des acteurs comme GSK ou Pfizer. En 2017, 40,3 milliards d’euros de produits pharmaceutiques ont été exportés depuis notre pays, soit 10,6% des exportations belges. Notre pays est le deuxième exportateur européen de produits pharmaceutiques derrière l’Allemagne.

Pour les vaccins contre le coronavirus, l’IATA estime que l’équivalent de 8.000 avions à réaction de grande capacité sera nécessaire.

A l'image de Liège qui met en avant ses atouts déployés pendant la crise, à Zaventem, cette activité est aussi très intéressante, car il s’agit d‘activité à haute valeur ajoutée. La température des chargements doit en effet être monitorée à tout moment. Entre le hangar et l’avion, les produits sont donc transportés dans des "Airside Pharma Transporter" qui contrôlent en permanence la température. "Le cargo ne compense pas totalement la perte en passagers, mais en dehors des gains positifs en termes d’image, il booste l’activité", détaille Pierard.

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