Roosevelt n’était pas communiste et pourtant…

Le président Franklin Roosevelt (à droite) avait fait injecter des milliards de dollars dans l'économie américaine dans le cadre de son New Deal.

Sans contester l’analyse du gouverneur de la Banque nationale de Belgique, Philippe Destatte estime que la formule sur le régime communiste est "pourrie".

La Région wallonne serait-elle, comme l’affirmait Pierre Wunsch, le gouverneur de la Banque nationale de Belgique, "plus proche d’un régime communiste que d’un régime néo-libéral"?

"La formule sur le communisme est pourrie, mais Pierre Wunsch a raison lorsqu’il dit qu’on a un problème de tension institutionnelle et une structure économique dans le sud du pays qui dépend des transferts de la Flandre."
Philippe Destatte
Directeur de l'Institut Destrée

Observateur avisé de la vie wallonne et directeur de l’Institut Destrée, Philippe Destatte tient à remettre l’église au milieu du village. "La formule sur le communisme est pourrie, mais Pierre Wunsch a raison lorsqu’il dit qu’on a un problème de tension institutionnelle et une structure économique dans le sud du pays qui dépend des transferts de la Flandre. Personne ne peut nier, et je crois ne nie, ni les transferts interrégionaux (inscrits dans la loi de financement de 2014), ni les transferts interpersonnels (environ 10 milliards/an à 1 ou 2 milliards près), ni les tensions institutionnelles que Pierre-Yves Dermagne mettait bien en évidence dans L’Écho de samedi dernier."

Une économie soutenue par les dépenses publiques

Dans sa tirade, le gouverneur pointe aussi le fait que la Wallonie est probablement à 70% de dépenses publiques par rapport au PIB pour 2021 – 2022. Un constat que ne conteste pas Philippe Destatte. "Aujourd’hui l’économie wallonne est essentiellement soutenue par les pouvoirs publics et le secteur du non-marchand et c’est bien là tout le danger dans la période actuelle. Wunsch ne fait jamais que dire que l’économie wallonne va être en grande difficulté, car elle dépend essentiellement des dépenses publiques. Or les finances publiques sont dans le rouge et la tendance va s’accentuer en 2020-2022. Par rapport à 2008 où la Région wallonne a soutenu les banques notamment, ici elle est à sec et rencontre des difficultés pour se financer via emprunt même si le ministre Crucke se veut rassurant."

"Aujourd’hui l’économie wallonne est essentiellement soutenue par les pouvoirs publics et le secteur du non-marchand et c’est bien là tout le danger dans la période actuelle."
Philippe Destatte

Dans les chiffres, voici ce que cela donne. En Wallonie, l’emploi privé représente 56,7%. Il est à 64,6% en Flandre. L’emploi dans l’administration est lui de 21% en Wallonie et 14,6% en Flandre. L’emploi indépendant est de 17,4% en Flandre et 18% en Wallonie. "C’est sur l’emploi public qu’il y a une différence mais en temps de crise, ces personnes qui travaillent dans l’administration ont gardé leur emploi. Sur le long terme, l’emploi public augmente de manière significative (+77.000 emplois entre 2003 et 2017) mais je n’oserais pas dire qu’il y a trop d’infirmières ou trop d’emplois dans les CPAS", fait remarquer Philippe Destatte.

Le New Deal du président Roosevelt

"Le Roosevelt du New Deal n’était pas communiste, de même que Keynes. Ils ont pourtant injecté des milliards d’argent public. Je ne connais d’ailleurs aucun pays européen qu’on puisse qualifier de néo-libéral."
Philippe Destatte

Derrière son constat, Pierre Wunsch semble cependant avoir oublié un élément. "Il oublie qu’on est dans une logique de crise. Un déficit de 6% pour les deux prochaines années est acceptable s’il s’agit d’une transition vers autre chose et un retour à l’équilibre. Nous avons un État en crise qui devra prendre des mesures exceptionnelles dans la limite de ses moyens", souligne Philippe Destatte qui rappelle au passage que le Président américain Roosevelt n’était pas communiste.

"Le Roosevelt du New Deal n’était pas communiste, de même que Keynes. Ils ont pourtant injecté des milliards d’argent public. Je ne connais d’ailleurs aucun pays européen qu’on puisse qualifier de néo-libéral au sens de la révolution américaine ou de pensées de Ronald Reagan ou Margaret Thatcher. Pendant le New Deal, rien que pour les politiques antichômage, dans le deuxième New Deal, Roosevelt va creuser un déficit de 3,5 milliards de dollars 1938, ce qui est considérable. Avec la guerre, la charge fiscale des Américains va être multipliée par trois de 1942 à 1945, passant de 7,6 à 20,4%. "

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés