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Nethys, enquête en cours | François Fornieri, deux années au purgatoire

Alors que son entreprise Mithra est en pleine ascension, François Fornieri se fait discret depuis le début de l'année. ©BELGAIMAGE

Quatrième volet de l’affaire Nethys: les déboires de l’homme d’affaires François Fornieri, qui rêvait d’étendre son influence à Liège et se retrouve aujourd’hui doublement inculpé.

Entrepreneur à succès pulvérisant les plafonds de la réussite avec sa biotech Mithra et sa valorisation boursière dépassant le milliard d’euros en mai 2018, François Fornieri ne pouvait se douter qu’il passerait peut-être les deux pires années de son existence entre mi-2019 et aujourd’hui. Doublement inculpé après avoir passé cinq jours en prison sous le régime de la détention préventive, l’homme d’affaires se retrouve avec deux procédures distinctes qui pourraient le poursuivre durant de longues années, avant qu’un jugement définitif ne soit prononcé. Pas idéal quand on a l’ambition de faire de Mithra le "Bayer belge" et "le numéro un mondial de la gynécologie". Surtout que la biotech est en pleine ascension depuis avril et l’autorisation de la Food and Drug Administration américaine de la mise sur le marché de la prometteuse pilule contraceptive Estelle.

"Une entreprise extrêmement bien gérée"

Les cailloux dans la chaussure de François Fornieri sont au nombre de deux: l’affaire Nethys et le dossier de délit d’initié.

C’est en avril 2017 que François Fornieri met le pied dans Nethys, au titre d’administrateur indépendant, remplaçant à ce poste Pierre Meyers, qui devient le président du conseil d’administration du bras armé de l’intercommunale Publifin. En le nommant, Stéphane Moreau renforce la dimension entrepreneuriale (plutôt que politique) de Nethys. Mais déjà, avec le scandale des comités de secteur et la commission d’enquête sur le sujet, les administrateurs de Nethys savent que le temps leur est compté. François Fornieri, lui, a confiance en l'avenir: "Nethys est une entreprise extrêmement bien gérée, qui a été bloquée dans un élan extraordinaire. Je l’ai dit à Stéphane Moreau: leur vrai problème, c’est la com'", explique-t-il à l'époque dans un entretien à L'Echo.

"Le CNR a pris des décisions considérées aujourd’hui comme illégales. Mais un jour, on arrivera à la conclusion qu’elles sont peut-être immorales, mais certainement pas illégales."
Me Philippe Culot
Avocat de François Fornieri

En mars 2018, le décret gouvernance – qui réduit les rémunérations des managers des intercommunales – est adopté par le gouvernement wallon. En tant que président du comité de nomination et de rémunération (CNR) de Nethys, Fornieri est l’un des architectes du système de rémunération qui a bénéficié à Stéphane Moreau, Pol Heyse et Bénédicte Bayer. "La position de François Fornieri face au juge reste la même aujourd’hui, résume Me Philippe Culot, l'un des avocats de l’homme d’affaires. Il dit ceci: 'On est venu me chercher, car on voulait un administrateur indépendant et mon bagage de serial entrepreneur. Je ne suis ni juriste ni spécialisé en droit social, j’écoute les avis émis par d’autres, comme l'avocat Jean-Paul Lacomble, qui est venu avec des solutions.' Le CNR a pris des décisions considérées aujourd’hui comme illégales. Mais un jour, on arrivera à la conclusion qu’elles sont peut-être immorales, mais certainement pas illégales".

"M. Fornieri est prêt à être entendu"

Le 14 septembre 2019, tout bascule. Le Soir révèle les ventes, à des prix semblant très bas, de Win à François Fornieri – qui prévoit d'y embaucher Stéphane Moreau – et d'Elicio à un consortium composé notamment dudit Fornieri. C'est l'événement de trop dans le chef de la nouvelle majorité gouvernementale. Le Parti socialiste est surtout épuisé de devoir endosser, depuis décembre 2016 et la révélation du scandale Publifin des comités de secteur, la responsabilité de ce qui est considéré comme des entourloupes peu morales et un mélange plus que douteux entre fonds publics et poches privées. Elio Di Rupo, nouveau ministre-président wallon, et Pierre-Yves Dermagne, nouveau ministre des Pouvoirs locaux, sonnent la fin de la récréation et cassent les ventes. "Toute cette histoire Nethys me gonfle", souffle Fornieri dans L'Echo.

"On a mis une pression pas possible sur François Fornieri afin d'annuler les ventes de Win et Elicio. Il a même subi un chantage que nous pouvons prouver sur la base d'échanges de SMS."
Me Philippe Culot
Avocat de François Fornieri

Il n'en est cependant qu'au début de ses peines: quelques jours plus tard, une instruction judiciaire est ouverte au cabinet du juge liégeois Frédéric Frenay, qui va bien vite s'intéresser au rôle joué par le boss de Mithra dans la mise en place du système de rémunération du top management de Nethys. Les enquêteurs s'intéressent particulièrement à ce qu'ils soupçonnent être des faux, permettant aux têtes pensantes de Nethys de toucher le jackpot.

