interview

Philippe Henry, ministre wallon de la Mobilité: "Notre objectif est de diminuer d’un tiers le nombre de voitures"

©D.R.

La Wallonie va investir 300 millions dans des infrastructures pour les vélos. Pour le ministre Henry, l'objectif est "de diminuer d'un tiers le nombre de voitures d'ici 2030."

Le vélo prend de la hauteur. Et à l’image de Bruxelles où les infrastructures pour cyclistes se multiplient dans les rues de la capitale, la Wallonie veut mettre le grand braquet pour asseoir de manière incontestable l’utilisation du deux roues dans les modes de déplacements quotidiens.

Transfert modal

La stratégie est assez simple. Pour pousser les Wallons à enfourcher leur bicyclette et sortir de la logique dominante du "no car, no business", le gouvernement PS-MR-Ecolo va actionner une série de leviers comme la promotion de la petite reine et une prime de maximum 400 euros pour l’achat d’un vélo. Mais c’est surtout avec une enveloppe de 300 millions d’euros que le ministre Philippe Henry (Ecolo) espère arriver à opérer le transfert modal en poussant la part du vélo de 1 à 5%, notamment en doublant son usage d’ici 2024 et en le multipliant par cinq d’ici 2030. "Notre objectif est de diminuer d’un tiers le nombre de voitures sur les routes d’ici 2030", espère le ministre en charge de la Mobilité.

"Notre objectif est de diminuer d’un tiers le nombre de voitures sur les routes d’ici 2030."

Il l’assure, "c’est la première fois que la Wallonie investit autant pour le vélo sous une législature. Entre 2005 et 2012, la Wallonie investissait moins de 2 euros par an et par habitant pour le vélo. Cela représentait un centimètre de piste cyclable par Wallon et par an. L’objectif de ce gouvernement est d’arriver à 20 euros par an et par habitant. Cela fait environ 75 millions par an et cela va nous permettre d’aménager en moyenne 370 kilomètres par an."

L’essentiel de l’effort sera donné à travers le plan infrastructure annoncé il y a quelques jours. Il prévoit 250 millions d’investissements pour l’aménagement cyclable entre 2020 et 2026. Ces moyens importants sont notamment rendus possibles au détriment de l’extension du réseau routier où le budget passe de 171 à 119 millions d’euros.

"Il y a un basculement en cours et je pense qu’il est irréversible. Le vélo est aujourd’hui, et doit l’être encore plus demain, une alternative sérieuse et qui rapporte."

Un choix politique que le ministre assume: "Il y a un basculement en cours et je pense qu’il est irréversible. Le vélo est aujourd’hui, et doit l’être encore plus demain, une alternative sérieuse et qui rapporte. Une étude danoise a démontré qu'un kilomètre parcouru en voiture coûte 15 centimes à la société alors qu’un kilomètre en vélo représente 16 centimes d’économies. Il faut une prise de conscience des décideurs politiques, des travailleurs et des entreprises. Ce mode de déplacement n’est plus un simple mouvement alternatif mais le moyen le plus efficace pour se déplacer même s’il ne fonctionne pas pour tous."

160 kilomètres de Ravel

Pour pousser ce changement, la Région va lancer une série de chantiers. Un des grands projets est la réalisation d’un nouveau tracé de 160 kilomètres pour le Ravel. Cet objectif passera notamment par la création de 15 ouvrages d’art, la pose d’un nouveau revêtement ou son amélioration pour 165 kilomètres existants. Une enveloppe totale de 115 millions est ainsi réservée pour le Ravel.

"La voiture est devenue un handicap pour tout le monde. Les embouteillages représentent un coût pour le monde du travail. Il faut proposer des alternatives comme le RER vélo."

Des RER pour les vélos

À côté du Ravel, le gouvernement veut s’attaquer à deux gros projets emblématiques: la réalisation d’une sorte de RER pour vélos et des corridors vélos. La réalisation de ces corridors, pour lesquels une enveloppe de 25 millions est réservée, se fera en concertation avec les plans urbains de mobilité à l’échelle des communes comme Charleroi, Liège ou Namur. "La voiture est devenue un handicap pour tout le monde. Les embouteillages représentent un coût pour le monde du travail. Il faut proposer des alternatives comme le RER vélo. À l’image du RER qui reliera le Brabant wallon à Bruxelles, nous allons réaliser des RER pour les vélos. Quant aux corridors, ils permettront notamment de relier différentes villes entre elles", explique le ministre.

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