interview

Simon Bullman: "Évacuons une possible guerre des bassins à travers les invests régionaux"

©Aude Vanlathem

Pour le président de Sambrinvest, la Région wallonne doit pouvoir compter sur des invests solides et orientées sur leurs zones de responsabilités. "L’élégance aurait voulu que Noshaq nous contacte en disant qu’il y a un investissement qui est prévu à Liège pour une société de Charleroi", tacle-t-il. Entretien.

Le président de Sambrinvest, l’invest carolo, sort de sa réserve. Un coup de sang que Simon Bullman explique par l’investissement que les Liégeois de Noshaq (ex-Meusinvest) viennent de boucler dans la future filiale liégeoise de la société française de biotechnologie Graftys, dont le siège social est situé dans le biopark de Gosselies, sur les terres carolos de Sambrinvest.

CV express

Ancien conseiller communal MR à Courcelles, Simon Bullman préside le comité de direction de Sambrinvest et celui de l’IFAPME (l’Institut wallon de formation en alternance des indépendants et des petites et moyennes entreprises) depuis 2018.

A la tête des garages Bullman entre 1991 à 2017, il a été l’un des plus importants acteurs du monde automobile carolo. Il a cédé la PME familiale au groupe Goyens, en 2018.

Licencié en droit et en management, le carolo est l’un des membres fondateurs du B4C, le club d’affaires de Charleroi.

Comment avez-vous appris que Noshaq allait investir dans Graftys?
En lisant L’Echo et par des amis qui m’ont contacté vendredi à 7h30 pour me demander si j’avais lu le journal. J’ai évidemment pris la température avant de sauter au plafond afin de voir ce qui s’est passé et éventuellement ce qu’on n’aurait pas bien fait. Ce que je regrette dans cet événement, c’est la façon dont cela s’est fait. L’élégance aurait voulu que Noshaq nous contacte en disant qu’il y a un investissement qui est prévu à Liège pour une société de Charleroi. Il aura été plus correct de nous tenir au courant et d’en parler surtout dans un scope biotech qui est un des core business de Sambrinvest.

Où est le problème, finalement?
On voit la volonté de Noshaq de ratisser plus large. Il faut remettre de l’ordre. Le dossier Graftys est un dossier rattaché à Charleroi et pas à Liège. Il ne faut pas que cela se reproduise. C’est l’occasion de se parler.

Mais avant d’accuser Noshaq de venir "chasser" sur les terres carolos, n’y a-t-il pas eu un raté du côté de Sambrinvest qui n’a pas su capter jusqu’au bout ce dossier et vu que cette société cherchait à s’étendre et à lever des fonds?
Peut-être qu’on ne plaît pas à tout le monde. Peut-être qu’au niveau des suivis des dossiers et du prospect, on n’a pas été bon. C’est aussi une analyse qu’on doit être capable de formuler. On a aussi des leçons à tirer. Mais les faits sont là. On voit un invest qui devient de plus en plus puissant avec une pléthore de sociétés au sein d’un même holding, des développements à travers des fonds privés. À 90 kilomètres de distances, les deux invests doivent avoir des relations cordiales et du respect mutuel.

"Je ne dis pas que chacun doit rester chez soi mais il faut se parler."

Dans le cas de Graftys, il y a un manque de respect?
Ce qui s’est passé n’est pas souhaitable. À minima, on aurait pu faire le dossier ensemble. À un moment où Charleroi est déterminé sur son développement économique, évacuons une possible guerre des bassins à travers les invests régionaux. Il faut profiter de cet événement pour préciser les choses. Je ne dis pas que chacun doit rester chez soi mais il faut se parler.

