interview

Renaud Witmeur (Nethys): "Le rachat de VOO est existentiel pour Telenet et Orange"

©Kristof Vadino

Nethys est à la croisée des chemins. Après la suspension de la vente de VOO par la justice, les actionnaires vont devoir prochainement se prononcer sur un nouveau processus de vente. Un demi-suspense, mais bien réel, que nous explique Renaud Witmeur, le CEO ad interim de l'intercommunale liégeoise.

Renaud Witmeur, en juin dernier, la justice suspendait le processus de vente de VOO initié par Nethys alors que l’opérateur était promis au fonds d’investissement Providence. Trois mois plus tard, où en est la vente?

Après la décision de la justice liégeoise, on peut repartir d’une page blanche. Souvenez-vous que cette vente s’était faite dans des conditions particulières avec un ancien management. Aujourd’hui, nous étudions tous les scénarios possibles pour proposer un plan aux actionnaires.

"Il y a cinq scénarios: on arrête de vendre, on vend une minorité de 49%, on vend 51%, on vend 74,9% pour garder une minorité de blocage ou on vend 100%."

Alors que la vente de VOO était considérée comme une chose acquise, aujourd’hui, il est aussi question de ne plus vendre?

 La décision de vendre ou pas VOO sera prise par l’actionnaire Enodia. Mon rôle est de préparer un document qui lui permette d’avoir tous les scénarios possibles pour se prononcer sur la vente de VOO d’ici fin septembre. Il y a cinq scénarios: on arrête de vendre, on vend une minorité de 49%, on vend 51%, on vend 74,9% pour garder une minorité de blocage ou on vend 100%. Il y a deux semaines, lors d’un conseil d’administration commun entre Nethys et Enodia, nous avons déjà présenté les principaux éléments d’analyse.

Ce week-end sur lecho.be et dans votre journal

Analyse | AB InBev, le géant brassicole se trouve à un tournant de sa fulgurante ascension

Interview | “Soyons honnêtes, la transition énergétique nous coûtera de l’argent” - Christian Gollier, économiste de l’environnement

Mon Argent | Les bons plans pour investir dans des kots d’étudiants

Rentrée littéraire | Notre sélection d’un excellent cru 2020, malgré la crise

Le stand alone pourrait donc être privilégié?

Oui, mais lors du premier débat avec les actionnaires, on a bien senti que personne ne plaidait pour qu’il n’y ait pas d’ouverture du capital. Le principe d’une ouverture du capital est acquis et c’est d’ailleurs ce que je défendrai. Mais il n’y a encore eu aucun débat sur le fait de savoir si cette ouverture du capital doit être de 49%, de 51%, de 74,9% ou de 100%.

"Sur le fond, Voo reste un petit acteur."

Quelle est la situation financière et les besoins de VOO? Fin 2019, vous disiez que l’opérateur allait devoir investir énormément pour se développer et espérer s’accrocher à Proximus.

VOO est une société en forme. L’Ebitda est positif mais la société consomme du cash. En 2019, la société a consommé 45 millions de cash. On a l’espoir d’arrêter cette consommation en 2020. Sur le fond, Voo reste un petit acteur. Or, au niveau européen, il y a un nouveau discours qui a tendance à dire qu’on a besoin de faire des champions européens. Il y a récemment eu des opérations de consolidation en Espagne, en Suisse, au Royaume-Uni. Voo va devoir se positionner en tant que petit acteur. Si la société a des marges de progression évidentes d’ici 1 à 2 ans, à plus long terme un acteur de cette taille a-t-il encore une place? Ou devra-t-il avoir un territoire plus large? Quand on voit l’appétit de Telenet et Orange pour acquérir VOO, c’est l’illustration de ce débat. Telenet qui est uniquement en Flandre et à Bruxelles se dit qu’il doit devenir national. Orange est national mais n’a pas de réseau fixe. À l’inverse, VOO a un réseau fixe mais n’a pas de réseau mobile. Pour Telenet et Orange, ce rachat est crucial. Il y a également énormément d’appétit de fonds pour racheter ce type d’acteur.

Le fonds Providence est-il toujours intéressé?

Je ne vais pas vous répondre. Quel que soit le choix que l’on fera, on sait que le perdant intentera un procès. Le rachat de VOO est existentiel pour Telenet et Orange.

Quelle a été la réaction de Providence à la suspension de la vente?

Comme nous. On a pris acte. Mais je ne parle pas pour eux car je ne voudrais pas que le moindre propos que je tiens puisse donner l’impression que Nethys privilégie un acquéreur plutôt qu’un autre. Il y a une concurrence très forte entre des fonds d’investissement et les deux opérateurs industriels.

"Il y a un appétit sur les marchés. Il y aura une grande concurrence."

On parle de Telenet, Orange et Providence. N’y a-t-il pas un acteur belge qui pourrait racheter VOO?

Il y a des acteurs belges qui ont montré des marques d’intérêt. À vrai dire, on reçoit plein de marques d’intérêt de différents fonds étrangers et d’acteurs belges. Il y a un appétit sur les marchés. Il y aura une grande concurrence. Dans ce cadre, des acteurs belges au profil d’industriels nous ont approchés mais je ne fais aucun commentaire.

