"Nethys ne doit pas être un prétexte pour tuer Liège"

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Christine Defraigne entend défendre les intérêts de Liège face au bashing opéré par les exigences de gouvernance de Namur.

Il n’aura pas fallu attendre très longtemps pour que l’idée d’une fusion du gestionnaire du réseau de distribution de gaz et d’électricité liégeois Resa, détenu par Publifin, avec le géant wallon Ores prenne une tournure politique entre Liège et Namur!

Depuis quelques jours, de nombreuses figures liégeoises sont montées au créneau contre le projet défendu par le ministre de l’Énergie Jean-Luc Crucke (MR). "La fusion serait préjudiciable aux habitants de Liège", a par exemple déclaré le bourgmestre de Liège, Willy Demeyer (PS), lundi soir, en réponse à une interpellation lors du conseil communal.

Le constat est partagé par la libérale liégeoise Christine Defraigne, présidente du Sénat et députée au parlement wallon. "On parle d’un rapprochement avec Ores. Je veux bien l’entendre mais qu’est-ce que signifie ce rapprochement? Si c’est pour arriver à une fusion, je ne suis pas d’accord. Cette fusion signifierait un tarif plus élevé pour l’électricité des Liégeois urbains. Je ne vois pas pourquoi Liège devrait prendre le risque de payer plus cher. Certains y voient un principe de solidarité mais si la solidarité c’est d’appauvrir Liège, je ne vois pas l’intérêt".

Au-delà de l’impact sur les prix de l’électron, la cheffe de file libérale à la ville de Liège y voit également un risque pour les dividendes des communes. "Je suis comptable des intérêts liégeois et je ne veux pas prendre le risque de perdre des dividendes et de laisser filer un actif et son centre de décision vers Louvain-la-Neuve ou Namur. Vraiment, je ne vois pas la plus-value d’une telle fusion. Je demande une analyse et déciderai en fonction de l’intérêt municipal."

Citadelle liégeoise assiégée

Bien consciente des défis à relever en matière de gouvernance au sein de la galaxie Nethys, la présidente du Sénat dit "stop au bashing" liégeois. "Je ne veux pas que ces défis de gouvernance soient un prétexte et le paravent d’une éviscération des intérêts liégeois. Je finis par me poser des questions. Je ne crie pas au complot. Il y a des choses à corriger en matière de gouvernance. Mais le dossier Nethys ne doit pas être un prétexte pour basher et pour tuer Liège."

Très remontée sur les expressions matamoresques de certains, Christine Defraigne ne digère toujours pas le fait que tous les députés liégeois du parlement wallon ont été écartés de la commission d’enquête parlementaire Publifin. "Cela représente près d’un tiers du parlement wallon. J’ai parfois eu l’impression d’avoir entendu des expressions à charge. L’avis d’une commission d’enquête doit pourtant être impartial, or on a déjà eu tellement d’expressions pendant les auditions que je me pose la question de l’impartialité de la démarche. Cela donne des tribunes magnifiques aux parlementaires mais est-ce le rôle d’un parlement d’organiser des commissions d’enquête sauf si ce n’est pour se redonner une densité et un rôle qu’on a amenuisé?"

"Il y a une forme d’hystérie collective autour de Stéphane Moreau."
Christine Defraigne
Députée MR

Quant à l’avenir de Nethys et l’éventuel licenciement de son patron Stéphane Moreau, la députée liégeoise s’en remet aux organes de gestion de l’intercommunale. "Depuis le début, je refuse d’entrer dans cette danse macabre qui dit que Stéphane Moreau est le diable en personne. Il y a une forme d’hystérie collective autour de Stéphane Moreau. Je ne suis pas son avocate et n’ai aucun lien avec lui mais j’ai un malaise par rapport à cette guerre médiatique. Si j’étais au conseil d’administration de Nethys, je pourrais avoir un avis et connaître le rapport coût/bénéfice de son licenciement. Mais je n’y suis pas. Cela dit, on peut toujours licencier quelqu’un. Il suffit d’y mettre le prix. Et si la ministre Valérie De Bue (MR, NDLR) veut envoyer un commissaire spécial pour le licencier, il faudra se poser la question du rapport coût/bénéfice. Qui sait combien cela va coûter? Pas moi."

La cheffe de file des libéraux à la ville de Liège s’interroge néanmoins sur les possibilités affichées par la ministre des Pouvoirs locaux de régler le sort de Stéphane Moreau par décret. "Valérie De Bue souhaite virer Stéphane Moreau de manière décrétale. Mais ce n’est pas un décret wallon qui va régler les choses car il va empiéter sur la loi de 1978 sur les contrats de travail, qui est une compétence fédérale. N’y a-t-il pas là un conflit de compétences à régler le cas échéant devant la cour constitutionnelle?"

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