Se parle-t-on entre invests?
J’ai sollicité une entrevue avec Jean-Michel Javaux (le président de Noshaq, NDLR) via Paul Magnette, il y a un mois. On a resollicité un rendez-vous lundi, suite au dossier Graftys. On va se voir dans deux semaines. Ce n’est pas un non-événement, ce qui s’est passé. Il doit nous faire réfléchir sur l’articulation des deux invests. On doit se demander comment deux métropoles, avec des invests qui sont en croissance, peuvent travailler ensemble au redéploiement économique de la Wallonie. Noshaq souhaiterait que l’on crée ensemble une plate-forme internationale dans la biotechnologie. Il faut en parler. La Région wallonne doit pouvoir compter sur des invests solides et orientées sur leurs zones de responsabilités. Mais autant sur les biotechnologies que le digital, il faudra à un moment se dire qu’on ne va pas tous faire la même chose. Si on veut avoir des écosystèmes performants et reconnus à l’international, il faudra qu’on se spécialise, comme dans le médical.

Noshaq ne veut pas fusionner les invests

À Liège, Gaëtan Servais, le directeur de Noshaq (ex-Meusinvest), ne comprend pas tout cet émoi carolo. "La Sowalfin (la coupole publique wallonne qui chapeaute les neuf invests, NDLR) a été informée de notre intervention. On n’a pas cherché à cacher quoi que ce soit. La symbolique n’est pas qu’un dossier part de Gosselies vers Liège mais qu’une société française investisse et s’installe en Wallonie. On parle ici de complémentarité entre Liège et Charleroi. Graftys cherchait un endroit pour produire et s’est intéressée à l’écosystème liégeois que nous avons développé et en particulier à notre incubateur de salle blanche. C’est un facteur d’attractivité. La Wallonie a une très belle carte à jouer dans la biotechnologie. L’écosystème est reconnu internationalement".

Mais à côté de cette polémique, Gaëtan Servais espère surtout que ce dossier ne va pas relancer les projets de fusions des invests étudiés au cabinet du ministre de l’Économie Pierre-Yves Jeholet il y a quelques mois. "Sur base d’un émoi non fondé, il ne faudrait pas en tirer de mauvaises conclusions. C’est plus facile d’améliorer la communication entre les invests que de supprimer des invests. On perdrait beaucoup en valeur ajoutée à fusionner les invests. Ce sont les invests locaux qui créent les écosystèmes et s’occupent de les financer."

Cet épisode ne doit-il pas lancer une réflexion sur la fusion des neuf invests?
L’utilisation des fonds publics doit être évidemment pertinente mais les invests ont leurs spécificités et répondent à des besoins locaux en humant le terreau économique de manière continue. C’est une des plus-values reconnues les plus marquées et complémentaires, par rapport aux banques notamment, mais c’est clair que si nous voulons faire exister les sous-régions dans une économie qui, chaque jour, est un peu plus globale, une réflexion doit être menée au niveau de la Sowalfin afin de négocier ce virage de manière totalement réussie pour l’ensemble de la Wallonie.

Vous parlez de redéploiement pour Charleroi. Quels leviers faut-il encore activer?
La cellule Catch (mise en place après le départ de Caterpillar, NDLR) ne doit pas rester lettre morte dans 15 mois. Il y a un bouwmeester au niveau architectural à Charleroi. Il faut aussi avoir quelqu’un qui soit en charge du volet économique. Vous ne pouvez pas dire que vous allez décloisonner les acteurs comme Igretec et Sambrinvest si à un moment donné vous n’avez pas quelqu’un qui a une vision en hélicoptère sur l’ensemble des acteurs et sur les enjeux. L’évolution à travers Charleroi Entreprendre (un nouvel organe bientôt lancé, NDLR) va permettre d’offrir un guichet unique pour les entreprises et une vision globale sur les acteurs comme Sambrinvest ou Igretec en prolongement notamment du guichet unique lancé par le gouvernement wallon.

Vous pointez les opérateurs publics. Mais les entrepreneurs répondent-ils présents?
Le B4C, le business club carolo, est évidemment là pour aider à la création de valeur. Le B4C va créer un venture lab à Charleroi. Le projet sera mené en collaboration étroite avec le Venture lab de Liège.

Quel va être le travail de ce venture lab?
C’est un incubateur pour les très jeunes entrepreneurs qui, pendant leurs études ou juste à la fin de celles-ci, veulent rencontrer une structure et des entrepreneurs afin de mettre au point leurs projets. C’est du coaching.

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