"Nous n'irons pas dans un exécutif pour quelques mesurettes à la marge" (Stéphane Hazée)

©Tim Dirven

Stéphane Hazée l'affirme: "Ecolo n’est pas là pour rester au balcon mais bien pour porter des idées et les mettre en œuvre concrètement."

À un mois des élections et avec un dernier sondage qui fait de lui le deuxième parti politique en Wallonie, Ecolo a le vent en poupe. Un optimisme que Stéphane Hazée, le chef de file d’Ecolo en Wallonie, entend utiliser pour faire bouger les lignes après les élections à travers 10 réformes basculantes pour la Wallonie.

Est-ce l’heure d’Ecolo?

J’espère en tout cas que c’est l’heure de l’écologie parce qu’on a vu pendant toute cette législature une volonté d’en faire trop peu par rapport aux objectifs écologiques. Nous pensons qu’il faut en faire plus et plus fort et plus rapidement par rapport aux enjeux majeurs du climat. Là derrière, il y a aussi des enjeux en termes de solidarité et de pratiques politiques. On ne peut évidemment que se réjouir de voir cette expression de la population pour un projet de changement. Il y a un enthousiasme qui est porteur mais je mesure qu’un sondage n’est qu’un sondage et jamais je n’entends considérer que le sondage fait l’élection. C’est le résultat des élections qui compte. Commencer à s’y croire, ce n’est pas le genre de la maison.

La volonté d’Ecolo est de revenir au pouvoir en Wallonie après 5 années passées dans l’opposition?

"Ecolo n’est pas là pour rester au balcon mais bien pour porter des idées et les mettre en œuvre concrètement."

Ecolo n’est pas là pour rester au balcon mais bien pour porter des idées et les mettre en œuvre concrètement.

Votre parti a eu des expériences douloureuses au moment de se frotter au pouvoir. Quelles sont les erreurs qu’Ecolo ne doit plus commettre?

On doit garder le cap sur les priorités et garder le sens de l’humilité. L’expérience se construit et on doit être capable de contrer des coups tordus, singulièrement sur les enjeux écologiques. J’espère que la mobilisation qui est à l’œuvre depuis des mois et qui conduit à certaines évolutions trop lentes dans certains groupes politiques va permettre de mener un projet plus fort et plus construit. Le jeu à la mode ne doit plus être le détricotage de certaines politiques comme après les élections de 2014 où PS et cdH ont détricoté des mesures mises en œuvre par Ecolo.

Ecolo est-il capable de faire des concessions au sein d’une coalition gouvernementale?

"Ce que je vois depuis plusieurs années, c’est le libéralisme punitif."

Nous avons des priorités et ce sont les électeurs qui distribuent les cartes. Nous verrons après les élections, et forcément en fonction des résultats, s’il y a des partenaires pour pouvoir faire ces réformes basculantes qui apparaissent nécessaires. Nous ne sommes pas là pour agir à la marge et nous n’irons pas dans un exécutif pour quelques mesurettes à la marge du projet. Il faut bien sûr construire avec d’autres mais il ne s’agit pas d’aller solder notre programme à tout prix.

Vos opposants politiques prédisent une vague taxatoire et l’arrivée de l’écologie punitive avec Ecolo au pouvoir…

Ce que je vois surtout depuis plusieurs années, c’est le libéralisme punitif qui conduit aux exclus du chômage, déjà avec le gouvernement Di Rupo, et accentué avec le gouvernement MR-N-VA. Le pouvoir d’achat des ménages a été affaibli avec la fiscalité mise en œuvre par le Fédéral. Et c’est encore plus vrai avec la fraude fiscale, qui reste extrêmement importante. 20 milliards d’euros en Belgique échappent aux caisses de l’État. Il y a là une politique à deux vitesses où la plus grande part de la population paie sur son travail un impôt trop important et à côté, c’est open bar pour une série de comportements fraudeurs. Et si j’en parle, c’est parce que cela a un impact sur la Région wallonne et les recettes IPP.

Votre projet passe-t-il par des taxes?

Nos différentes mesures en Wallonie ne passent pas par une augmentation de la pression fiscale. Elles passent par une réorientation avec un impôt sur les grandes fortunes au niveau fédéral. Et qu’on ne nous accuse pas de nous attaquer à la classe moyenne. Lorsqu’on vise un impôt sur le patrimoine de plus d’un million d’euros en exonérant la maison d’habitation et les outils productifs, je ne vois pas où on vise la classe moyenne.

