interview

"Relevons le défi du traitement des déchets plastiques en Wallonie!"

©anthony Dehez

Carlo Di Antonio, ministre wallon de l'Environnement, va présenter tout prochainement son Plan wallon déchets-ressources au gouvernement. Il dit ne pas plaider pour l’installation d’un grand centre de traitement de tous les plastiques, mais bien pour une série d’unités de 20 à 30.000 tonnes de capacités, spécialisées par type de plastiques.

D’ici deux semaines, le ministre de l’Environnement Carlo Di Antonio déposera son nouveau Plan wallon déchets-ressources au gouvernement, en vue de son approbation définitive. Le timing paraît des plus opportun: la Région wallonne a tout intérêt à stimuler aujourd’hui la création sur son territoire d’une véritable filière de tri, recyclage et réutilisation de déchets, notamment plastiques. La nouvelle édition du Plan l’y aidera. Carlo Di Antonio lève un coin du voile sur sa stratégie pour relever ce challenge.

→ Lire notre édito L'éco-design, sinon rien

La Chine arrête ses importations de déchets plastiques et la Commission européenne vient de relever ses objectifs de recyclage plastique: est-ce le bon moment pour doper cette industrie en Région wallonne?
Il y a une réelle opportunité et une expertise en Wallonie pour relever le défi du traitement des déchets plastiques et donc dépendre moins des filières étrangères. Il s’agit non seulement de déchets industriels (provenant par exemple de la construction, des véhicules hors d’usage ou du monde agricole), mais également des déchets ménagers (comme les emballages, les plastiques durs ou les déchets électriques et électroniques). Il faut être visionnaire et voir l’opportunité actuelle du marché: on parle de près de 200.000 tonnes!

"Nous plaidons donc pour trois centres de tri équipés pour les nouvelles fractions en Wallonie: à Liège, à Charleroi et à Mons (Ghlin-Baudour)."
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Quel serait un des premiers projets?
À titre d’exemple, concernant les emballages en plastiques des ménages, nous allons augmenter les consignes de tri et ouvrir les sacs bleus à des nouveaux emballages comme les barquettes en plastique ou les films. Il faut donc reconstruire des centres de tri spécialement équipés, mais aussi développer des filières en aval. Le rêve de Fost + était de bâtir une ou deux grandes unités de tri en Belgique, mais quand on analyse les frais de transport, on voit qu’il vaut mieux installer plusieurs unités de plus petite taille, afin que les camions de collecte parcourent moins de kilomètres. Nous plaidons donc pour trois centres de tri équipés pour les nouvelles fractions en Wallonie: à Liège, à Charleroi et à Mons (Ghlin-Baudour). Idea et Suez ont déjà annoncé leur investissement dans le nouveau centre de tri de Baudour (pour une capacité de 27.000 tonnes), qui sera apte à trier quinze fractions plastiques d’ici 2019. Liège et Charleroi programment également de s’adapter. Il faudra préciser tout cela dans le futur agrément de Fost + qui arrive prochainement à échéance.

Et dans les autres domaines?
Il y a également de nombreuses opportunités. Je pense notamment au traitement des véhicules hors d’usage, aux déchets électriques et électroniques ou même aux plastiques provenant de la construction. Ce sont trois secteurs où il y a de plus en plus de plastiques présents dans les produits finis. Ce sont donc non seulement des secteurs producteurs de déchets, mais aussi ceux qui potentiellement peuvent utiliser des matériaux recyclés. J’ajoute que les usines de recyclage à développer ne doivent pas se limiter à un apport wallon. Le centre de tri de Mons pourrait, par exemple, traiter des volumes provenant d’autres régions, telles que le nord de la France.

Y a-t-il des limites à ne pas dépasser en terme de rayon d’action pour le plastique?
Au-delà de 50 km de rayon, il faudra bien calculer les coûts du transport, surtout par route et pour des matières peu denses comme le plastique. Il faudra réfléchir à aussi utiliser la voie d’eau afin d’aller chercher des fractions beaucoup plus loin.