Mais au-delà du volet des rémunérations, François Fornieri est maintenant fort embêté par ces ventes sur la nature desquelles la justice s'interroge. Trois instructions distinctes sont ouvertes à ce propos et Fornieri est en première ligne. Jusqu'ici, le juge Frenay n'a pas encore bougé ni inculpé personne dans ces volets. Philippe Culot livre la version de son client: "Enodia, à l’époque actionnaire unique de Nethys, décide de vendre ses actifs concurrentiels. M. Fornieri, administrateur de Nethys, prend acte. Win et Elicio sont deux entreprises dont la valeur est estimée par McKinsey, dont on nous dit aujourd'hui qu'il n’a pas fait le travail comme il aurait dû. Tout est présenté au conseil d'administration d’Enodia. Puis, Elio Di Rupo fait une conférence de presse, lors de laquelle son cœur saigne", ironise l'avocat de Fornieri. "On met une pression pas possible sur François Fornieri pour annuler les ventes, il subit même un chantage que nous pouvons prouver sur la base d'échanges de SMS. Il finit par renoncer. François Fornieri n'a jamais été entendu dans ce dossier et est prêt à l'être."

800.000 euros d'actions Mithra

La vie de François Fornieri n'étant pas un long fleuve tranquille, le voilà rattrapé par une deuxième affaire, dans laquelle il semble en bien mauvaise posture. Le 23 janvier 2020, La Meuse et Le Vif/L'Express dévoilent l'ouverture d'une information judiciaire au parquet de Liège, à charge de François Fornieri, pour délit d'initié. En cause, le versement, en décembre 2018, de 800.000 euros depuis un compte de l'homme d'affaires vers celui de son ami Samuel Di Giovanni, patron de la société Protection Unit, qui a tout réinvesti dans des actions Mithra.

Selon nos informations, plusieurs pièces importantes accablent François Fornieri, qui nie en bloc.

Problème: le cours de l'action était à 18,26 euros, contre 29 euros un mois plus tard, après une annonce importante pour la biotech cotée. L'Autorité des services et marchés financiers (FSMA) lance une enquête et transmet ses informations en septembre 2019 au parquet de Liège, qui ouvre une information judiciaire pour délit d'initié. Selon nos informations, plusieurs pièces importantes accablent François Fornieri, qui nie en bloc. "Mon client n'a strictement rien fait. Il conteste avoir donné une information privilégiée à qui que ce soit. Il a acheté des parts dans Protection Unit et M. Di Giovanni a acheté des actions Mithra avec", dit Philippe Culot.

L'épisode du Standard de Liège

Malgré une année 2020 marquée par le covid et, en conséquence, le ralentissement des enquêtes judiciaires, François Fornieri a connu encore une mésaventure supplémentaire dans ses investissements, avec la rupture annoncée avec Bruno Venanzi, président du Standard de Liège, qui souhaitait faire entrer le patron de Mithra au capital. Ce dernier claque la porte et fait une étrange sortie dans la presse, au micro de la RTBF, en novembre 2020: "Après analyse, mes banquiers m’ont mis en garde sur les risques de mon investissement. Le Standard risque, en effet, selon eux, de connaître de graves problèmes financiers et judiciaires à l’avenir. Cela risquerait de nuire, à terme, à l'image de ma société Mithra."

François Fornieri a vendu pour 17 millions d'euros d'actions Mithra ces douze derniers mois, des mouvements remarqués par la FSMA.

Lesdits ennuis judiciaires sont plutôt tombés sur François Fornieri qui, à peine deux mois plus tard, le 22 janvier dernier, est interpellé à son domicile par les policiers de l'Office central pour la répression de la corruption, dans le cadre du volet "rémunérations" de l'affaire Nethys. Après une nuit en cellule, il est inculpé d'une série de préventions, dont l'abus de biens sociaux et le détournement par détenteur d’une fonction publique. Placé sous mandat d'arrêt, il sera libéré par la chambre du conseil au bout de cinq jours. Trois mois plus tard, le 29 avril, François Fornieri fera encore un tour dans le bureau du juge d'instruction Frédéric Frenay pour une nouvelle inculpation, pour délit d'initié cette fois, dans le cadre du dossier – bien moins complexe – de l'achat des actions Mithra par Samuel Di Giovanni. Il ressortira néanmoins libre du bureau du juge.

Depuis lors, saoulé de coups, François Fornieri s'est fait discret, attendant la suite des investigations et une probable nouvelle audition dans le cadre du volet "ventes de Win et Elicio" de l'affaire Nethys.

Rectificatif | Des précisions de Pol Heyse

Dans le cadre de la série d’articles consacrés notamment, du 3 au 6 août, à l’affaire Nethys, Pol Heyse, ancien directeur financier, tient à faire une série de remarques. Il précise ainsi que le mécanisme permettant les fameuses indemnités de rétention a bénéficié aux sept membres du comité de direction de Nethys, et pas aux seuls Stéphane Moreau, Bénédicte Bayer et Pol Heyse. Il indique aussi n’avoir pas participé aux réunions du comité de nomination et de rémunération ainsi que du conseil d’administration de Nethys qui ont accordé les indemnités de rétention. Il «conteste fermement» être l’instigateur du paiement des indemnités. Il réfute enfin le caractère «secret» eu compte ING dévoilé par le «rapport forensic» commandé par la nouvelle direction de Nethys à Deloitte. «L’ensemble des chiffres étaient d’ailleurs repris dans la comptabilité, identifiables et audités par le réviseur d’entreprise de Nethys», dit-il.

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