Surveille-t-on les camps jihadistes dans les Ardennes?

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Plusieurs camps terroristes, dont ceux de Sharia4Belgium et du PKK, sont insuffisamment suivis, révèle un rapport du Comité P.

Un rapport du Comité P discuté hier à huis clos au Parlement a exposé la manière dont notre police et nos services de renseignement ont géré trois "camps" d’extrémistes musulmans dans la province de Liège. "De Tijd" y a eu accès. Le rapport porte sur un "camp djihadiste" de Sharia4Belgium organisé en automne 2013 à Jalhay, un camp de l’organisation kurde PKK organisé en février de l’an dernier à Hombourg et un camp de "Halal Events" organisé en août 2014 à Trois-Ponts. La Sûreté de l’État et plusieurs services de police étaient informés de leur tenue, mais le suivi et les échanges d’informations furent insuffisants, peut-on lire dans le rapport.

Sharia4Belgium et le PKK figurent pourtant sur la liste des "groupements à suivre" de l’Intérieur, parce qu’ils "présentent un intérêt particulier pour l’ordre public". Concernant le troisième camp, le Comité P affirme prudemment que les participants sont des "personnes considérées comme radicales". C’est ce troisième camp qui fut en fin de compte le mieux suivi.

Depuis les faits constatés dans le rapport du Comité P, "la donne a changé, et ce qui était alors imaginable en termes de suivi en 2013 et 2014 ne serait plus possible aujourd'hui", a affirmé ce mercredi matin le chef du groupe MR à la Chambre Denis Ducarme.
Selon Ducarme, le rapport du comité P "est utile", mais il porte sur des faits remontant à l'automne 2013, février 2014 et à l'été 2014. "Ce qui était imaginable alors en termes de suivi ne serait plus possible aujourd'hui, car entre-temps, la menace s'est concrétisée à travers l'attentat au musée juif et et les attentats déjoués par l'intervention des forces de l'ordre à Verviers, et le gouvernement fédéral a renforcé la sécurité à travers 12 mesures".
"Même s'il y a moyen de faire mieux, une telle situation ne serait plus possible compte tenu aussi de la mobilisation du gouvernement au travers des moyens octroyés aux communes" (ndlr: pour les aider à lutter contre l'émergence du radicalisme violent), a encore souligné Denis Ducarme.

Suivi tardif

"Mais selon les services de police, rien n’aurait été mis en œuvre pour suivre ce camp. On n’a donc collecté aucune information supplémentaire."

Le premier camp ne fut localisé par la police judiciaire fédérale de Verviers qu’après deux jours. Pourtant, des appels avaient été lancés via Facebook par Tawheed4Belgium, une organisation radicale liée à Sharia4Belgium. Dans une note, l’organe antiterroriste Ocad avait prévenu de la participation d’un proche du leader de Sharia4Belgium, Fouad Belkacem, peu avant le début du camp. Après un contrôle des plaques d’immatriculation, la police judiciaire de Verviers a averti la Sûreté de l’État de Liège. Le service de renseignements "gérerait la suite des événements".

La police fédérale n’a rien communiqué à la police locale, et une patrouille des forces de police locales a même contrôlé les participants le dimanche 27 octobre, sans être informée de ce qui s'y tramait. "Communication lacunaire", conclut le Comité P. La Sûreté de l’État n’a pas non plus livré de feed-back à la police. "Mais selon les services de police, rien n’aurait été mis en œuvre pour suivre ce camp. On n’a donc collecté aucune information supplémentaire", affirme le Comité P.

Une culture du secret

Les deux autres camps ont bien été localisés avant de commencer, explique le Comité P. Concernant le camp du PKK à Hombourg, cela ne fut cependant le cas que la veille, par la recherche fédérale de Liège. Il a alors été décidé que la Sûreté de l’État et la police fédérale de Liège, qui connaît bien le PKK, tiendraient l’organisation à l’œil. Cette fois, la police locale fut bel et bien informée.

Mais contrairement aux accords pris, la police judiciaire de Liège n’a jamais rédigé de rapport. Aucun document au sein de la police ne contient dès lors les informations collectées. Et la police locale n’a pas non plus reçu de feed-back sur le déroulement du camp sur son propre territoire. "Les responsables de la zone de police nous ont déclaré qu’il leur arrivait régulièrement de ne recevoir aucun feed-back sur ce type d’événement ou sur les informations qu’ils fournissent eux-mêmes à la police judiciaire fédérale", a appris le Comité P. On y évoque une "culture du secret" parmi les responsables de la police de l’époque.

Cela dit, même le département central Terrorisme de la police fédérale n’a rien pu communiquer au Comité P concernant le camp: il n'avait reçu aucune information. Comment la police administrative, qui doit suivre le PKK, peut-elle procéder à une évaluation correcte du groupe? C’est la question que pose le Comité P.

Manque d'intérêt

Ce rapport de police n’a été rédigé et envoyé à la zone locale que sur le troisième camp, celui de l’organisation néerlandaise Halal Events à Trois-Ponts. Cependant, la police locale n’a pu livrer aucune information concernant le déroulement du camp: nombre de participants, incidents, présence d’individus connus de la police…

"Dans ce cas, on peut parler de manque d’intérêt de la personne chargée de ces matières au sein de la zone de police", apprend le rapport. Justification donnée au Comité P par la zone de police? Les participants n’habitaient pas la région et la charge de travail est déjà "particulièrement lourde". Ce que ne comprend pas le Comité P, parce que les zones de police devraient avoir connaissance de telles organisations sur leur territoire.

Le Comité P déplore que les rapports de police relatifs à ces camps soient inexistants ou très lacunaires.

Le Comité P déplore que les rapports de police relatifs à ces camps soient inexistants ou très lacunaires. Un meilleur échange d’informations pendant les camps est crucial pour garantir la sécurité de tous les policiers. Et naturellement pour suivre les groupes en question.

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