Liège-Zhengzhou, la nouvelle route de la Soie

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En attendant l’arrivée du géant de l'e-commerce Alibaba, la caravane chinoise continue à s’implanter en Wallonie. Le transporteur ferroviaire chinois ZIH teste une ligne de fret entre Liège et Zhengzhou.

Le long de ses 29 wagons chargés de 37 conteneurs, c’est un train un peu particulier qui s’apprête à quitter le pôle logistique situé à une encablure de l’aéroport de Liège. Un train express pour 12 jours de trajets vers l’Empire du Milieu. Prochain arrêt Zhengzhou dans la province du Henan, en plein cœur de la Chine!

À son bord, l’opérateur ferroviaire chinois ZIH a affrété des produits pharmaceutiques, des pièces automobiles et de la nourriture pour bébé.  Il finalise du même coup un nouveau maillage dans les routes de la Soie lancées par les autorités chinoises vers l’Europe depuis 2014 et qui après Anvers, relient Liège à Zhengzhou. "Le premier train venant de Chine est arrivé à Duisbourg en Allemagne en 2014. Depuis lors, près de 11.000 trains ont déjà été envoyés sur l’Europe et se sont arrêtés dans des villes comme Londres, Anvers pour repartir vers le Xian, Benjin ou Shanghai", explique Michel Kempeneers, inspecteur général à l’Awex, en charge des échanges avec l’Asie.

"Le premier train venant de Chine est arrivé à Duisbourg en Allemagne en 2014. Depuis lors, près de 11.000 trains ont déjà été envoyés sur l’Europe et se sont arrêtés dans des villes comme Londres, Anvers pour repartir vers le Xian, Benjin ou Shanghai."
Michel Kempeneers
inspecteur général à l’Awex

Dans le cas de Liège, la société ZIH recherchait une base localisée entre ses arrêts de Munich et Hambourg. "Une troisième ville était nécessaire à ZIH pour éviter d’acheminer les produits vers les deux villes allemandes. C’est là que Liège s’est démarqué face à des concurrents hollandais ou Duisbourg. Liège a notamment profité de ses atouts logistiques et de la prochaine arrivée d’Alibaba", souligne le responsable de l’Awex.

La caravane chinoise

Cette liaison Liège-Zhengzhou tient les responsables wallons en haleine. Et même si elle n’a qu’une valeur de test aujourd’hui avant une probable liaison hebdomadaire, le ministre de l’Economie Pierre-Yves Jeholet (MR) va jusqu’à parler "d’une des plus belles pages d’histoire entre la Wallonie et la Chine, du cœur de l’Europe au cœur de la Chine".  Elle ponctue surtout une semaine un peu folle qui aura vu débouler sur la Wallonie l’arrivée du constructeur chinois de voitures électriques Thunder Power à Gosselies et le lancement de cette nouvelle ligne de fret vers la Chine. Une véritable lame de fond chinoise lancée il y a quelques années avec l’arrivée de la couveuse d’entreprises China Belgium Technology Center à Louvain-la-Neuve et que ponctuera d’ici quelques semaines le géant chinois de l’e-commerce Alibaba.

Tout est forcément lié. Et au-delà de la géostratégie mondiale qui pousse la Chine à sortir de ses murs et à jouer la carte du multilatéralisme avec l’Europe face à des Etats-Unis protectionnistes, la Wallonie profite aujourd’hui d’un phénomène d’emballement avec les arrivées coup sur coup ces derniers jours des logisticiens chinois (Sinotrans, 4PX, et ZIH) à l’aéroport de Liège depuis qu’Alibaba a annoncé son arrivée. "Un investisseur chinois attire régulièrement les suivants dans son sillage", souligne un acteur du dossier.

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"Quand Alibaba parle de Liège, c’est mieux que nous…"

Pour bien comprendre cette Chinese connexion, il faut remonter à 2013. Direction la province du Henan et la visite de quelques officiels wallons. "Lors d’une mission wallonne dans la capitale du Henan, nous apprenons que les autorités locales veulent développer une plate-forme logistique dans leur province. Nous leur proposons notre aide en mettant en avant l’expérience wallonne d’autant que des vols de la TNT reliaient déjà les usines de Foxconn (sous-traitant d’Apple, NDLR) à Liège", relate Michel Kempeneers qui faisait partie du voyage. S’en suit une improbable réunion organisée au pied levé dans une cabane de chantier appartenant au logisticien ZIH à quelques heures de l’embarquement de la délégation wallonne pour l’Europe. "C’est dans cette cabane que l’on a évoqué pour la première fois l’idée d’une liaison ferroviaire depuis Liège à l’occasion du 30e anniversaire du jumelage entre la Wallonie et la province de Henan cette année."

