interview

Olivier de Wasseige (UWE): "On n'a qu'une version laconique du plan de relance wallon"

©BELGA

Pour Olivier de Wasseige, le patron de l'Union wallonne des entreprises (UWE), la version actuelle du plan de relance du gouvernement wallon est encore trop imprécise pour y voir clair!

Que pense le patronat wallon du plan de relance de la Wallonie? À vrai dire, dans la version actuelle du document, Olivier de Wasseige estime qu’il est difficile d’avoir une vision détaillée sur les intentions du gouvernement. Mais l’administrateur délégué de l’Union wallonne des entreprises (UWE) en tire déjà quelques enseignements.

Le conseil d'administration de l'UWE a eu l'occasion ce mardi d’examiner le plan de relance de la Wallonie. Qu'en a-t-il conclu?

Globalement, ce plan est en phase avec nos demandes. On y retrouve d’ailleurs une bonne partie de nos demandes. Il ne semble pas non plus y avoir de taxes nouvelles et il y a une volonté de définir une politique industrielle. Mais on n’a aujourd’hui qu’une version relativement laconique du plan de relance. Il s’agit d’une version intermédiaire et incomplète qui rend un jugement définitif difficile à poser. On attend tous une version définitive le plus vite possible, pour juillet.

"On attend tous une version définitive le plus vite possible, pour juillet. On aurait évidemment préféré, comme en Flandre, que les choses aillent plus vite."

On aurait évidemment préféré, comme en Flandre, que les choses aillent plus vite. Même si on préfère un travail bien fait, cet aspect temporalité est important. On va se retrouver à la moitié de la législature et on sait très bien que la dernière année sera pratiquement perdue avec les élections. Il y a donc un risque que tous les éléments de ce plan ne seront pas exécutés sous cette législature.

L’UWE a souvent déclaré que la Wallonie n’avait plus qu’un joker pour se relancer. Ce plan permet-il de répondre aux besoins structurels?

Sur papier, je dirais qu’il y a le potentiel de remplir ce challenge du dernier joker. Dans les intitulés des 344 mesures, on a un potentiel de réformes qui peuvent mener à des ruptures. Mais j’insiste sur le mot potentiel. Toute la question sera de voir ce qui se trouve dans les détails des fiches, car il y a des réformes structurelles qu’on ne voit pas comme celle du paysage de l’insertion à l’emploi avec toutes les structures qui existent.

Vous craignez que tout ne soit pas réalisable d'ici à la fin de la législature. Quelles doivent être les priorités?

Le gouvernement a englobé dans son plan de relance toute une partie de ce qu’il aurait fait sans ce plan. Il a ainsi intégré des éléments de la déclaration de politique régionale. Cela dilue les réformes de relance et structurelles. Il faut faire un tri entre le business classique et le plan de relance. Le plus important est d’entamer les réformes structurelles de telle manière à ce qu’elles soient irréversibles.

Faut-il profiter de ce délai pour intégrer des nouveaux éléments dans la version définitive du plan?

En fait, dans ce plan, il manque une stratégie globale intégrée entre les projets. Il parle de réforme de la formation en alternance, mais ne dit pas jusqu’où il veut aller en matière de régionalisation.

La question des prérequis des élèves en amont de l’alternance n’est pas non plus abordée. C’est pourtant crucial d’intégrer cet élément dans la question du pacte d’excellence. Sans revoir le contenu de la matière sur l’amélioration des savoirs, les élèves qui arriveront dans les filières de la formation en alternance risquent de ne pas avoir le niveau requis.

"Dans ce plan, il manque une stratégie globale intégrée entre les projets. Il parle de réforme de la formation en alternance mais ne dit pas jusqu’où il veut aller en matière de régionalisation."

Le gouvernement devrait également intégrer un fil conducteur par réforme. On reste sur des réformes qui regardent les structures et non les usagers comme les entreprises ou les demandeurs d’emploi. Cela ne permet pas de savoir en quoi cela sera mieux. Le gouvernement aborde par exemple la fusion des trois outils économiques mais pour quelle finalité? Est-ce simplement pour les loger dans un même bâtiment et avoir un même logo ou est-ce afin d’améliorer le service?

Il serait aussi important d’intégrer des objectifs et des indicateurs. Quel sera l’objectif par rapport à la baisse de l’emploi vacant? Parle-t-on de moins 10.000 emplois vacants en 2024 ou 5.000? À peine 10.000 demandeurs d’emplois sur les 400.000 personnes qui passent par le Forem sont formés à des métiers en pénurie. Si on ne met pas d’objectifs aux réformes, il sera toujours possible pour le gouvernement de dire qu’il a augmenté de 15% ce nombre. Cela restera évidemment trop peu.

"La Wallonie pourrait de manière ciblée décider de ne plus lever cette partie du précompte professionnel afin de faire baisser le coût de la main d’œuvre."

Le ministre-président Elio Di Rupo appelle la société civile et les entreprises à agir pour la relance de la Wallonie. Quel engagement pourriez-vous lui donner?

On prend, par exemple, comme engagement de prendre beaucoup plus d’élèves en alternance, mais on ne peut pas tout. L’alternance doit être celle de l’excellence et non celle de la relégation. Le gouvernement doit donc agir pour améliorer la formation.

Les entreprises seraient-elles prêtes à accepter un effort financier?

Oui, les aides à la formation ne seront plus nécessaires à partir du moment où les gens qui arrivent sur le marché du travail sont parfaitement formés.

344
projets de relance
Dans la version intermédiaire de son plan de relance, le gouvernement wallon a retenu 344 mesures. Sur papier, le patronat wallon s'en réjouit mais il attend de connaître rapidement les détails de tous ces projets.

Au même titre que l’énergie, le coût du travail reste impactant au niveau de la compétitivité de certaines entreprises. Comment pourrait agir la Wallonie?

La Région reçoit du fédéral une partie du précompte professionnel.

La Wallonie pourrait de manière ciblée décider de ne plus lever cette partie du précompte professionnel afin de faire baisser le coût de la main d’œuvre. Budgétairement, cela ne représente pas grand-chose pour la Région, mais cela peut aider à la compétitivité des entreprises qui sont exposées à une concurrence internationale.

Les phrases clés

  • "Il s’agit d’une version intermédiaire et incomplète qui rend un jugement définitif difficile à poser. On attend tous une version définitive le plus vite possible."
  • "Il serait important d’intégrer des objectifs et des indicateurs. Quel sera l’objectif par rapport à la baisse de l’emploi vacant?"
  • "Sur papier, je dirais qu’il y a le potentiel de remplir ce challenge du dernier joker. Dans les intitulés des 344 mesures, on a un potentiel de réformes qui peuvent mener à des ruptures. Mais j’insiste sur le mot potentiel."

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