Marc Coucke joue au Monopoly à Durbuy

©Photo News

La fièvre acheteuse de l’homme d’affaires à Durbuy inquiète certains commerçants du coin. La famille Cardinael se confie.

Fermes, restaurants, hôtels, maisons, campings, forêts… La fièvre acheteuse du bouillant président du KV Ostende, dont le monopoly personnel dépasse déjà les 350 hectares dans la région, semble déjà surdimensionnée pour la plus petite ville du monde. Rien ne dit d’ailleurs que l’homme d’affaires atypique s’arrêtera en si bon chemin tant qu’on ne lui met pas des bâtons dans les roues. Et rares sont ceux qui ont encore les reins pour le faire. D’autant que Marc Coucke sait convaincre: il viendrait de signer avec Wout Bru, un chef flamand très médiatique, qui a récemment perdu ses étoiles, pour qu’il vienne piloter le resto Jean de Bohême.

Selon nos informations, le bras armé local de Coucke n’est autre que Bart Maerten, l’ancien patron de La Petite Merveille (LPM), resté actionnaire minoritaire de la société ARE Holding, qui est à la manœuvre. Et la méthode serait bien rôdée: un prix d’achat est proposé et 10% de la somme convenue sont directement déposés en cash sur la table, à prendre ou à laisser. Si le propriétaire mord à l’appât sans prendre le temps de réfléchir, l’affaire est pliée sans plus tarder.

À ce petit jeu, ce serait pour l’instant le long de la rue principale, celle baptisée Comte Théodule d’Ursel, que les affaires se multiplient. Plus exactement, dans le quadrilatère formé avec la Neuve Voie et le Tier Moreau. Une rue bientôt rebaptisée?

Inquiétudes à Durbuy

Le Sanglier des Ardennes n’est pas à vendre. Frédéric Cardinael nous le répète à l’attention de Marc Coucke qui, il y a quelques semaines, lui a fait offre de racheter son fleuron hôtelier local, comme il l’a déjà fait avec pas mal d’autres propriétaires du coin. "Quand je lui ai dit que je n’étais pas intéressé, il m’a dit que ce n’était pas grave; qu’il achèterait en face. Et c’est ce qu’il a fait quelques jours plus tard…", confie l’intéressé.

Frédéric Cardinael et sa famille ©Anne Ginetti

Nous rencontrons le restaurateur à Durbuy, en plein rush de fin d’année. Le ciel est bleu; il fait un froid de canard. Et les touristes, majoritairement flamands, prennent d’assaut les terrasses autour de la patinoire éphémère et du bar à huîtres, en contrebas du restaurant gastronomique et de l’hôtel, qui affiche complet. Mais le patron prend le temps de se poser, tant le sujet évoqué lui colle encore aux tripes. "C’est le meilleur moment de l’année pour nous. On fait au bas mot 150 couverts par jour. Pour parvenir à ce résultat, on a donné tout ce qu’on a: notre temps et nos bénéfices, entièrement réinvestis depuis 70 ans dans les murs familiaux que nous avons lourdement rénovés il y a cinq ans en nous endettant tout aussi lourdement. Alors, quand Marc Coucke est venu me mettre sur la table un prix qui ne correspond pas même au prix de construction – sans prendre en compte la notoriété de notre enseigne et notre histoire de famille , j’ai été secoué, même s’il était prêt à laisser mes filles poursuivre des activités sur les autres biens familiaux par ailleurs. J’ai mal dormi durant deux mois, je l’avoue. Je me suis posé beaucoup de questions: j’ai 52 ans, j’emploie cinquante personnes, j’ai trois enfants et je ne leur souhaite pas d’avoir une vie aussi harassante que la nôtre. Donc oui, j’ai hésité", raconte Frédéric Cardinael, à la fois admiratif et méfiant à l’égard de ce self-made-man qui fait rêver la plupart des Belges.

Le village gaulois dans le village devenu flamand

Que va devenir la marque Durbuy, non déposée, construite durant des générations?

Selon Frédéric Cardinael, Marc Coucke est d’ailleurs un commerçant né. Sympathique, jovial, il connaît le prix des choses et sait y faire, ne reprenant que des entreprises malades ou en fin de cycle. "Qu’il revende Omega Pharma au prix fort, peut-être même surfait, à des Américains, tant mieux: les loups ne se mangent pas entre eux. Mais s’il fait la même chose après avoir tout acheté à Durbuy, que va devenir cette marque non déposée que les familles locales ont mis des générations à construire en prenant tous les risques? Je nourris sincèrement quelques inquiétudes à moyen terme, même si j’ai envie de rester positif: si son projet est vraiment industriel et durable, il peut donner de la valeur à la marque Durbuy et il y aura place pour tout le monde. Mais si c’est un coup financier…", s’inquiète le patron local, qui en a parlé, sans succès, aux édiles communaux, leur demandant de réaliser un audit indépendant pour mettre tout ça à plat et "ne pas rester passif devant le charisme de Coucke, qui rachète tout ce qui bouge".

Avant lui, dès l’été dernier, d’autres riverains s’étaient inquiétés des velléités de l’homme d’affaires ostendais en alertant les autorités locales. En vain également: le bourgmestre Philippe Bontemps relativise et vante le rayonnement des projets et des investissements engagés au-delà des limites communales, tout comme le ministre wallon du Tourisme, René Collin (cdH).

"Marc Coucke nous a invités au concert de Renaud. Il y était déchaîné comme un enfant. Il est ainsi: acharné, impatient… et attirant. Je lui ai confié que je ne voyais pas où il allait. Et il m’a répondu que lui non plus…", sourit le patron.

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