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Un plan pour modifier l'ADN de la Wallonie

Dans le cadre de son plan Get Up Wallonia, le gouvernement wallon a reçu un dernier rapport du conseil stratégique. Il comprend 51 mesures destinées à relancer la Wallonie.

Le plan de relance de la Wallonie entre dans sa dernière ligne droite politique. «Enfin», diront les plus pressés qui s’impatientaient de ne rien voir venir depuis le lancement des travaux de Get Up Wallonia par le ministre-président socialiste Elio Di Rupo le 22 avril 2020.

Dans un deuxième rapport décrit comme «provisoire», le conseil stratégique vient de déposer sur la table du gouvernement 51 actions. Le document de 371 pages se décrit comme une réponse aux multiples défis socio-économiques et environnementaux pointés par la Wallonie au lendemain de la crise du Covid. Le document pointe, entre autres, la nécessité de relocaliser la production de biens liés à la santé et l’alimentation, réindustrialiser la Wallonie pour augmenter ses capacités de production et garantir une meilleure autonomie, faciliter l’utilisation des pratiques numériques et du travail à domicile ou bien soutenir les circuits courts.

12 mois de chantier

Sans juger du fond, le travail abattu ces 12 derniers mois est colossal. À côté des rapports d’une série de consultants, trois task forces installées par le gouvernement wallon PS-MR-Ecolo autour des thèmes de l’économie, l’environnement et l’emploi-formation, ont donné naissance à 206 propositions. La consultation citoyenne lancée à l’automne dernier a, elle, fait naître quelque 53.000 contributions récoltées auprès de 7.304 personnes. Enfin, la touche finale revenait au conseil stratégique. Chargés de débroussailler tout ce terrain pour le gouvernement, les 9 académiciens du conseil viennent de finaliser une nouvelle version d’un rapport qui se décrit comme une synthèse de tout ce brainstorming.

La suite est politique. Il revient au gouvernement de finaliser son plan au regard des équilibres entre le PS, le MR et Ecolo.

Vision à 2030

Il est évidemment difficile d’affirmer que tout ce brassage d’idées permettra à la Wallonie de se redresser rapidement après la crise du Covid. Mais, à travers ses propositions qui seront prochainement examinées (et retravaillées?) par le gouvernement en vue de finaliser Get Up Wallonia, le conseil stratégique a tenté de dessiner une vision pour la Wallonie à l’horizon 2030 afin d’en faire «une Région résolument tournée vers une prospérité plurielle à travers le territoire, les entreprises et les citoyens, et qui intègre les enjeux d’équité intergénérationnelle».

À travers ce rapport, les experts donne comme vision "une Région résolument tournée vers une prospérité plurielle à travers le territoire, les entreprises et les citoyens, et qui intègre les enjeux d’équité intergénérationnelle".
Rapport du conseil stratégique

Voilà pour résumer le contexte. La situation est évidemment multiple. Dans son rapport, le conseil stratégique revient en long et en large sur les maux wallons comme l’important taux de chômage ou les carences dans la formation. Les experts pointent aussi un désamour de l’entreprise, une dépendance au subside, un poids de l’emploi public plus important par rapport à d’autres régions européennes ou belges, une difficulté d’affirmer et de renforcer une symbolique wallonne notamment due par l’affirmation permanente de l’autonomie communale couplée à une érosion progressive des compétences de l’institution provinciale.

Formation

Pour remédier à toutes ces carences, pointons quatre recommandations qui, aux yeux des experts, devraient donner un solide coup de boost au redéploiement du sud du pays.

"La Wallonie doit utilement soutenir la dynamique du Pacte d’Excellence dans les matières pour lesquelles elle possède la compétence."
Rapport du conseil stratégique

Un des points forts pour la relance passe par la formation des jeunes. «La Wallonie doit utilement soutenir la dynamique du Pacte d’Excellence dans les matières pour lesquelles elle possède la compétence de manière à contribuer à l’amélioration de la formation initiale et de l’enseignement en Wallonie.» L’alternance doit ainsi dépasser les expériences pilotes et devenir le «nouveau normal» en opérant un «basculement progressif de tout ou partie de certaines filières d’enseignement qualifiant de plein exercice vers des parcours en alternance».

Chiffres-clés

53.000: La consultation citoyenne lancée à l’automne dernier a fait naître 53.000 contributions récoltées auprès de 7.304 personnes.

206: Trois task forces installées par le gouvernement wallon ont fait un premier tri et donné naissance à 206 propositions.

51: Enfin, la touche finale revenait au conseil stratégique pour ne retenir que 51 propositions destinées à relancer la Wallonie.

Sur le terrain, cette dynamique passe par des actes forts comme un renforcement des formations en entreprise, un allongement de la durée de stage pour les filières d’ingénieur afin de les porter à 6 mois en dernière année, une réflexion sur la rémunération obligatoire pour les stages dont la durée est de minimum 6 mois, l’attribution d’un nombre de crédits (ECTS) important aux modules de stages à l’université et dans les institutions d’enseignement supérieur.

