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Pierre Mottet (UWE): "J'aimerais mieux comprendre le plan de relance wallon"

Pierre Mottet, président de l'Union wallonne des entreprises (UWE). ©Valentin Bianchi / Hans Lucas

Intronisé jeudi en fin d'après-midi, le nouveau président de l'Union wallonne des entreprises (UWE) estime que le plan de relance wallon doit gagner en clarté.

Ancien CEO d’IBA et président du conseil d'administration du spécialiste en matière de protonthérapie depuis une dizaine d’années, investisseur dans de nombreuses start-ups, Pierre Mottet arrive aujourd'hui à la présidence de l’Union wallonne des entreprises avec une certaine idée sur la façon dont la culture wallonne doit opérer pour replacer le sud du pays dans les Régions qui comptent.

Avec quelle ambition arrivez-vous à la tête de l’UWE ?

L’UWE est un influenceur et non un décideur. J’y viens avec la perspective de dire comment peut-on remettre la Wallonie en tête. Il ne s’agit pas juste de dire que nous devons revenir dans la moyenne. Il faut retrouver l’ambition et la fierté que la Wallonie a eu historiquement. Nous avons des atouts, une industrie, des gens qui sont à la pointe et qui jouent dans la ligne mondiale. Il faut maintenant arriver à replacer la Wallonie en tête économiquement, mais aussi durablement. Je veux aussi contribuer à faire ce chemin ensemble. Je suis souvent attristé par les jeux de positionnement des uns et des autres pour tirer la couverture l’un contre l’autre.

Ensemble? Pointez-vous des acteurs comme le monde politique ou les syndicats?

Il faut déjà y arriver entre entrepreneurs. Au sein de l’UWE, nous devons arriver à avoir plus d’entreprises wallonnes qui participent au message que l’on fait passer. Il faut aussi s’assurer que nous soyons tous alignés. Il y a une nouvelle gouvernance au sein de l’UWE avec un nouveau CA. Je dois m’assurer que tout le monde soit sur la même longueur d’onde par rapport aux priorités qui sont sur la table. C’est de la bonne gouvernance et je ne dis pas cela avec méfiance. Il faut aussi arriver à pouvoir relancer cette Wallonie avec les partenaires sociaux et le gouvernement. Le monde de Friedman est un monde qui n’est plus dans la tête des entreprises et la lutte des classes a fait son temps.

Pourquoi avoir postulé à ce poste de président?

Je fais partie d’une Région et, à l’image d’Yves Jongen, je veux donner un peu de temps à ma Région.

Comme entrepreneur, avec IBA, on a fait en sorte que le projet se réalise en Wallonie. Yves Jongen est revenu de Californie pour créer IBA en Wallonie parce que pour lui, c’était la Wallonie qui l’avait éduqué. Il estimait que c’était de son devoir d’effectuer un effet retour. Je fais partie d’une Région et, à l’image d’Yves Jongen, je veux donner un peu de temps à ma Région.

"Le temps de la lutte des classes est terminé." Qu’entendez-vous par là?

La Belgique est devenu un pays de Cocagne mais les gens ne s’en rendent pas compte en vivant dedans. Ici, pratiquement tout le monde est riche par rapport à la situation dans l’hémisphère sud. Il faudrait revoir notre vision. Ce pays de Cocagne n’empêche évidemment pas des situations insupportables mais globalement, les enjeux ne sont plus les mêmes par rapport à il y a 30 ans. C’est dans ce sens que je parle de la fin de la lutte des classes. La Belgique gagnerait à se dire comment, entre acteurs, elle pourrait faire d’une Wallonie, une Wallonie résiliente et plus équilibrée. Ce serait plus efficace plutôt que d’attiser en permanence le feu des différentiations. Il y a des verrous à réexaminer.

Quels verrous?

Une partie de ces verrous sont culturels et issus d’une philosophie de lutte des classes. Les entreprises plus récentes sont plus inclusives parce qu’elles n’ont pas le passé de lutte. Il faut arriver à relever une culture dans des zones historiquement plus sinistrées pour que cette culture permettre à tout le monde de faire progresser les choses. Les entreprises ont un rôle à jouer mais nous ne sommes qu’un acteur. Rien n’est inéluctable. Le Brabant wallon fait partie des provinces les plus riches d’Europe. Il n’y a donc rien d’écrit mais des opportunités. Mais pour cela, il faut travailler sur d’autres verrous comme le défi de l’enseignement, les métiers en pénurie, les disponibilités,…

Le monde syndical a-t-il suffisamment évolué face à l’importance de faire évoluer la Wallonie?

Dans le monde syndical, certains sont conscients des challenges qui s’opèrent et d’autres restent plus dans une histoire ancienne. Mais c’est le même dans le monde des entreprises.

