Semaine sous haute tension dans les sous-bois de Nassogne

©doc

Depuis qu’a germé l’idée, lancée par Eric Domb et soutenue par son nouvel ami co-investisseur flamand Marc Coucke, de créer une immense réserve naturelle au cœur du massif forestier ardennais, on ne peut pas dire qu’elle ait pris paisiblement racine dans les sous-bois de Nassogne. Depuis près d’un an, la majorité communale locale a soufflé le chaud… puis le tiède, tempérant rapidement les ardeurs du plus fougueux des entrepreneurs wallons.

Il se dit que le Bourgmestre de Nassogne Marc Quirynen (cdH) aurait très peu apprécié la soirée médiatique précipitée l’été dernier par le porteur du patron de Pairi Daiza, Eric Domb, au cœur de sa commune alors que les tractations étaient toujours en cours. Et aux dernières nouvelles, le froid perdurerait.

Pour preuve, une proposition "meurtrière" de bail de chasse d’une durée de 9 ans adoubée lundi dernier par le Collège, qui pourrait être validée par le Conseil dès ce jeudi. Si ce scénario devait l’emporter, même "dénonçable" comme un bail locatif classique, il renforcerait l’impression que les adeptes locaux de la chasse et de la filière bois ont emporté la partie qui les oppose depuis un an à ceux, réunis autour d’Eric Domb, qui défendent le projet de réserve naturelle à long terme et de gestion plus douce du patrimoine forestier wallon.

©doc

Il est en effet clair que, pour ne perdre ni son temps ni l’argent récolté, la Fondation Nassonia, qui porte le projet, souhaite pouvoir s’appuyer sur l’adhésion officielle du propriétaire actuel du foncier forestier - la commune de Nassogne -, avant de se lancer pleinement dans ce projet expérimental de longue haleine.

L’alternative voisine se profile

Depuis des mois déjà, certains évoquent – tout comme à demi-mot Eric Domb lui-même – la possibilité de déplacer le projet (ou son premier avatar) non loin de là, en bordure de la commune de Florenville. Le CPAS de Mons y possède depuis plus d’un siècle déjà une immense propriété forestière de 1.600 hectares, héritée par legs et répondant au doux nom des Epioux. Celle-ci est gérée à l’emporte-pièces depuis des décennies, rapportant bien peu à son propriétaire ; un château y tombe d’ailleurs en ruines.

©doc

Certains entrepreneurs forestiers locaux nous ont récemment alertés du fait que le receveur de la Ville de Mons, soucieux de dégager de nouvelles rentrées, revoyait sa politique d’octroi des baux locatifs sur le domaine des Epioux en les limitant dans le temps. "Ce même receveur n’a pas hésité à me dire qu’il verrait d’un bon œil qu’Eric Domb installe son projet aux Epioux et il m’a même demandé mon avis. Si ça ne tenait qu’à lui, ce serait déjà plié… Mais le DNF (Département Nature & Forêt) n’est pas prêt à perdre sa tutelle sur un patrimoine aussi important, même s’il n’en est en théorie que le gestionnaire. Ce serait un très mauvais signal pour les autres communes…", commente un des locataires.

Contacté à ce propos, le Président du CPAS de la Ville de Mons confirme avoir pris l’option de réduire la durée des baux à un an, dans l’attente d’une décision formelle émanant de la Fondation Pairi Daiza et de la Région wallonne.

"Un arbre, ça ne pousse pas comme un champignon; pas même comme un parc animalier. Pour l’instant, nous n’arrivons déjà que difficilement à approvisionner la filière bois locale en quantités suffisantes tant nous travaillons en flux tendus."
Pol-Emile Miest
Entrepreneur actif dans la région de Florenville

Dans le coin, entre Bouillon et Florenville, le message commence à se répandre. Et on évoque le risque de voir bientôt disparaître une importante zone de production de proximité. "Un arbre, ça ne pousse pas comme un champignon; pas même comme un parc animalier. Pour l’instant, nous n’arrivons déjà que difficilement à approvisionner la filière bois locale en quantités suffisantes tant nous travaillons en flux tendus. Fournir chaque année quelque six millions de mètres cubes en gérant le stock de manière cohérente, ça demande d’avoir des réserves suffisantes sur un périmètre non extensible. Et si on ne tient pas la cadence, les industriels de la filière n’hésiteront pas longtemps à aller voir ailleurs, là où l’offre est plus dense à prix comparable", insiste Pol-Emile Miest, un entrepreneur actif dans la région de Florenville, qui a d’ailleurs été temporairement un des gardes-forestiers du domaine concerné il y a plus de trente ans.

Celui-ci ajoute qu’il ne comprend pas comment une réserve naturelle telle que la Fondation Nassonia la rêve pourrait voir le jour sur un domaine coupé en deux par une ligne ferroviaire récemment électrifiée.

Suite du feuilleton local ce jeudi.

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés