Thunder Power n’est plus une priorité pour la Wallonie

©Tim Dirven

Après une série de retards et un dossier qui tarde à se concrétiser à Charleroi, la Région wallonne met un coup de frein dans le projet de Thunder Power.

La fin d'une aventure. L'arrivée de Thunder Power sur l’ancien site de Caterpillar à Charleroi est aujourd’hui à classer dans la catégorie des spéculations. Le ministre de l’Économie Willy Borsus (MR) le dit d’ailleurs très clairement: "La Wallonie a toujours voulu privilégier les projets forts et porteurs d’emplois pour ce site, mais les reports successifs qui concernent Thunder Power, même si certains peuvent logiquement se justifier eu égard à la crise du Covid-19, font aujourd’hui que ce projet ne constitue plus la priorité pour ce site."

"J’ai eu des contacts avec le groupe Merlin, des réunions de travail avec la Sogepa, avec l’Awex, avec la Ville de Charleroi, mais pour l’instant, les négociations sont en cours et plusieurs sites sont en concurrence à travers le globe."
Willy Borsus (MR)
Ministre de l'Économie

Les causes du revirement sont multiples. Il y a d’abord Legoland. Willy Borsus confirme ainsi l’existence du projet. "J’ai eu des contacts avec le groupe Merlin, mais pour l’instant, les négociations sont en cours et plusieurs sites sont en concurrence à travers le globe pour accueillir ce nouveau parc. Attirer de gros projets sur notre territoire requiert énormément de travail, de négociation et de subtilité. Nous restons convaincus des nombreux arguments de la Wallonie pour nos sites en reconversion."

Les multiples reports chinois

À côté des discussions avec les dirigeants de Merlin, la Région wallonne semble surtout s’impatienter face à une lenteur chinoise à financer le projet.

Au moment de sceller leur accord en octobre 2018 pour le développement d’une ligne de production d’une petite citadine électrique à Charleroi, la Région wallonne s’était engagée à apporter 50 millions dans le capital de Thunder Power. Ce financement public était assorti de conditions: l’argent devait exclusivement servir au développement du site carolo. Thunder Power devait également lever des fonds afin de financer les ambitions du constructeur. Or, après plusieurs reports, les choses stagnent. "Une étape importante concernant ce dossier tenait dans une levée de fonds importante qui était attendue courant de ce mois pour le déploiement de l’activité. Or, le Gouvernement de Wallonie a pris connaissance du fait que cette levée de fonds sera reportée à mi-2021", confirme Willy Borsus.

"Le Gouvernement de Wallonie a pris connaissance du fait que cette levée de fonds sera reportée à mi-2021."
Willy Borsus

Ce revirement est-il dommageable pour autant? Hormis peut-être le temps (et les espoirs) perdu sur le dossier chinois, "on n’a jamais renoncé à un projet en parallèle à Thunder Power", précise un des acteurs wallons. Outre Legoland, des sociétés comme Amazon, Apple ont montré une marque d’intérêt. Quant à la question financière, elle reste sous contrôle. "La Région wallonne n’a jusqu’ici injecté aucun euro public dans le dossier Thunder Power", assure-t-on à tous les niveaux.

Pourquoi à Charleroi?

Dans le milieu patronal, la possible arrivée de Legoland est accueillie avec optimisme.  Olivier De Wasseige, l’administrateur délégué de l’Union wallonne des entreprises, s’interroge cependant sur la localisation. "Il faut saisir cette opportunité mais il serait plus opportun de privilégier l’espace laissé par Caterpillar pour localiser des acteurs industriels et placer Legoland ailleurs en Wallonie".

"Il faut saisir cette opportunité mais il serait plus opportun de privilégier l’espace laissé par Caterpillar pour localiser des acteurs industriels et placer Legoland ailleurs en Wallonie."
Olivier De Wasseige
Administrateur délégué de l'UWE

Derrière ce que certains pourraient voir comme une vision corporatiste, Olivier De Wasseige avance des arguments de développement. "On doit réindustrialiser la Wallonie, créer des écosystèmes avec une série d’entreprises. Sur le site de Caterpillar, il y a des bâtiments qui peuvent accueillir un grand un acteur industriel. Il faut y parvenir car on ne peut pas baser le développement de la Wallonie uniquement sur les services", lance-t-il tout en tempérant ses propos. "Évidemment, si Legoland en fait une exclusive, il ne faudrait pas leur refuser le site carolo".

Willy Borsus, ministre wallon de l'Economie: "Il y a un intérêt de principe qui est réel pour évoluer"

Peut-on parler d’une désillusion dans le dossier Thunder Power?

Oui, c’est un espoir déçu même si j’ai indiqué depuis le début que le dossier était fragile et la crise du Covid n’a rien arrangé. Le projet n’est plus prioritaire. Même si nous n’avons pas fermé la porte à Thunder Power, le dossier est en grande difficulté.

A l’inverse, peut-on parler d’un solide intérêt de la part de Legoland?

Oui, il y a un grand intérêt mais cet intérêt ne concerne pas que la Wallonie. Il y a beaucoup de pays candidats à l’accueil pour ce type d’investissement. On peut dire qu’à ce jour il y a un intérêt de principe qui est réel pour évoluer.

L’Union wallonne des entreprises plaide pour que le site carolo soit réservé à un acteur industriel. Partagez-vous  cette vision?

Il y a quatre ans que ce site est disponible.  L’identification d’un acteur industriel n’est pas simple. Cela reste pour nous une piste mais ma volonté est de recréer de l’emploi à travers un acteur industriel, via la relocalisation d’activités ou à travers de l’activité de loisir comme Legoland. Si Legoland s’installe à proximité de la Wallonie mais à l’extérieur, il y aura une attractivité pour la Wallonie mais cela ne créera pas d'emplois chez nous.

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