interview

"On ne peut pas en même temps investir et se désendetter" (Willy Borsus)

©BELGA

Boycotté par le PS et Ecolo dans la foulée des élections, le MR tire aujourd’hui son épingle du jeu, sans rancune.

Le ministre-président sortant Willy Borsus, qui a négocié le double accord wallon et communautaire aux côtés du Premier Charles Michel, parle d’un accord équilibré et volontariste teinté de vert, bleu et rouge…

Entre le PS et Ecolo, le MR a-t-il trouvé sa place?

Il y a des différences dans les convictions entre les formations politiques mais ce qu’on a fait aujourd’hui est ambitieux pour notre Région. On a réussi à faire des priorités vertes, bleues, rouges. Il y a une urgence pour la Région. On a 5 ans pour se redéployer, on a des enjeux en termes de niveau de l’enseignement, de trajectoire budgétaire et de développement économique. Sans parler des enjeux climatiques et environnementaux. Le levier négocié pendant ces longues négociations de l’été est positif pour notre Région et l’espace francophone.

"Nous serons les avocats sincères de cet accord."

Peut-on parler de confiance entre les trois partenaires?

Je pense qu’il y a une confiance mutuelle qui est présente maintenant, au moment de la conclusion de cet accord. Je veux vraiment faire ce message: il y a une confiance aussi concernant l’exécution sincère de l’accord. Chacune des lignes de cet accord doit être une priorité pour chacun. Nous serons les avocats sincères de cet accord.

Ecolo, par l’intermédiaire de son coprésident Jean-Marc Nollet, pointait déjà la responsabilité du MR mardi matin pour expliquer l’abandon du décumul intégral pour les parlementaires, une mesure voulue par les verts et acceptée par le PS dans la note coquelicot. Ça commence bien…

On n’a pas accordé les visions. En ce qui concerne le décumul intégral, notre position a toujours été la même. Si on décumule intégralement, on multiplie le nombre de mandataires.

Cet accord, c’est d’abord un compromis entre la gauche et la droite?

C’est un équilibre entre les priorités des partenaires. On a réussi à faire de cet équilibre une ambition forte pour la Wallonie. Le développement économique et la création d’emplois, la lutte contre la pauvreté, la lutte contre le réchauffement climatique sont des enjeux qui traversent les familles politiques.

"L’hypothèse d’une forme d’appropriation de VOO par le management ne semble pas la bonne voie."

Un des objectifs du gouvernement wallon va être d’augmenter de 5% le taux d’emploi d’ici 2025. Comment comptez-vous y parvenir?

On a un grand problème de métiers en pénurie. On a aussi un taux de chômage qui fait que 190.000 personnes sont sur le marché du travail. Il y a par ailleurs plus de 70.000 personnes qui sont bénéficiaires du revenu d’intégration. Des mesures prises dans la DPR vont viser la formation de manière à amener les personnes concernées vers les métiers en pénurie et les besoins du marché du travail. Il y a aussi une réforme du Forem ou des expériences pilotes de territoires zéro chômeur longue durée, ou des rationalisations de structures. Le chantier de la réforme de la formation en alternance va être particulièrement important. Il y aura aussi des incitants visant à encourager les métiers techniques et de l’ingénieur. Il y a rarement une réponse unique à un problème complexe. L’ensemble de ces actions sont de nature à répondre à la problématique de ces métiers en pénurie mais aussi aux métiers du futur comme dans le digital. Se fixer 5% d’objectif, c’est audacieux.

Le nouvel exécutif wallon annonce aussi vouloir investir 4 milliards. Comment allez-vous financer ce plan?

Plusieurs éléments d’investissements étaient présents dans la politique des précédents gouvernements. On y ajoute une marque forte en disant que la Wallonie souhaite investir fortement dans la transition énergétique, dans le transfert modal en termes de mobilité douce, en termes de logement ou de recherche et d’innovation. Certaines de ces dépenses sont déconsolidées (n’impactent pas la dette SEC de la Région, NDLR). D’autres investissements, comme ceux pour répondre aux objectifs climatiques, seront présentés à l’Institut des comptes nationaux car on pense qu’ils peuvent être déconsolidés. L’un dans l’autre, nous estimons que notre trajectoire d’investissement sera d’environ 4 milliards.

