interview

Renaud Witmeur, CEO de Nethys: "En dessous de 1,4 milliard, la vente de VOO serait un échec"

©Kristof Vadino

Renaud Witmeur, le CEO de Nethys, espère boucler la vente de VOO en décembre 2021. L'opération doit intégrer les participations de Brutele.

La vente de l’opérateur VOO se prépare activement. Pour l’heure, le management de Nethys peaufine les derniers détails du dossier. "Nous sommes toujours dans les préparatifs avec notre banque d’affaires Rothschild, notre cabinet d’avocats Claerly Gottlieb et le consultant en télécoms PMP", explique Renaud Witmeur l’administrateur délégué de Nethys, la filiale de l’intercommunale liégeoise Enodia, chargé de vente l’opérateur wallon.

Forte concurrence attendue

Si la vente d’une part majoritaire de VOO est acquise, rien ne sera officiellement lancé avant 2021. Une attente qui n’empêche pas les marques d’intérêt de se manifester sur les marchés. Il y a quelques jours, Mike Fries, le CEO du groupe américain Liberty Global, estimait que sa filiale belge Telenet était bien positionnée pour "saisir cette opportunité".

"La procédure de vente devrait démarrer en avril et nous espérons choisir le candidat en septembre 2021 et boucler l’opération de vente en décembre 2021."
Renaud Witmeur
Administrateur délégué de Nethys

Selon Renaud Witmeur, la fenêtre de tir pour vendre VOO semble particulièrement bien choisie. "Le secteur se consolide. L’arrivée de VOO sur le marché devrait susciter des marques d’intérêts d’acteurs comme Telenet ou Orange ainsi que des fonds d’investissements. Il y aura une forte concurrence. C’est une bonne chose pour l’actionnaire."

Opération bouclée en 2021

Côté timing, le calendrier des opérations se précise. "Depuis l’annulation de la vente de VOO au fonds Providence cet été, il fallait laisser passer un certain délai. Nous redémarrons une procédure de zéro. Nous rédigeons un nouveau business plan à 5 ans de 2021 à 2025. A vrai dire, Providence n’aura aucun avantage, car tous les documents du dossier sont nouveaux. La procédure de vente devrait démarrer en avril et nous espérons choisir le candidat en septembre 2021 et boucler l’opération de vente en décembre 2021. Les règles du jeu doivent être connues dès le départ pour pouvoir départager les candidats. Nous voulons éviter les risques liés aux recours."

"Nous allons d’ailleurs insérer une clause qui précisera que si le prix proposé n’est pas au-dessus de 1,2 milliard, on pourra arrêter le processus de vente."

Ebitda plus flatteur

D’après Nethys, le retour de la vente de VOO sur le marché en 2021 aura un effet positif sur le prix. "En lançant la vente en 2021, nous allons baser celle-ci sur l’Ebitda de 2020 qui est en progression. Au moment de la vente de VOO à Providence, Nethys avait basé son calcul sur l’Ebitda 2018. VOO était alors valorisée à 1,2 milliard d'euros.  On espère en avoir 200 millions de plus. En dessous de 1,4 milliard, la vente de VOO serait un échec.

Nous allons d’ailleurs insérer une clause qui précisera que, si le prix proposé n’est pas au-dessus de 1,2 milliard, on pourra arrêter  le processus de vente." Mais à côté du prix, Nethys veut des engagements du repreneur en termes d'emploi, d'investissements et de développement de la société.

"Nous allons donc racheter les parts de Brutele. Le processus de vente de l’ensemble (VOO avec les parts de Brutele, NDLR) sera, lui, lancé dans le marché le lendemain du rachat de Brutele."

VOO + Brutele

Voilà pour le cadre général. En coulisses, c’est une opération en deux temps que s’apprête à lancer Nethys. La vente de VOO va intégrer les parts de Brutele, propriétaire d’une partie du réseau de VOO à travers 30 communes à Bruxelles et en Wallonie. Ce qui nécessite un accord. "On sait que Brutele veut vendre sa participation. On sait aussi que l’ensemble de Brutele et VOO a plus de valeur qu’une vente séparée. Le seul acheteur possible pour Brutele, c’est Enodia. Enodia est la seule entité qui peut reprendre le personnel statutaire de Brutele. Ces deux actifs doivent se vendre en même temps. Nous allons donc racheter les parts de Brutele. Le processus de vente de l’ensemble (VOO avec les parts de Brutele, NDLR) sera, lui, lancé dans le marché le lendemain du rachat de Brutele."

Cette "obligation" de vente couplée VOO+Brutele nécessite des démarches préliminaires. "Nous devons avoir un accord avec le conseil d’administration de Brutele d’ici la fin de l’année, voire début janvier. Il faudra ensuite passer devant les 30 conseils communaux associés à Brutele auxquels la décision finale appartient".

Quant au prix des parts qui fut par le passé une pomme de discorde entre Nethys et le management de Brutele, il dépendra du prix de vente de l’ensemble. "Pour que Brutele reçoive le juste prix, nous ne le fixons pas aujourd’hui. Il découlera du prix de vente de l’ensemble avec une répartition du montant sur base de l’Ebitda de l’un et de l’autre. Cela évitera les discussions et sera objectif pour les deux parties."

"Nous sommes dans un processus de reconstruction. Nous espérons apporter une transparence absolue et finir le 'nettoyage' fin 2020."

51% ou 74,9%?

Concernant la participation publique dans VOO qui sera in fine vendue, le management travaille sur deux scénarios, une vente de 51% et une vente de 74,9% des parts. Une stratégie que défend Renaud Witmeur. "En sortant en deux fois sur le marché, cela nous permet à la fois d’avoir maintenant un prix certain et espérer obtenir un prix plus important lorsque nous vendrons le reste de notre participation dans VOO. En agissant comme cela, cela permet d’accompagner le processus d’ouverture du capital de VOO et nous espérons obtenir un prix plus important qu’en vendant directement 100%. Nous allons tester les deux possibilités, 51% et 74,9%. Nous mettrons aussi une clause de liquidité qui nous garantisse une vraie valeur lors de la vente éventuelle du solde de nos parts dans 5 ans."

La fin du nettoyage

Avec cette vente et celle de l’assureur Integrale qui se poursuit, Renaud Witmeur espère sortir l’intercommunale publique des polémiques qui ont malmené son image depuis l’éclatement du scandale Nethys. "Nous sommes dans un processus de reconstruction. Nous espérons apporter une transparence absolue et finir le 'nettoyage' fin 2020. L’année 2021 sera l’année de la reconstruction et du développement grâce aux moyens que nous dégagerons de la vente de VOO."

Parmi les axes de croissance qui respecteront un "ADN de l’intérêt général", Nethys mise sur l’énergie à travers ses participations dans Socofe et sa filiale Elicio et sur le développement de l’aéroport de Liège. Les autres axes de développement sont à définir par les pouvoirs locaux liégeois.

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