Votre prédécesseur avait pris position sur l’importance du développement durable vs croissance économique des entreprises. Les entreprises doivent-elles moins miser sur le profit et davantage sur le développement durable?

Une entreprise n’existe que si elle satisfait un besoin qui a du sens dans la société et que si elle crée un surplus.

On s’est un peu perdu dans les nuances. Jacques (Crahay, président sortant de l'UWE, NDLR) a rappelé un aspect qui est important et ce qui a suivi lui a donné raison. Que ce soit le covid, les inondations ou le rapport du Giec, tout va dans ce sens. Mais je crois beaucoup dans l’équilibre. Beaucoup d’entreprises ont investi et ont une feuille de route sur le développement durable depuis longtemps. Si on regarde les contributions en matière de réduction de carbone, les entreprises sont probablement le meilleur élève de la classe. Mais une entreprise n’existe que si elle satisfait un besoin qui a du sens dans la société et que si elle crée un surplus.

Que pensez-vous du plan de relance élaboré par le gouvernement wallon ?

J’en pense que j’aimerais mieux le comprendre. Je rentre dans mes chaussures mais je note que la partie "Get up Wallonie" n’est pas encore très claire. Le diable sera dans les détails. La Wallonie n’est pas riche, elle doit donc se focaliser sur l’essentiel. Il faut éviter l’effet de dispersion. Il faut maintenant bien comprendre ce plan et voir en quoi cela va conforter les forces principales de la Wallonie.

Elio Di Rupo, la semaine dernière, semblait se plaindre de voir des acteurs ne pas en faire assez pour la relance de la Wallonie. Les entreprises sont-elles à épingler?

Il est resté très vague et je voudrais bien comprendre où il veut en venir.

Il y a une question de culture différente entre la Flandre et la Wallonie. Il est évident qu’il y a des changements de comportement à avoir.

Comment expliquez-vous que l’écart entre la Wallonie et la Flandre reste aussi profond?

Il y a des historiques de bassin qui ont créé des cultures. Il y a une question de culture différente entre la Flandre et la Wallonie. Il est évident qu’il y a des changements de comportement à avoir. 

Que faut-il changer culturellement en Wallonie?

L’UWE prêchera toujours pour continuer à renforcer l’esprit d’entreprendre. Cela doit commencer très tôt et avec une perspective de contribution à la société civile. Il faut avoir une Région où les gens sont fiers de contribuer. Je crois beaucoup en la solidarité si elle va avec une responsabilité et une réciprocité. Le parachute social est là parce que tout le monde le paie.  Cela entraîne pour tout un chacun une responsabilité avec le fait d’être assisté quand on en a besoin et contribuer dès que c’est possible. Cet aspect doit progresser en Wallonie.

La Wallonie a misé sur ses pôles de compétitivité. Est-ce toujours la bonne stratégie?

La Wallonie a trop de centres de recherche par rapport à la Flandre. Il faut s’interroger sur l’opportunité de les rassembler.

La Wallonie doit appuyer sur ses points forts, là où elle avait une masse critique. La réserve que j’ai aujourd’hui, c’est que ces pôles sont essentiellement des lieux de contacts entre entreprises et universités pour réaliser des projets ensemble. Je pense qu’on pourrait aller un pas plus loin. Si on pense qu’il y a des masses critiques dans ces différents domaines, il faudrait mettre en réseau toute la stratégie de la Région pour que la biopharma ou la mécatronic soit un grand succès à l’échelle mondiale demain. Il faut par exemple s’interroger sur la fiscalité à mettre en place autour de ces pôles, sur les infrastructures à avoir, sur la formation ou l’éducation afin d’amener des gens dans ces réseaux… Nous devons aller jusqu’à en faire des écosystèmes et pas seulement des expériences.

Un centre biotech comme celui du Biopark à Gosselies est déjà un écosystème. Comment aller plus loin?

Il faut monter d’un niveau la réflexion stratégique. On a un écosystème à Charleroi. Il y a aussi du biopharma à Liège et à Louvain-la-Neuve. La concentration des outils de recherche doit être sur la table. La Wallonie a trop de centres de recherche par rapport à la Flandre. Il faut s’interroger sur l’opportunité de les rassembler. Il faut aussi travailler au financement des scale-ups. Il y a un effet de taille sur lequel il faut travailler.

Les phrases clés

  • "Il faut arriver à relever une culture dans des zones historiquement plus sinistrées."
  • "Il faut maintenant bien comprendre ce plan et voir en quoi cela va conforter les forces principales de la Wallonie."
  • "La réserve que j’ai aujourd’hui, c’est que ces pôles de compétitivité sont essentiellement des lieux de contacts entre entreprises et universités pour réaliser des projets ensemble. Je pense qu’on pourrait aller un pas plus loin."

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