Une poignée de candidats pour reprendre Veviba

©Patrick Hattori

Le dossier arrive sur la table du gouvernement wallon. Les éleveurs souhaitent un deal belgo-belge.

La saga autour des abattoirs du groupe Verbist pourrait connaître un sacré coup d’accélérateur ce jeudi. Du côté wallon, les négociateurs pourraient en effet trancher parmi les candidats à la reprise des sites de Veviba (Bastogne) et Lanciers (Rochefort), deux des trois abattoirs du groupe épinglé au début de l’année pour des étiquettes falsifiées et des exportations de viande frauduleuses.

Le 10 avril dernier, date ultime de dépôt des offres auprès de la Sogepa, le bras financier de la Région wallonne chargé d’examiner les candidatures, une trentaine d’opérateurs s’étaient manifestés. À l’issue d’un premier tour, une majorité d’entre eux sont restés sur le carreau. Il ne resterait plus qu’une grosse demi-douzaine de candidats sérieux en lice, croit savoir un de ceux-ci.

Qui figure dans ce petit peloton? Sachant que la Sogepa ne communique pas à ce sujet, on en est réduit à formuler des hypothèses en consultant le marché. Résultat de ces coups de sonde, il y aurait au moins un opérateur irlandais parmi les derniers candidats, de même qu’un néerlandais, sans doute le groupe Vion, peut-être aussi un français, mais qui ne serait pas le groupe Bigard qui avait été cité précédemment, ainsi que des offrants belges, flamands comme wallons.

Pas moyen de savoir s’il reste encore un candidat allemand. Parmi les belges, il semble avéré, en revanche, que reste en course la Coopérative des éleveurs de Wallonie (CEW), cette société constituée pour l’occasion à ce stade par onze éleveurs du sud du pays avec le concours actif de la Fédération wallonne de l’agriculture (FWA).

9.000
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La filière bovine wallonne concerne 9.000 éleveurs et 60.000 emplois indirects.

Pour les 9.000 éleveurs de la filière bovine wallonne, l’enjeu est crucial. Le secteur pâtit fortement des effets du scandale Veviba, qui à travers le sous-secteur des abattoirs a jeté la suspicion sur l’ensemble de leurs produits, alors qu’il souffrait déjà, auparavant, en raison de la pression sur les prix mise par le secteur de la grande distribution.

Pour la FWA, partenaire des éleveurs dans la CEW, un des points centraux du dossier tient à la nationalité du repreneur. "Nous redoutons de voir arriver à Bastogne un ou des opérateurs étrangers, explique Marie-Laurence Semaille, conseillère à la FWA. C’est évident qu’il faut préparer l’après-Veviba, mais il faut le faire en continuant à intégrer des acteurs belges dans le fonctionnement de l’outil. Si on confie celui-ci à des Néerlandais ou des Irlandais, qu’en sera-t-il des spécificités wallonnes, telles que nos exploitations familiales en races allaitantes ou le blanc-bleu-belge? Quelle attention accorderont-ils au maintien du type de viande qu’apprécient les consommateurs belges?"

Les éleveurs wallons pas tout seuls

Les éleveurs réunis dans la coopérative candidate ont déposé un dossier à double entrée. Ils proposent de reprendre l’abattoir de Bastogne, mais ils proposent aussi de fonctionner en partenariat avec l’industriel qui serait choisi. Une seule condition à cela: que ce dernier soit belge. Pour les raisons évoquées ci-dessus et pour favoriser la proximité ainsi que les circuits courts.

"On a tout intérêt à voir les éleveurs-producteurs s’impliquer davantage dans l’ensemble de la filière."
Marie-Laurence Semaille

"Il y a convergence d’intérêts pour accroître la transparence de la filière et regagner la confiance des consommateurs dans celle-ci, développe Marie-Laurence Semaille. Dans ce but, on a tout intérêt à voir les éleveurs-producteurs s’impliquer davantage dans l’ensemble de la filière. Un industriel pourrait trouver son intérêt, dans ce cadre, dans un partenariat avec une coopérative d’éleveurs. L’image du secteur y gagnerait car les éleveurs pourront s’investir plus loin dans la filière, la raccourcir (en allant jusqu’à contacter eux-mêmes les grands distributeurs), et donner davantage de garanties aux consommateurs quant à la manière de transformer le produit. Ils devraient, globalement, se réapproprier la communication autour de leurs produits."

À qui le pouvoir de signature?

Reste un élément important à prendre en compte: le groupe Verbist est resté propriétaire des abattoirs. Pas des bâtiments à Bastogne, qui appartiennent à la commune, la province et l’intercommunale Idelux, mais bien des installations. Il se dit d’ailleurs que Veviba, qui a fait l’objet d’importants investissements, est un outil magnifique, à la pointe du progrès en Belgique. Le cas de Lanciers, à Rochefort, est différent: cet abattoir-là aurait au contraire besoin d’être remis à neuf. À noter que les candidatures pouvaient porter sur l’un ou l’autre site, ou sur l’ensemble.

D’aucuns prêtent aux Irlandais un désir profond de s’implanter dans le secteur en Europe continentale.
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De nombreuses questions se posent encore. Quel pouvoir auront la Sogepa et le gouvernement wallon dans la prise de décision, par rapport au groupe Verbist, propriétaire de l’outil? Quels critères seront-ils jugés prépondérants? Si c’est le critère financier, il est possible, voire probable que les candidats étrangers emportent la mise.

D’aucuns prêtent aux Irlandais un désir profond de s’implanter dans le secteur en Europe continentale. Ils sont en train de perdre des marchés au Royaume-Uni, conséquence du Brexit, et sont tentés de compenser cela en débarquant de ce côté-ci du Channel. Pas sûr, toutefois, que ce sera le critère décisif. Louis Verbist a fourni quelque effort en continuant à payer les salaires des travailleurs de Veviba; il se montrera peut-être plus sensible aux arguments de continuité.

Quelle sera la réaction des grands distributeurs?

Un autre élément risque de peser lourd aussi dans la balance: la récupération des anciens clients de Veviba, au premier rang desquels le groupe Delhaize. Suite au scandale, pour rappel, Veviba s’est vu retirer par l’Afsca (Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire) ses agréments pour son atelier de découpe et son activité de congélation. Il a perdu ses principaux clients, dont Delhaize et Colruyt.

L’abattoir nouvelle mouture a tout intérêt à renouer avec les grands distributeurs s’il veut remettre son chiffre d’affaires à niveau. D’où l’intérêt, pour le gouvernement wallon comme pour Louis Verbist, de choisir un repreneur qui soit synonyme du retour de la confiance. Ce qui ne rime pas forcément avec "mieux offrant"…

Mais qu’en pense le groupe Ahold Delhaize lui-même? Serait-il prêt, le cas échéant, à refaire des affaires avec Veviba, nouvelle manière? "C’est une bonne question, mais qui ne repose que sur des hypothèses, répond Roel Dekelver, le porte-parole de Delhaize Belgium. Actuellement, nous restons sur nos positions, qui sont de ne plus travailler avec Veviba. Mais on suit l’évolution du dossier. À l’avenir, on examinera quel groupe sera derrière l’abattoir, quelles seront les garanties… On évaluera la situation quand celle-ci aura changé."

Autrement dit, le distributeur n’exclut pas de retourner à Bastogne si les nouvelles conditions l’agréent. "Toutes les options restent ouvertes", dit-il. Raison de plus pour que la Sogepa, le gouvernement wallon et… Louis Verbist prennent la bonne décision.

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