"C’est dans cette cabane que l’on a évoqué pour la première fois l’idée d’un liaison ferroviaire depuis Liège à l’occasion du 30e anniversaire du jumelage entre la Wallonie et la province de Henan cette année."
Michel Kempeneers
inspecteur général à l’Awex

Mais alors que la Chine étend ses ramifications vers l’Europe, le train chinois n’est toujours pas annoncé en gare liégeoise. C’est ici qu’arrive le second volet de l’histoire. Un coup de poker gagné grâce à Alibaba. Désireux de faire de l’aéroport de Liège un de ses 5 hubs logistiques afin d’étendre sa toile d’araignée dans le monde et être capable de livrer le moindre produit dans les 72 heures hors de ses frontières, le géant chinois de l’e-commerce sait qu’il ne doit pas tout miser sur le fret aérien à travers sa filiale Cainiao pour alimenter les stocks de ses hubs comme Liège. Les responsables d'Alibaba acceptent ainsi en mai dernier d’accompagner les émissaires de l’Awex à une réunion organisée par les responsables de ZIH en Chine. "C’est lors de cette réunion qu’Alibaba a expliqué qu’il allait fournir du volume pour les trains de ZIH vers Liège. Quand Alibaba parle de Liège, c’est mieux que nous. C’est un véritable atout. Sans la présence d'Alibaba à cette réunion, peut-être que ZIH ne serait jamais venu à Liège avec ses trains", se réjouit Michel Kempeneers.

La reconversion industrielle wallonne façonnée par la Chine

Si ce nouveau coup gagnant conforte Liège en tant que passerelle multimodale dans le commerce entre l’Europe et la Chine, les responsables de l’Awex y voient surtout les résultats d’une stratégie wallonne. "Aujourd’hui, il faut se diversifier pour ne pas trop être dépendant de grosses sociétés comme GSK qui représente la majorité des exportations wallonnes. Nous ne devons surtout pas craindre la Chine car toutes ces arrivées vont permettre à la Wallonie de trouver des partenaires de confiance qui vont assurer la réciprocité pour nos exportations en Chine en permettant à nos PME de vendre plus facilement vers ce pays", estime Michel Kempeneers qui n’hésite pas à entrevoir derrière cette série d’investissements chinois un des ciments pour la reconversion industrielle de la Wallonie.

"Sans la présence d'Alibaba à cette réunion, peut-être que ZIH ne serait jamais venu à Liège avec ses trains."
Michel Kempeneers
inspecteur général à l’Awex

De quoi parle-t-on exactement? L’écosystème chinois qui se met en place en Wallonie s’axe autour de trois pôles: la logistique à Liège, la recherche à Louvain-la-Neuve et l’innovation avec les voitures électriques de Thunder Power à Charleroi. Partons du cas de la couveuse d’entreprises China Belgium Technology Center. Si à ce jour, une vingtaine de jeunes entreprises chinoises ont élu domicile à Louvain-la-Neuve, l’investissement chinois de 200 millions devrait attirer 300 entreprises chinoises et créer 1.600 emplois (dont la moitié de chinois). Dans le cas du dossier plus risqué de Thunder Power, on parle d’un investissement de 175 millions sur le site de Gosselies et la création de 650 emplois dans un premier temps. Les responsables chinois de Thunder Power espèrent néanmoins créer 4.000 emplois postes à moyen terme.

Enfin, du côté des projections qui entourent l’arrivée d’Alibaba et des autres logisticiens chinois à Liège comme ZIH, 4PX et Sinotrans, cumulées à la venue du russe AirBridge Cargo, les responsables de l’aéroport estiment que tant que l’accord avec Alibaba n’est pas signé, il est trop tôt pour se lancer dans des estimations. L’aéroport a cependant déjà annoncé qu’il allait atteindre le million de tonnes de fret en 2020 (contre 700 .000 aujourd’hui) pour un volume global de 12.000 emplois directs et indirects. "La reconversion de la Wallonie se met en place", résume Michel Kempeneers.

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