Pour financer ce plan, la Wallonie va devoir s’endetter.

Les moyens courants du budget de la Région seront mobilisés. En outre, l’allongement de la période pour le retour à l’équilibre en 2024 permet de prendre en charge des dépenses supplémentaires. C’est vrai qu’on y ajoute une partie qui va constituer de l’endettement. Mais ce sera de l’endettement positif. Des économies et des rationalisations seront également effectuées. Des actifs seront aussi valorisés. Mais pour un pouvoir public, désinvestir, c’est mourir à petit feu en créant une facture pour les générations suivantes.

"On accepte une marge d’endettement. Mais on ne peut pas en même temps faire un retour à l’équilibre, ne prendre aucune taxation nouvelle, investir et se désendetter."

Dans cet accord, le MR a dû renoncer au retour à l’équilibre en 2019, pourtant promis par votre parti sous la précédente législature.

Je ne parlerais pas de renoncement. Ce qui est important est d’avoir une diminution progressive du déficit. Il sera de l’ordre de 350 millions d’euros en 2020 et le retour à l’équilibre est pointé pour 2024. Si on reste dans une démarche de retour à l’équilibre pour le début 2025, date du début de la baisse des transferts, on est dans une démarche rationnelle et acceptable.

L’assainissement des finances publiques, est-ce toujours une priorité pour le MR?

Oui, il y aura des mesures d’économies pour arriver à cet équilibre en 2024. On n’exclut pas la vente de certains actifs. On va faire des économies dans le fonctionnement de nos structures, dans les fonctionnements de nos administrations et dans la rationalisation des acteurs qui gravitent autour de la Région wallonne. On sait que la gestion active de la dette va aussi permettre de gagner de l’argent. On a ainsi listé des espaces de travail pour faire en sorte que l’ensemble des économies générales de notre budget permettent de revenir à l’équilibre et de réinvestir.

Le MR a toujours décrit la Wallonie comme une Région qui vivait au-dessus de ses moyens. Aujourd’hui, le futur gouvernement va faire plonger la dette pour investir… C’est paradoxal!

Je ne dirais pas qu’on va faire plonger la dette. On accepte une marge d’endettement. Mais on ne peut pas en même temps faire un retour à l’équilibre, ne prendre aucune taxation nouvelle, investir et se désendetter. Faire tout cela ensemble, c’est de l’ordre de l’impossible. De surcroît dans une conjoncture économique globale qui ralentit.

Les négociateurs ont rappelé que l’intercommunale Nethys doit se conformer aux recommandations du Parlement. Faut-il un point final dans cette saga?

Oui, la DPR et la DPC demandent l’application complète des recommandations parlementaires sur Publifin. Des choses ont été faites comme la séparation de Resa et des autres activités. Il faut maintenant que l’avenir des activités concurrentielles du groupe, comme VOO, soit décidé.

"On a réussi à faire des priorités vertes, bleues, rouges."

Un des scénarios qui circule pour l’avenir de VOO, c’est que le management de Nethys, et donc Stéphane Moreau, rachète l’activité. Qu’en pensez-vous?

J’ai vu cette hypothèse de management buy out. Cela ne me semble pas du tout une bonne idée. Ce que nous avons imaginé ne va pas du tout dans cette direction.

On a imaginé qu’on puisse adosser les activités concurrentielles comme VOO à des partenaires privés du secteur et que l’on puisse renforcer l’ancrage public pour les activités stratégiques comme l’aéroport. L’hypothèse d’une forme d’appropriation de VOO par le management ne semble pas la bonne voie.

Le cas échéant, le gouvernement pourrait-il annuler l’acte de vente?

La tutelle a la possibilité d’agir si elle estime que l’intérêt régional et général est violé ou compromis par une décision. Il appartiendra au prochain ministre qui exercera la tutelle d’apprécier.

Elio Di Rupo annonçait lundi que le PS occuperait les deux ministres-présidences. Cela vous semble logique?

On n’a pas encore débattu de cela de façon formelle.

Il y a dans la constitution des gouvernements une tradition qui est effectivement que la ministre-présidence aille au premier parti du Parlement. Ici, il y a une double situation avec un écart restreint entre les deux premières formations. Mais il y a aussi un débat sur les compétences qui sera important. Ce sera débattu entre les présidents de parti.

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