interview

"Nous aurions dû être plus attentifs aux besoins des petits transporteurs"

©LAURIE DIEFFEMBCQ

Routes bloquées, camionneurs en colère, le lancement de la taxe kilométrique a été synonyme de chaos en Wallonie cette semaine. Le ministre des Travaux Publics Maxime Prévot (cdH) refuse cependant de parler de fiasco wallon.

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Des boîtiers OBU défectueux, des camionneurs en colère, une Wallonie paralysée par des barrages routiers, l’entrée en vigueur de la taxe kilométrique est-elle synonyme de fiasco?

Il y a rarement eu autant de désinformation dans un dossier. Je ne cherche pas à me défausser mais l’émotion a pris le dessus. Il faut remettre les choses en perspective. Quand on s’est rapproché du 1er avril (date de mise en vigueur de la taxe kilométrique), nous avons questionné le gestionnaire Viapass pour savoir si le process fonctionnerait correctement. Nous avons reçu un écho positif. Satellic, le principal constructeur du boîtier, a, lui, déclaré que des maladies de jeunesse sont inévitables les premiers jours. Le gouvernement wallon ne s’est donc pas aventuré de manière brute et irresponsable dans la mise en œuvre de la taxe kilométrique. 98% des boîtiers fonctionnement correctement.

De nombreux camionneurs ont pourtant pesté sur les boîtiers.
Mais cela ne veut pas dire que c’est un fiasco! Dans la grande majorité, le système fonctionne, même si on note quelques défaillances et c’est inacceptable. Le gouvernement wallon ne peut pas accepter les défaillances de Satellic. J’ai d’ailleurs enjoint lundi dernier Viapass de faire le nécessaire pour que cela ne se reproduise plus. Il y aura des pénalités si les problèmes recommencent. Je note également le rôle ambigu joué par l’UPTR qui a demandé à ses affiliés de ne pas se précipiter pour s’équiper de l’OBU. Derrière cette demande, l’UPTR voulait en fait pousser ses membres à s’équiper chez Axxès, un concurrent de Satellic avec qui l’UPTR a un lien commercial. Résultat, de nombreux transporteurs ont attendu la dernière minute pour s’équiper.

"Le gouvernement wallon ne s’est pas aventuré de manière brute et irresponsable dans la mise en œuvre de la taxe kilométrique."

Et la grogne de certains transporteurs indépendants qui jugent la taxe impayable! Le gouvernement wallon a-t-il été naïf en croyant que la taxe allait passer comme une lettre à la poste?
Non, nous ne sommes pas naïfs mais ce mouvement s’est organisé de manière spontanée chez les transporteurs indépendants qui n’ont pas été représentés par une fédération lors des négociations. Le dispositif est connu depuis 5 ans et les tarifs sont moins chers que dans d’autres pays européens. Nous avons suffisamment communiqué.

Il y a quand même eu des barrages routiers. Des stations d’essence ont été à sec et certaines grandes surfaces ont connu des problèmes d’approvisionnement… C’est la preuve que tout ne se passe pas comme vous l’avez envisagé.
Je ne nie pas les difficultés des transporteurs indépendants. Cette taxe a été vue par certains comme la couche de trop face au désarroi qu’ils connaissent. C’est vrai que cette taxe peut être un élément de fragilité pour les plus petites entreprises. Mais le véritable problème pour ces petits transporteurs, c’est le dumping social par rapport à des camions immatriculés en Roumanie. Le gouvernement fédéral doit être plus volontariste dans sa lutte contre le dumping social. Je rappelle également que cette taxe est déductible fiscalement. Nous avons d’ailleurs proposé aux transporteurs indépendants que la Wallonie préfinance les prélèvements pour éviter de mettre à mal la trésorerie des transporteurs.

Réactions Les transporteurs mettent Satellic en demeure de corriger les défaillances

Face aux nombreux couacs, la fédération des transporteurs UPTR a annoncé vendredi mettre en demeure la société Satellic, prestataire en charge du système de contrôle du prélèvement kilométrique pour les camions de plus de 3,5 tonnes, decorriger les défaillances rencontrées avec les boîtiers OBU avant l’envoi des premières factures. "Au vu de l’ampleur de ces défaillances, l’UPTR s’interroge quant à la manière dont Viapass a joué son rôle de gendarme et de régulateur du marché", estime l’UPTR qui encourage les transporteurs à "facturer à Satellic l’ensemble des frais et dommages subis du fait des défaillances de leurs boîtiers OBU, de leur système informatique, de l’absence de réponse ou des réponses tardives du call center."

