interview

"On démontre clairement que Zalando n'a peut-être pas fait le meilleur des choix"

Interview avec Luc Partoune, directeur de Liege Airport lors de l'arrivée officielle d'Alibaba dans la cité ardente.

Derrière la grand-messe où ministres et convives se réjouissaient ce mercredi devant la signature de l’accord scellant définitivement l’arrivée du géant chinois de l’e-commerce Alibaba et de son bras logistique Cainiao dans la cité Ardente – avec, à la clé, un premier investissement de 75 millions d’euros –, ce contrat va propulser l’aéroport de Liège dans la cour des grands du fret mondial. Une étape qui impliquera de solides adaptations, estime Luc Partoune, le directeur de l’aéroport.

Comment attire-t-on un gros poisson comme Alibaba au nez et à la barbe d’aéroports concurrents?

C’est un travail de longue haleine qui a été réalisé avec nos équipes commerciales basées en Chine. On a d’abord approché les sociétés qui font de l’express en Chine. Il s’agit de petits acteurs, plus petits que des FedEx ou DHL. C’est par le biais de ces sociétés que nous sommes arrivés jusqu’au donneur d’ordre principal qui était le groupe Alibaba et sa filiale logistique Cainiao. On a remonté la filière. Ce n’est que cette année que nous avons eu les premiers contacts avec Alibaba. Le groupe cherchait un positionnement en Europe et nous n’étions pas dans la short list. On est parvenu à rentrer dans cette short list. Ce qui a fait la différence, c’est le fait que Liège dispose d’espace. C’est un atout essentiel par rapport aux autres aéroports. Il leur fallait aussi un aéroport ouvert la nuit pour réussir à tenir leur délai de livraison en 72 heures partout dans le monde. Notre position géographique centrale a également été un atout. Enfin, le fait qu’il y ait de la main-d’œuvre disponible en Wallonie a aussi été un levier important. On s’est beaucoup lamenté sur le projet de l’allemand Zalando qui a dit qu’il ne venait pas en Belgique. Ici, on démontre clairement que Zalando n’a peut-être pas fait le meilleur des choix en allant aux Pays-Bas où la main-d’œuvre est moins disponible.

Pour Liège, que représente l’arrivée de ce géant?

"On rentre vraiment dans le top 5 européen et on se place dans le top 20 mondial. C’est une nouvelle dimension."

Cela va modifier l’écosystème aéroportuaire. L’e-commerce est sans doute le vecteur de croissance le plus important pour le cargo aérien ces prochaines années, même plus important que l’express. À partir de Liège, Alibaba va développer tout un réseau de distribution. Ils vont s’appuyer sur des compagnies aériennes déjà présentes sur le site. Tout notre travail va être d’interconnecter ces différents acteurs. Nous avons un gros marché sur l’Afrique avec près de 40 vols par semaine. Ce sont des lignes qui vont bénéficier de l’arrivée d’Alibaba. On va faire 900.000 tonnes de fret cette année et notre objectif est d’arriver à 1 million l’année prochaine. D’ici 5 ans, on devrait tourner autour d’1,3 – 1,4 million de tonnes. On rentre vraiment dans le top 5 européen et on se place dans le top 20 mondial. C’est une nouvelle dimension.

Cette croissance fulgurante est-elle facile à gérer?

Cérémonie de signatures relatives aux projets du Groupe Alibaba en Belgique organisée par le Gouvernement fédéral, Alibaba Group, le Gouvernement wallon, Cainiao Smart Logistics et Liege Airport. ©Photo News

Il y a deux ans, nous étions à moins de 700.000 tonnes. Cette évolution va impliquer des gros efforts car la société va devoir grandir et s’adapter. On doit anticiper énormément de choses, notamment en matière de mobilité. Un groupe comme FedEx a énormément de camionnage et ce sera la même chose avec Alibaba. Il faut adapter les routes. On doit travailler sur tous les goulots d’étranglement. Nous sommes en train de régler le manque d’espace en construisant des halls. Il y aura aussi des nouveaux parkings avions qui seront construits. Il y aura enfin toute la question de la mobilité à gérer. Il va falloir améliorer les voiries d’accès à l’aéroport et le réseau autoroutier qui n’est pas encore saturé mais qui présente un certain nombre d’engorgements. La Région wallonne a entamé une réflexion sur ce point et il est de notre devoir d’attirer l’attention sur cette expansion.

Outre l’aéroport, Trilogiport va aussi susciter beaucoup de trafic camions dans la région. Mais nous sommes des fervents défenseurs de la voie ferrée. L’opérateur chinois ZIH a commencé à exploiter des lignes depuis Liège vers la Chine et il travaille avec Alibaba. C’est un vecteur de développement qui doit permettre de combiner la multimodalité et permettre le désengorgement des routes.

Ces développements ne risquent-ils pas de nuire aux riverains de l’aéroport?

Alibaba devrait principalement opérer la journée. Le développement de cette société rentre donc dans le plan d’exposition au bruit qui a été défini par la Région wallonne. On ne sort donc pas du cadre.

Il faut apaiser les tensions qui étaient vives avec FedEx et ADP.

Si on revient sur ces dernières semaines, et les frictions avec l’un de vos actionnaires, le français Aéroport de Paris (ADP), qui a pris fait et cause pour le transporteur FedEx qui a tenté de bloquer l’arrivée d’Alibaba, quelles suites auront ces tensions pour l’aéroport?

Il faut apaiser les tensions qui étaient vives avec FedEx et ADP. Il y a de la place pour tout le monde. Nous avons objectivé les choix devant le conseil d’administration et ADP s’est rallié à notre analyse. Mais je tiens à préciser que c’est un problème qui se situe au niveau de l’actionnariat et pas tellement au niveau du management.

Pour le développement de l’aéroport, ne serait-il pas préférable de disposer d’un actionnariat 100% wallon?

On doit tirer les leçons sur ce qui s’est passé. Une analyse doit être faite au niveau de notre actionnariat. Notre mission est de développer Liege Airport et l’activité économique autour de l’aéroport. Tenir compte à la fois des enjeux économiques et plus globaux au niveau de la Région sont deux priorités. Il faut demander aux actionnaires s’ils sont toujours d’accord de créer une valeur ajoutée dans l’activité de l’aéroport.

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