Une Biotech School à Gosselies pour booster le secteur

Face au manque main-d’œuvre pour le secteur Biotech, la Wallonie pourrait construire une école pour pallier la pénurie. ©Kristof Vadino

En plein boom, le secteur de la biotech éprouve des difficultés à trouver de la main d'œuvre. Un centre de formation sur le site du Biopark à Gosselies pourrait voir le jour.

Parmi les étendards du plan de relance que la Wallonie a envoyé à l’Europe, un projet attire l’attention. C’est la création d’une Biotech School sur le site du Biopark à Gosselies. Un investissement de 30 millions d’euros pour 10.000 m² de bâtiment.

Derrière les briques, le futur hub se définit comme un centre de formation dédié aux métiers du monde de la biotech. Sa mission: jouer les leviers face au manque inquiétant de main-d’œuvre dans le secteur qui est en pleine croissance avec des entreprises qui se multiplient et engagent à tour de bras en Wallonie.

Un besoin de bras

Pour se faire une petite idée de la situation du marché de l’emploi dans le secteur de la biotech, rien de tel que des chiffres. Aujourd’hui, le secteur évalue à 2.400 personnes les besoins des entreprises pour ces trois prochaines années. Il s’agit d’une fourchette basse. Entre 700 et 800 postes seraient actuellement vacants. Au Forem par exemple, les services ont reçu 248 offres d’emploi des entreprises rien que pour le mois janvier. «C’est le secteur le plus performant pour le moment», confirme Marie-Kristine Vanbockestal, l’administratrice générale du Forem. «En 2020, 2.150 nouveaux postes ont été ouverts dans ce secteur. C’est 700 de plus par rapport à 2019. Les fonctions demandées sont surtout des fonctions de production et de fabrication comme des techniciens et des opérateurs de production.»

"En 2020, 2.150 nouveaux postes ont été ouverts dans ce secteur. C’est 700 de plus par rapport à 2019."
Marie-Kristine Vanbockestal
Administratrice générale du Forem

Face à cette tension sur le marché de l’emploi, on comprend mieux les inquiétudes du secteur. Frédéric Druck, le directeur de la fédération d’Essenscia Wallonie, y voit une conjonction d’éléments. «Avec les actions menées depuis de nombreuses années pour développer la biotech en Wallonie comme le plan Marshall, la chaîne de valeur s’agrandit. Il y a toujours une excellence dans la recherche et l’innovation, mais des acteurs ont aussi grandi et développé des outils de production». On peut pointer Thermo Fisher (ex Novasep) à Seneffe, Catalent (ex MastherCell) à Gosselies ou Exothera (la branche d'Univercells) à Jumet, mais aussi les big pharmas (UCB à Braine l'Alleud va ouvrir plusieurs centaines de postes dans les 3 ans). «Il y a une accélération au niveau de la production. À cela s’ajoute un problème de formation et de sourcing. Résultat, c’est devenu de plus en plus compliqué de trouver du personnel. Avec tous les projets qui sont en cours, on suppose que ces entreprises vont devoir engager entre 500 et 1.000 personnes par an à partir de 2025.»

"Il y a toujours une excellence dans la recherche et l’innovation, mais des acteurs ont aussi grandi et développé des outils de production."
Frédéric Druck
Directeur d'Essenscia Wallonie

D'UCB à Catch

Face à cette pépinière d’entreprises qui ne demandent qu’à grandir sur la scène internationale, responsables politiques et acteurs de terrain cherchent une réponse afin de ne pas brider la croissance. Un investissement de 6 millions porté par Essenscia et le Forem est par exemple en cours de réalisation sur le site de formation du Cefochim à Seneffe. «On y installe une deuxième salle blanche afin de compléter l’offre de formation. Cela permet d’augmenter les capacités, mais ce n’est pas suffisant», explique Frédéric Druck.

C’est ainsi que l’idée de la création d’une Biotech School fait son chemin. À vrai dire, le projet existe depuis 2019. Imaginé par UCB, il est repris par la cellule Catch au lendemain de la fermeture de l’usine de Caterpillar à Gosselies. «Tout part d’un besoin de main-d’œuvre. L'idée n'était pas de créer un acteur de formation en plus, mais au contraire de rassembler les énergies pour créer un centre d'excellence avec ambition européenne et répondre au mieux aux besoins des entreprises», explique un des porteurs du projet. Faute de moyens pour la financer, l’école restera dans les cartons jusqu’à l’arrivée du plan Get Up Wallonie pour se retrouver en fin de compte dans le plan de relance européen.

Comment éviter un trou d’air?

Décrite comme un centre «high level», la Biotech School rassemblera les opérateurs de la formation et vise à encourager l’immersion des jeunes, des étudiants et des demandeurs d’emploi dans les métiers scientifiques (STEM). Des formations sur la transformation numérique du secteur seront aussi dispensées tout comme des compétences managériales. Enfin, le dossier rentré à l’Europe mise sur le pouvoir d’attraction de l’investissement en attirant des projets académiques et d’entreprises. «On doit donner de la visibilité au secteur. On est leader en Europe en termes d’investissements en recherche et en infrastructure. Il faut un projet emblématique qui fédère tous les acteurs et attire de nouveaux acteurs», se réjouit Frédéric Druck.  

"On est leader en Europe en termes d’investissements en recherche et en infrastructures. Il faut un projet emblématique qui fédère tous les acteurs et attire de nouveaux acteurs."
Frédéric Druck
Directeur d'Essenscia Wallonie

Sur papier, le projet séduit. La fiche technique parle d’un impact de 820 millions au niveau du PIB et la création de 10.000 emplois directs et indirects sur les dix prochaines années.

Reste le problème de l’immédiateté. Entre la pose de la première pierre et l’ouverture officielle de l’école, il pourrait s’écouler trois à cinq ans. D’ici là, comment la Wallonie va-t-elle résoudre les problèmes de main d’œuvre dans les entreprises? «Ce projet est très bien, mais à côté de cela, il faut autre chose pour résoudre les problèmes que nous connaissons au niveau de l’emploi aujourd'hui. Sans solution intermédiaire, on risque d’hypothéquer la croissance de l’écosystème», s’inquiète par exemple Sylvie Ponchaut, la directrice de Biowin, le pôle de compétitivité dans les sciences du vivant.

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