Parallèlement à la question de la formation, la pénurie de main-d’œuvre qualifiée est considérée comme un frein au développement de la Wallonie, notamment dans les filières techniques et scientifiques (STEM). Pour rebooster ces filières professionnelles, il est par exemple proposé au gouvernement de soutenir et favoriser l’émergence des écoles portées sur les métiers d’avenir.

Redéploiement des entreprises

Aussi évident que le premier, l’autre axe de redéploiement concerne le développement des entreprises tant sur le plan local que sur la scène internationale. Pour les experts, «entreprendre en Wallonie doit permettre aux porteurs de projet de se consacrer pleinement à leur projet entrepreneurial». Cela implique «de poursuivre et amplifier les efforts afin de rendre l’accès aux différents soutiens le plus simple et le plus direct possible». Le rapport estime cependant qu’une différenciation dans les méthodes de soutien doit être instaurée «afin de canaliser les moyens additionnels vers les entreprises/projets les plus bénéfiques pour le redéploiement régional, sans pour autant étouffer la créativité entrepreneuriale dans les secteurs émergents».

51
mesures
Inspirées des 206 propositions des trois task forces et des 53.000 contributions citoyennes, les 51 actions reprises dans le rapport des 9 académiciens du conseil stratégiques vont maintenant faire l'objet d'une analyse politique.

Parmi les actions à prévoir, il est recommandé de rationaliser «massivement le nombre de dispositifs d’aides/mesures existantes (166 dispositifs wallons différents actuellement) de soutien aux entreprises/indépendants». Les aides doivent ainsi miser sur les entreprises dont le potentiel de développement aura un impact significatif pour l’économie régionale et non en analysant l’aide en fonction du chiffre d’affaires ou de la taille de l’entreprise.

Un parcours pour les entreprises à haut potentiel de croissance devrait aussi voir le jour afin d’accompagner au mieux les entreprises les plus prometteuses. Enfin, pour aider les acteurs économiques de premier plan dans tout ce dédale, un «account manager» devrait être affecté à chaque dossier stratégique en vue de proposer à l'entreprise une approche «customer success».

Développer la 5G

Mais pour accélérer son développement, tant au niveau de la formation que dans le monde entrepreneurial, la Wallonie doit se numériser. Le déploiement de la 5G constituera donc «une étape importante et inéluctable», qui doit être «encadrée» par une évaluation sur les plans de l’environnement, de la santé publique, de l'efficacité économique, de la sécurité des données et du respect de la vie privée. Vu le caractère sensible lié au développement de la 5G, «la priorité doit être donnée aux usages les plus productifs et se concentrer sur la couverture de zones d'activités économiques prioritaires où des applications à haut potentiel de croissance pourraient utilement bénéficier de ce réseau», estiment les experts.

Marchés publics

Enfin, un quatrième levier de redéploiement aborde la question des marchés publics. Avec une dépense publique de près de 19 milliards en 2021, les pouvoirs publics wallons «sont des acteurs économiques de premier plan», et les marchés publics ont un impact «considérable sur le développement et l’emploi régional» Afin de maximiser cet effet de levier, les experts encouragent la Wallonie à «simplifier l’accès aux marchés publics pour les PME» et intégrant des clauses sociales, circulaires et environnementales, dans le but de favoriser l’accès aux entreprises locales.

Eviter la temporalité politique

Le rapport du conseil stratégique dessine un horizon à 2030. Il donne aussi au gouvernement un tempo pour implémenter les mesures. Ainsi, parmi les 51 actions proposées, certaines «peuvent être lancées, et pour plusieurs réalisées, dans les deux ans, d’ici à mi-2023», assure-t-il tout en dressant la liste. D’autres mesures par contre ne produiront leurs premiers effets qu’au-delà de trois ans comme la réforme de la formation en alternance.

Ce cap donné par les experts va donc au-delà de la législature. Cela fait de ce plan un enjeu qui doit dépasser les clivages politiques et ne doit pas être modifié au gré de la majorité gouvernementale qui pourrait se redessiner après les élections de 2024.

Afin d’éviter cet écueil temporel et politique, le conseil stratégique a défini certaines modalités de gouvernance. «Chaque action devrait disposer d’une autonomie de gestion (sous forme d’une cellule propre établie pour 3 à 5 ans) et établir son plan de travail sur lequel elle rendra régulièrement des comptes au gouvernement: la cellule transversale du Service public de Wallonie pourrait assurer la cohérence d’ensemble des cellules projets et définir des outils de rapportage (projet, niveau d’avancement et analyse de risques).»

Le résumé

  • Dans le cadre du plan de relance de la Wallonie, le gouvernement wallon a mandaté une série d'experts en vue de recevoir des propositions.
  • Après près de 12 mois de chantier, 51 actions rédigées par un conseil stratégique viennent d'être transmises à l'exécutif wallon.
  • Pour les experts, la relance doit miser sur la jeunesse, la soutenabilité environnementale, le développement économique, le bien-être et la solidarité, et enfin sur une gouvernance participative.
  • Le gouvernement doit maintenant finaliser son plan Get Up Wallonia en ajustant les équilibres politiques.

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