Prévisions catastrophiques pour la Wallonie et ses entreprises

La crise pourrait avoir un impact de 32% sur le chiffre d'affaires des entreprises et de 46% sur les indépendants.

L'UWE prévoit une contraction du PIB wallon de -1% à -5% en 2020. Derrière cette prévision, l'enquête menée par le patronat wallon parle d'entreprises qui luttent aujourd'hui pour leur survie.

Le point conjoncturel publié par l’Union wallonne des entreprises (UWE) ce mercredi avait des allures de fin du monde pour l’économie de la Wallonie et ses entreprises. "C’est une situation purement catastrophique", a malheureusement pointé lors d’une vidéoconférence Pierre Elias, économiste à l’UWE.

Une situation de survie

"Pour de nombreuses entreprises, la question de la survie se pose."
UWE

Si l’enquête réalisée entre le 13 et le 20 mars auprès des entrepreneurs et des indépendants ne reflète pas encore l’incidence totale des mesures prises par les différents gouvernements pour lutter contre le coronavirus, les 884 réponses (un record quand on sait qu’en temps normal, l’UWE en reçoit 400) donnent un aperçu de l’impact que va avoir la crise sur l’économie et la vie des entreprises. "Pour de nombreuses entreprises, la question de la survie se pose", assure l’UWE. "91% des employeurs et 96% des indépendants estiment que la crise du coronavirus aura un impact négatif sur leurs activités."

L’UWE a tenté de mettre un chiffre sur une prévision de croissance du PIB wallon. Sans surprise, les voyants sont au rouge. "Nous nous attendons à une croissance de -1% à -3% pour la Wallonie en 2020. Ce scénario pourrait se dégrader au regard de la durée de la crise sanitaire et du confinement (et atteindre une croissance de -5%)", estime Olivier De Wasseige, l’administrateur délégué de l’UWE. "Les résultats de notre enquête menée auprès des chefs d’entreprises et indépendants wallons ne laissent aucun doute. La Wallonie connaîtra une récession en 2020. Nos indicateurs d’enquête suggèrent que cette récession sera significative et générale."

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Trésorerie, solvabilité…

Derrière ce scénario wallon catastrophique face auquel il faudra répondre avec un solide plan de relance, l’enquête de l’UWE permet d’en savoir un peu plus sur la situation des entreprises wallonnes.

Partons du chiffre d’affaires. La crise aura un impact de 32% sur le chiffre d'affaires des entreprises et de 46% sur les indépendants. La situation est évidemment plus inquiétante du côté des indépendants où 25% d’entre eux évaluent l’impact entre 80 et 100%. L’enquête montre également que 73% des entreprises et 87% des indépendants connaissent déjà des problèmes de trésorerie. Et 42% des entreprises et 57% des indépendants signalent déjà des problèmes de solvabilité.

"Il y a 25% d’absentéisme dans les entreprises essentielles."
Olivier De Wasseige
Administrateur délégué de l'UWE

La situation est toute aussi dramatique au niveau des perspectives d'embauche. Dans les 6 prochains mois, 37% des sondés estiment qu’ils vont diminuer leurs effectifs. "En Wallonie, entre 10.000 et 15.000 emplois nets sont créés chaque année. Cette année, on sera plus proche d’une création nette de zéro", estime Pierre Elias.

Acculés sur le front financier, les employeurs dont l’activité se poursuit doivent aussi faire face à un problème de personnel. "Il y a 25% d’absentéisme dans les entreprises essentielles", pointe Olivier De Wasseige. Le patron de l’UWE estime qu’il faut "assurer l’activité économique" tout en respectant les consignes sanitaires et les problèmes au niveau de la garde d'enfants.

Jacques Crahay, le président de l’UWE, y voit d’ailleurs un point d’attention crucial dans le cadre de la relance d’une série d’activités après la période de confinement. "Il faudra convaincre les travailleurs qu’ils peuvent venir travailler sans risque sanitaire. Des conditions doivent être mises en place comme un approvisionnement de masques suffisant. Il faudra aussi obtenir des capacités d’analyse pour détecter la contamination individuelle et les gens immunisés."

Un "tsunami économique" à Bruxelles

Selon la première édition de l'enquête hebdomadaire de la chambre de commerce bruxelloise Beci, 58% des entreprises bruxelloises voient déjà leur chiffre d'affaires baisser au moins de 50% à la suite de la pandémie de covid-19 et des mesures prises pour endiguer sa propagation. Pour 46% des entreprises, la perte atteint même plus de 75% du chiffre d'affaires.

"Les résultats de la première enquête sont alarmants", commente le CEO de Beci, Olivier Willocx, alors même que le gouvernement fédéral a annoncé il y a moins d'une semaine des mesures renforcées. "On peut parler d'un tsunami économique", souligne Jan De Brabanter, secrétaire général de Beci.

L'arrêt total ou partiel des activités, provoqué par les mesures en elles-mêmes, des problèmes d'approvisionnement ou encore le non-respect des distances sociales sur le lieu de travail, est logiquement la principale raison de la perte de chiffre d'affaires. 

Beci souligne qu'un tiers des répondants sont des indépendants et des professions libérales "qui ne peuvent pas compter sur un soutien supplémentaire du gouvernement bruxellois pour le moment". Elle rappelle toujours attendre "une réponse du gouvernement aux mesures de soutien demandées en groupe de travail avec le gouvernement bruxellois et les partenaires sociaux". Beci compte plus de 35.000 entreprises membres. Le semaine dernière, elle estimait à 1,8 milliard d'euros les pertes par mois pour les entreprises de la Région. 

 

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