©Kristof Vadino

En termes de valorisation, est-on toujours entre 1,1 et 1,2 milliard pour les 100% de VOO?

C’était ce qu’on a signé avec Providence fin 2019 et après négociation, on avait arrêté 1,2 milliard. Mais cette transaction s’opérait sur la base de l’Ebitda 2018. La future transaction va s’opérer sur la base de l’Ebitda 2020 qui sera supérieur à celui de 2018. Si le choix est de vendre 51%, il me paraît inimaginable que la valeur de l’entreprise soit inférieure à 1,2 milliard. Mais le prix qu’un candidat paie dépend du pourcentage qu’on lui vend et des contraintes qu’on lui impose. Ce qui est certain, c’est que 1,2 milliard sera le plancher absolu.

Vu le contexte de vente, doit-on s’étonner de la nomination d’un nouveau CEO à la tête de VOO? C’était une exigence de Providence?

Pas du tout. Le marché des télécoms est hyper concurrentiel. Tous les acteurs bougent tous les jours. Il n’était pas question de mettre la société en suspens pendant 6 mois, voire un an, le temps de finaliser la vente. Nous avions intérêt à gérer VOO de la manière la plus active possible pour augmenter sa valeur.

Pourquoi ne pas avoir gardé l’ancien CEO Jos Donvil? Était-il trop proche de Stéphane Moreau?

Cela n’a rien à voir avec les liens éventuels entre Jos Donvil et Stéphane Moreau. Jos Donvil a travaillé avec nous d’une façon loyale et a apporté une série de choses. Mais il y avait une opportunité d’avoir une nouvelle équipe et un nouveau dynamisme.

Parallèlement à la vente de VOO, il a été question de vendre la filiale IT Win et Elicio, actif dans l’énergie renouvelable. Qu’en est-il?

Ce sont deux sociétés qui créent beaucoup de valeur. Tout le débat se fera dans le cadre du prochain plan stratégique d’Enodia. Il faut d’abord se positionner sur la vente de VOO. Ce n’est qu’après qu’Enodia se positionnera sur l’avenir de Win et Elicio. L’un des axes stratégiques qui sera examiné est dans quelle mesure Nethys peut contribuer à créer des champions wallons dans l’énergie et l’IT sur la base d’Elicio et de Win.

"Je n’envisage pas que Nethys soit inculpé."

Des enquêtes sont en cours, on peut s’attendre à des inculpations. Y a-t-il un risque que Nethys se fasse inculper?

Dans l’ensemble des dossiers qui font l’objet d’une enquête, Nethys a été potentiellement victime de ce qui s’est passé . Je n’envisage pas que Nethys soit inculpé.

Vous avez déjà été auditionné par les enquêteurs. Que cherchent-ils?

Ils ont ouvert différents dossiers comme les transactions autour de la vente de Win et Elicio, les rémunérations des administrateurs, des dépenses payées par Nethys qui pourraient être des dépenses personnelles…

Le point a été soumis au dernier conseil d'administration de Noshaq et a été reporté à notre demande pour créer une concertation entre actionnaires sur le sujet. NEB est clairement favorable à ce que Mithra, actionnaire de Noshaq, ait un représentant au CA. La question est de savoir quelle est la meilleure personne pour représenter Mithra au sein de ce CA. La tradition au sein de Noshaq est que le CA décide par consensus. On cherche donc une solution consensuelle. Concrètement, soit Mithra trouve opportun de proposer quelqu’un d’autre que Monsieur Fornieri, soit Mithra maintient sa position sur le fait que c’est François Fornieri lui-même qui doit y aller. Il faudra dès lors se concerter. À ce stade, il n’y a pas de consensus.

Quel est le problème autour de François Fornieri?

Il n’y a pas de problème. Le groupe Mithra est une très belle société mais récemment, Enodia a refusé de voter la décharge aux anciens administrateurs de Nethys dont Monsieur Fornieri. Pendant l’examen de cette question, n’est-il pas mieux que chaque partie reste à l’écart l’une de l’autre? C’est l’attitude que je recommande.

"Ma mission est clairement temporaire. Je n’ai pas vocation, ni volonté, à rester chez Nethys."

Ma mission est clairement temporaire. Je n’ai pas vocation, ni volonté, à rester chez Nethys. Je considérerai que ma mission sera remplie le jour où les processus de vente lancés sont réglés et le jour où il y a une stratégie arrêtée. J’assumerai cette mission jusqu’à la fin. Après cela, mais on n’y est pas encore, le but est de désigner un nouveau CEO et je ne serai pas candidat à cette fonction.

Il n’y a aucune exclusive. Le profil dépendra des futurs secteurs prioritaires de Nethys. L’important n’est pas qu’il soit liégeois ou non, issu du monde politique ou non… Mais, au-delà de ses compétences et de son expérience, il ne devra pas oublier que la finalité de Nethys est de servir l’actionnaire que sont les communes et la province de Liège. Par le passé, Nethys a été confisqué aux actionnaires et cette situation ne peut pas se reproduire.

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés