Une entreprise wallonne sur deux risque la faillite

Pour l'UWE, certains secteurs comme l'aéronautique vont avoir besoin d'un soutien public jusqu'à la fin 2022. ©Dieter Telemans

En cas de nouveau confinement, et sans l'injection d'importantes aides, le patronat wallon estime que 49% des entreprises pourraient disparaître.

Les voyants sont au rouge pour les entreprises wallonnes et il suffit de plonger dans les chiffres fournis par l’Union wallonne des entreprises (UWE) ce jeudi matin pour s’en rendre compte.

Une Wallonie plus vulnérable

Mais avant de passer en revue les indicateurs, il est peut-être utile de replacer le contexte, même s’il n’a échappé à personne. Alors que les perspectives d’un rebond en V s’éloignent et se dessinent aujourd’hui un nouveau creux - avec une reprise éventuellement en mode W -, un éventuel reconfinement comme en mars aurait inévitablement des conséquences immédiates pour le tissu économique du sud du pays.

"La Wallonie présente un profil plus vulnérable par le fait qu’il y a beaucoup de petites entreprises."
Union wallonne des entreprises (UWE)

La cause est morphologique et renvoie à ce contraste entre une Flandre composée de grandes entreprises et une Wallonie entrepreneuriale essentiellement construite sur des petites et moyennes entreprises. «La Wallonie présente un profil plus vulnérable par le fait qu’il y a beaucoup de petites entreprises », rappelle ainsi l’Union wallonne des entreprises à travers une enquête conjoncturelle.

Cette fragilité se reflète dans les indicateurs. Tant en matière de vente, d’emplois, d’exportations ou d’investissements, tous les voyants sont rentrés dans un rouge vif. Prenons l’emploi. «Si en septembre, les entrepreneurs wallons anticipaient une moindre détérioration de leur activité pour les 6 prochains mois », rappelle l’UWE, la situation s’est renversée depuis quelques semaines avec une chute de 17% du chiffre d’affaires en moyenne en octobre alors que la moyenne belge est de moins 14%.

25%
Selon l'UWE, sur l’ensemble de la période monitorée (fin mars à octobre), l’activité des entreprises wallonnes a diminué en moyenne de 25%.

C’est du côté des indépendants (-43%) et des petites entreprises (-30%) que la baisse se fait le plus ressentir. « Pour l’ensemble de 2021, le chiffre d’affaires des entreprises wallonnes restera en moyenne inférieur de 11% à leur niveau d’avant crise. » Du côté des investissements, l’enquête pointe une baisse d’un tiers et les exportations reculent de 2/3. Les exportations wallonnes pourraient ainsi reculer de 5 à 10 milliards d’euros en 2020 par rapport à 2019. «Un chiffre résume la situation : sur l’ensemble de la période monitorée (fin mars à octobre), l’activité des entreprises wallonnes a diminué en moyenne de 25% ! »

Déjà 14.000 emplois perdus

L’un dans l’autre, cette situation met les entreprises au bord du gouffre avec un risque de faillite qui n’a jamais été aussi grand pour près d’une entreprise sur deux en Wallonie, ressort-il de l’enquête de l’UWE auprès des chefs d’entreprise wallons. « Si un second confinement de 6 semaines devait avoir lieu, 49% des entreprises indiquent qu’elles ne survivraient que si, et seulement si, les mesures de soutien du printemps étaient répétées », relève l’UWE qui donne encore ce chiffre : « 6% des entreprises ne survivraient pas à ce deuxième confinement. »

50.000
emplois
Le patronat wallon s’attend à la destruction de 3,5% de l’emploi cette année, soit 20.000 postes et une perte de 35.000 à 50.000 emplois d’ici la fin 2021.

Au risque de faillite s’ajoute la destruction d’emplois, qui atteint des niveaux inquiétants. Au premier semestre 2020, il y a eu 14.000 pertes d’emploi dans le secteur privé et de l’intérim en Wallonie. « Sur les 6 premiers mois, il y a eu moins de pertes d’emploi qu’estimé mais en octobre, la crainte d’un nouveau confinement a assombri les perspectives », note le patronat wallon qui s’attend à la destruction de 3,5% de l’emploi cette année, soit 20.000 postes et une perte de 35.000 à 50.000 emplois d’ici la fin 2021.

«On va se retrouver dans une nouvelle période de confinement pire que le premier confinement.»
Olivier De Wasseige
Administrateur délégué de l’UWE

Face à cette photographie, le patronat wallon n’y va pas par quatre chemins. Il faudra de nouveaux soutiens publics. «On va se retrouver dans une nouvelle période de confinement pire que le premier confinement », estime Olivier De Wasseige, l’administrateur délégué de l’UWE. « Au premier confinement, les carnets de commandes étaient pleins et les entreprises ont pu travailler. Aujourd’hui, les carnets de commandes ne se remplissent plus 

Outre un prolongement des aides jusqu’à la fin 2022 pour les secteurs les plus en difficulté,  l’UWE plaide pour la distribution de subsides aux entreprises. «Les premières aides en début de crise étaient en trésorerie et il fallait les rembourser. Si les nouvelles aides sont des prêts et pas des subsides, cela va accentuer les problèmes de trésorerie des entreprises. »

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