Comment atténuer le coût de la transition énergétique pour les citoyens?

Programme

10 réformes "basculantes"

Voici la feuille de route qu’Ecolo entend mettre en œuvre afin d’accélérer le redressement de la Wallonie et répondre aux enjeux climatiques.

- Garantir que toutes les décisions du futur gouvernement wallon cadrent avec les objectifs climat.

- Créer des emplois verts en visant 100% d’isolation et 100% d’énergies renouvelables.

- Miser sur la mobilité douce et partagée en interdisant la construction de nouvelles infrastructures routières d’envergure et en investissant dans les transports en commun.

- Atteindre 10% de logements à loyer modéré à travers le logement public et les agences immobilières sociales.

- Accélérer la transition vers une alimentation durable et bio.

- Stratégie biodiversité 360° en créant 1.000 ha/an de réserves naturelles et en stoppant l’étalement urbain.

Former davantage aux métiers d’avenir.

- Basculer vers une économie circulaire.

Dépolitiser les recrutements dans la fonction publique en relançant notamment les mandats de législature pour les fonctions de direction.

Plus de pouvoir aux citoyens en créant un droit d’initiative législative citoyen et en relançant la concertation sociale en Wallonie.

L’enjeu est que la transition écologique soit solidaire. Il y a un coût d’investissement mais il est inférieur au coût de l’inaction. Ne rien faire coûtera plus cher et le citoyen voit bien que le système est complètement déréglé et que la situation est intenable. Mais certains partis traditionnels veulent faire passer l’idée que c’est le choix entre rien et un coût pour telle ou telle mesure contre le réchauffement climatique. C’est totalement malhonnête intellectuellement.

Vous listez 10 mesures "basculantes" pour la Wallonie. Comment comptez-vous les financer?

L’enjeu de l’isolation par exemple est un enjeu d’investissement. La Région doit amplifier largement les outils pour pouvoir isoler les habitations. Ce sont des investissements rentables puisque vous économisez sur la facture. L’enjeu est que la Région puisse amplifier la logique du tiers investisseur en avançant la mise de départ du citoyen et le remboursement interviendra à partir du gain sur la facture. C’est une politique écologique qui va créer de l’emploi et un gain sur le pouvoir d’achat.

Et d’où viendront ces financements?

Cela passera par un emprunt de la Région.

Et pour les autres mesures?

©Tim Dirven

Prenons la mobilité. On a une politique qui va dans le mur aujourd’hui. Les émissions de gaz à effet de serre continuent à augmenter et les embouteillages augmentent. Nous proposons de donner une priorité plus forte aux alternatives à la voiture individuelle. Sans idéologie. C’est-à-dire qu’il y a des personnes qui ont besoin de leur voiture et qui vont continuer à l’utiliser. Personne ne parle d’interdire les voitures mais de permettre à toutes les personnes qui en ont l’occasion de passer à l’alternative. Pour le financement, l’enjeu est de prendre une part des moyens focalisés sur l’automobile pour les réorienter vers le vélo et les transports en commun. Comment? Un quart de la somme de la redevance kilométrique, qui totalise 200 millions d’euros par an, aurait dû être dédié au transport en commun. Dès 2014, après notre sortie du gouvernement wallon, PS et cdH se sont empressés de supprimer cette décision en investissant 100% de la recette sur le réseau autoroutier.

Le nouveau plan infrastructures du gouvernement wallon sortant MR-cdH va aussi investir dans la mobilité douce et le transport en commun.

Le gouvernement sortant repeint la façade! Quelle est la crédibilité d’une telle démarche à un mois des élections?

Ecolo serait donc plus vert que les autres partis.

Depuis le départ, notre projet veut mettre ces changements climatiques au cœur de l’agenda politique. Le gouvernement PS-cdH a lui reporté de dix ans les objectifs d’énergie renouvelable et démantelé les outils visant à limiter l’étalement urbain. Et le gouvernement MR-cdH s’est inscrit dans la même politique. Ils n’ont pas cessé de faire le contraire de ce qu’ils nous disent qu’ils vont faire. Il y a une certaine forme d’opportunisme des partis traditionnels et surtout une contradiction par rapport à ce qui a été mené. Quelle est la sincérité des messages des partis traditionnels aujourd’hui face au défi climatique? Il faut à un moment donné des réformes basculantes pour atteindre les objectifs de Paris.

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