Peste porcine: les mesures pour éviter la catastrophe

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Après la découverte de deux cas de peste porcine africaine en Gaume, trois nouveaux sangliers pourraient être porteurs du virus. Sommes-nous à la veille d'une crise sanitaire d’une gravité sans précédent en Belgique depuis plus de 40 ans?

La peste porcine africaine est-elle plus importante que prévu dans les forêts ardennaises? Le ministre fédéral de l'Agriculture Denis Ducarme (MR) a en tout cas confirmé ce samedi l'analyse en cours d'échantillons pris sur trois cas potentiels en province de Luxembourg. Les résultats sont attendus pour la semaine prochaine.

S'ils sont confirmés, cela porte à cinq le nombre de sangliers contaminés après la découverte de deux sangliers morts de la peste porcine africaine dans la commune d’Etalle. Cela laisse craindre une des plus graves crises écologiques que la Belgique ait connues depuis près de 40 ans. Terriblement contagieuse entre les porcs et les sangliers, la peste porcine, qui ne touche pas l’homme, n’était plus présente en Belgique depuis les années 80. Au micro de la RTBF, le ministre wallon de l'Agriculture, René Collin, a rappelé que la peste porcine peut "persister dans l'environnement jusqu'à deux ans, peut-être même plus.

Après une première réunion de crise organisée vendredi au cabinet du ministre Collin, Denis Ducarme a de son côté annoncé qu'une conférence interministérielle aura lieu la semaine prochaine afin "d'accentuer l'échange d'informations et de renforcer la collaboration entre les différentes entités". Une réunion est déjà prévue avec le commissaire européen compétent lundi à 11h30.

Les premières mesures

Dans l’immédiat, toute activité susceptible de provoquer des déplacements des populations de sangliers a été strictement réglementée dans la région:

→ L'activité de chasse en battue est suspendue jusqu’au 15 octobre
→ L'accès aux forêts sera limité. Cette mesure concerne un territoire de près de 63.000 ha qui s’étend de la Gaume à la Lorraine belge le long des frontières française et luxembourgeoise au Sud et à la forêt d’Anlier et la vallée de la Semois au Nord.

Les premières analyses effectuées par l’Université de Liège ne laissent aucun doute sur la nature la maladie, mais de nouvelles analyses sont en cours en Espagne pour déterminer le type exact du virus.

Il n’existe actuellement aucun traitement ni vaccin contre cette maladie, très résistante, qui peut se transmettre très vite entre les porcs et/ou les sangliers. Si les élevages porcins belges sont surtout présents en Flandre, il existe une soixantaine d’exploitations dans le sud de la Belgique, généralement de moins de 100 têtes par élevage. La province de Luxembourg rassemble 8% des 375.000 têtes élevées en Wallonie. À l’heure actuelle, aucun élevage n’est touché, mais ils sont déjà astreints à des mesures sanitaires très strictes et l’accès en est très limité.

Chasse interdite

Avant d’être économique, si des mesures d’abattage devaient être prises dans les élevages, la catastrophe est d’abord écologique et cynégétique. Pour éviter la propagation de la maladie, la chasse en battue de tous les animaux est interdite jusqu'au 15 octobre sur ce territoire, l’un des plus giboyeux de Belgique, pour éviter les mouvements de population de suidés. Le nourrissage sera également interdit pour éviter la concentration des sangliers. 

En outre, le code forestier sera de stricte application concernant la circulation en forêt. Les promeneurs ne pourront donc pas quitter les chemins et les routes. Encore faudra-t-il parvenir à faire appliquer cette dernière mesure, faute de pouvoir mettre un agent derrière chaque arbre.

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D'éventuelles manifestations récréatives en forêt seront également limitées ou interdites. "L'objectif est, dans un premier temps, de détecter d'autres cadavres éventuels et de bien délimiter la zone infectée. Pour cela, il faut maintenir le plus grand calme dans la forêt", affirme René Collin, ministre wallon de l'Agriculture. Par la suite, des campagnes d’éradication pourraient être mises en place avec le concours de chasseurs formés à cela. L’objectif serait alors d’arriver à moins d’un sanglier par 1.000 ha

L'agroforesterie et l'agriculture seront également soumises à des mesures de décontamination des machines et des vêtements pour éviter toute propagation du virus.

Dans l’état actuel des choses, les premières victimes de cette épizootie sont donc la biodiversité et les chasseurs, dont l’impact économique pour la région n’est pas à négliger. Les baux de chasses rapportent une manne importante pour les pouvoirs locaux et les retombées économiques régionales ne le sont pas moins via l’horeca notamment.

Cette crise soulève par ailleurs d’épineuses questions juridiques: les baux de chasse sont-ils caducs si la chasse est interdite? Qui va supporter les dégâts de gibiers si le détenteur du droit de chasse ne peut réguler les populations?

Autant de questions qui se poseront dans les prochaines semaines en fonction de l'évolution de la maladie.

A savoir aussi, les autorités européennes enverront ce week-end une équipe d'experts pour épauler la Belgique dans ses efforts pour contenir la peste porcine africaine.

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