Un ton qui n’a visiblement pas plu à la société Satellic qui estime qu’elle n’a "pas d’ordres" à recevoir autres que ceux de son client Viapass.

 

Le gouvernement wallon n’a donc rien à se reprocher?
Nous aurions certainement dû être plus attentifs aux besoins des petits transporteurs indépendants. Le problème est qu’ils n’ont pas de structure représentative. Il est maintenant important de dialoguer avec eux afin de dégager des solutions.

On n’a pas entendu Paul Magnette? Le ministre-président est très discret…
Ce n’est pas parce qu’il ne s’exprime pas dans les médias qu’il ne fait rien. Paul Magnette a été en contact avec le ministre du Budget Christophe Lacroix et moi-même. Il a joué son rôle de coordinateur.

Heureusement que le Fédéral est venu siffler la fin de la récréation en demandant à la police de dégager les routes. La Région wallonne n’aurait-elle pas pu demander à ses bourgmestres d’agir?
Envoyer la cavalerie après 48 heures aurait été vu comme un acte hostile. Je vous signale par ailleurs que la Région wallonne n’a pas d’autorité d’injonction sur les bourgmestres.

Mais vous êtes quand même bourgmestre de Namur et Paul Magnette est, lui, bourgmestre de Charleroi?
À Namur, il n’y avait pas de problème. La Wallonie a activé ses leviers en demandant à l’administration de saisir le tribunal pour imposer des astreintes financières. Les barrages ont finalement été levés avant que des astreintes soient infligées. Quant à la mobilisation des forces de l’ordre, elle est du ressort du ministre de l’Intérieur et des gouverneurs.

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Comment expliquez-vous cette différence de réaction entre la Wallonie et la Flandre? Le nord du pays n’a pas connu un pareil conflit.
En Wallonie, des fédérations ont diffusé jusqu’au bout des messages de contestation vis-à-vis de la redevance kilométrique. Ces fédérations ont voulu tenter un coup de poker en pariant sur un report. En Flandre, le message était plus constructif et misait sur l’importance de la préparation.

Mais il n’y a pas eu d’un côté un gouvernement flamand qui a pris des mesures pour limiter l’impact et de l’autre un gouvernement wallon qui n’a rien fait.

La totalité des avantages donnés en Flandre sont similaires en Wallonie. La Wallonie a même été au-delà en donnant 23 millions de compensations.

Qu’allez-vous faire maintenant pour aider ces transporteurs indépendants?
Nous attendons leur cahier de revendications. L’importance est de dialoguer. Le gouvernement est disposé à prendre des mesures additionnelles pour soulager les petits indépendants qui ont un véhicule de plus de 3,5 tonnes. Nous devons les écouter et reconnaître qu’il y a des spécificités à prendre en considération. Le fait qu’ils aient décidé de se structurer nous permet d’avoir un interlocuteur.

Mais pourquoi ce refus d’exonérer les routes nationales de la taxe?
Ce n’est pas un acte agressif mais vu la petitesse du pays, on ne peut pas se permettre de retirer les nationales car elles sont une alternative aux autoroutes. Retirer ces routes, c’est augmenter le trafic dans nos campagnes et dans nos villages.

Que pense la Wallonie de la prolongation de la durée de vie des vieilles centrales nucléaires? À l’instar du Luxembourg ou de l’Allemagne, la Wallonie est-elle inquiète?
Nous n’avons pas eu ce débat au sein du gouvernement même si on est concerné et vigilant par rapport à tous les résultats de monitoring des outils nucléaires. Mais pour l’heure, même si nous sommes tous convaincus qu’il faut se passer à terme du nucléaire, les conditions ne sont pas là pour tourner la page.

"Je préfère maintenir la redevance télévision que de voir les additionnels à l’IPP augmenter."

Vous parlez de sécurité d’approvisionnement. Mais par rapport à la sécurité de l’outil, êtes-vous inquiet?
Je ne suis pas inquiet mais vigilant. Si le moindre doute existe par rapport à la sécurité, il faut fermer les centrales, même temporairement. Il faut par contre éviter la paranoïa.

Il va bientôt être question de gros sous au gouvernement wallon avec la réforme fiscale. Pour vous, est-il toujours hors de question qu’on touche aux additionnels à l’impôt des personnes physiques?
Oui, je préfère maintenir la redevance télévision en Wallonie que de voir les additionnels à l’IPP augmenter.

Le conclave budgétaire va-t-il être compliqué pour la Wallonie?
C’est toujours compliqué et il faut toujours rechercher de l’argent. Nous attendons les arbitrages du Fédéral pour voir plus clair! Pour l’instant, il y a encore trop d’inconnues.

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