Notre action ne doit pas se limiter à intervenir dans le capital d’infrastructures, il faut aussi mettre en place un contexte propice: travailler en amont sur l’éco design, afin que les industriels créent des produits plastiques aisés à recycler.
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Pourrez-vous cofinancer les nouvelles unités de recyclage?
Dans le cadre du nouveau plan d’investissement wallon, j’ai souhaité qu’on puisse investir, entre autres, dans des centres de recyclage du plastique. Un des projets est celui de participer au capital de la société qui sera créée pour exploiter celui de Ghlin-Baudour, aux côtés de Suez et Idea. Notre action ne doit toutefois pas se limiter à intervenir dans le capital d’infrastructures, il faut aussi mettre en place un contexte propice: travailler en amont sur l’éco design, afin que les industriels créent des produits plastiques aisés à recycler. Et en aval, où l’attrait pour l’utilisation des fractions recyclées doit être promu.

Comment?
Dans un premier temps, pour dynamiser le marché, on pourrait mettre en place un contexte incitatif rendant attrayant l’incorporation de matières recyclées dans les produits achetés. Un exemple serait que certaines clauses de marché public obligent à l’achat de produits contenant des matières recyclées.

Des projets existent-ils déjà?
Dans les discussions que nous menons avec les industriels, on en parle, oui. Plusieurs producteurs/utilisateurs de matières plastiques veulent réfléchir à l’utilisation de granulats recyclés plutôt que des matières vierges, mais ils veulent des garanties de qualité, de quantité. À nous de les donner!

N’y a-t-il parfois pas des limites à l’utilisation de matières recyclées que le législateur s’est imposées lui-même?
Si, l’exemple existe dans les déchets inertes, dans le cadre du cahier des charges des routes ("Qualiroute") qui décourage, par des normes parfois trop exigeantes, l’utilisation de granulats de déchets inertes. C’est d’ailleurs une des motivations pour le revoir prochainement.

©anthony Dehez

Ne pourrait-on aller plus loin que de stimuler les seuls marchés publics?
Les marchés publics sont un levier important. Ils servent surtout à montrer l’exemple. Mais à terme, l’idéal sera que le marketing comprenne enfin – comme ce fut le cas pour le papier recyclé – que l’achat de produits en plastique recyclé est bon pour la planète. Trop souvent le consommateur s’imagine que si c’est recyclé, c’est de moins bonne qualité. Il faut inverser cette logique.

Sur ce dossier, travaillez-vous en collaboration avec le cabinet du ministre de l’Economie Pierre-Yves Jeholet?
Oui, un groupe de travail commun planche sur ce dossier. Le nouveau Plan wallon des déchets-ressources sera présenté dans 15 jours au gouvernement wallon, pour approbation définitive. Il y a de très nombreuses options pour lancer plusieurs projets d’investissement en Wallonie. Le plastique en fait partie et de nombreux contacts ont déjà eu lieu avec des industriels. Le ministre Jeholet détient les outils économiques pour soutenir ces investissements. De mon côté, j’ai les compétences pour établir un contexte législatif propice à l’émergence de nouvelles industries. Nous allons donc gérer le dossier ensemble, ce qui plaît très fort au secteur.

"Il existe en Wallonie une expertise dans la ‘reverse plasturgy', comme il y en a une de longue date dans la ‘reverse metallurgy'."
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Des réunions ont-elles déjà eu lieu entre les cabinets et des industriels?
Oui. Concrètement, on identifie ensemble quelles fractions plastiques traiter, quelles filières seront les plus intéressantes à développer, avec quelles perspectives. Je pense aussi qu’il existe en Wallonie une expertise dans la "reverse plasturgy", comme il y en a une depuis plusieurs années dans la "reverse metallurgy"… Je reste toutefois convaincu qu’il y a place pour plusieurs projets et donc je ne plaide pas pour l’installation d’un grand centre de traitement de tous les plastiques, mais bien pour une série d’unités de 20 à 30.000 t de capacités, spécialisées par type de plastiques. Nous devons viser la qualité des fractions recyclées, pas la quantité.

À localiser où?
C’est aux industriels de faire des propositions. Mais on pourrait imaginer une unité dans le zoning dédié à la chimie à Seneffe, d’autres accolées aux centres de tri, d’autres encore qui seraient des annexes à des usines existantes de démontage…

Les 75 millions d’euros du plan d’investissement wallon pourront-ils servir à cela?
Oui, nous voulons donner un signal fort et clair aux investisseurs. Le plastique est une matière difficile à appréhender car très hétérogène, avec des risques industriels à court terme vu la concurrence de la matière vierge. En tant que pouvoirs publics, nous voulons montrer que nous sommes prêts à aider les investisseurs à lancer des nouveaux projets en Wallonie.

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