Union sacrée entre Alstom et Thales pour former leurs ingénieurs

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Fleurons de l’industrie carolo, Alstom et Thales Alenia Space pestent face à la pénurie d’ingénieurs et les formations inadéquates. Avec les universités francophones, ils viennent de lancer un cursus de type universitaire destiné à parfaire la formation de leurs futurs cadres.

C’est l’histoire de l’union sacrée entre deux géants de l’industrie carolo, Alstom et Thales Alenia Space, qui sont parvenus à lancer avec les universités francophones un cursus interuniversitaire afin de former leurs futurs ingénieurs.

Pénurie d’ingénieurs

Mais avant de se plonger au cœur du problème qui touche ces héritiers de la dynastie des Acec, il est probablement important de replacer le contexte. Rien de neuf. Alors que le chômage en Wallonie oscille autour des 200.000 personnes, de plus en plus d’entreprises éprouvent des difficultés à embaucher. La pénurie touche particulièrement certains profils comme des bouchers ou encore des ingénieurs. Rien que dans l’industrie technologique, Agoria évalue à 5.000 le nombre de postes restés vacants en Wallonie l’année dernière. "Et selon un sondage que nous avons mené en février 2018, 80% des 341 entreprises participantes déclaraient éprouver des difficultés de recrutement", rappelle Dominique Demonté, le nouveau directeur d’Agoria Wallonie.

Une initiative inédite

Abordons maintenant le cas d’Alstom et Thales Alenia Space. Il illustre parfaitement les solutions que les entreprises mettent en place pour contourner cette pénurie. "L’initiative est vraiment intéressante car elle permet de mobiliser rapidement la mise en place de formations pour répondre à des besoins industriels dans des niches", résume Dominique Demonté.

La démarche est probablement inédite en Wallonie. Tout part d’une série de contacts entre ces deux industriels et la cellule Catch chargée de redynamiser l’activité économique dans la région de Charleroi suite à la fermeture de l’usine de Caterpillar il y a deux ans. "Nous avons face à nous des boîtes qui sont des champions du monde dans l’électronique de l’énergie et leur plus gros défi n’est pas de trouver des clients mais d’engager des cadres de qualité à Charleroi", s’étonne Thomas Dermine, le coordinateur de la cellule Catch.

Pour illustrer ce qui doit probablement donner des cheveux gris aux responsables des ressources humaines des deux entreprises, il suffit de se plonger dans le nombre de postes ouverts. Tant Alstom que Thales recherchent une centaine de personnes. "On a du mal à recruter. Chez Thales Alenia Space qui emploie 750 personnes dont un tiers d’ingénieurs, nous avons embauché 50 personnes ces derniers mois et on recherche encore une dizaine de profils", témoigne Marc Bekemans, le responsable de la recherche et de l’innovation chez Thales Alenia Space Charleroi où 50% de l’électronique d’Ariane est fabriqué. Selon Marc Bekemans, le principal défi est d’arriver à trouver des futurs ingénieurs qui ont une connaissance transversale en électronique de puissance. "Ce domaine intègre une variété de disciplines comme l’électronique, le thermique, le contrôle,…On a du mal de trouver toutes ces compétences chez une même personne."

Trop de saucissonnage dans la formation

Pour tenter de comprendre l’origine de cette carence dans la formation des ingénieurs, il faut notamment se tourner vers les universités qui saucissonnent les formations. "En master d’ingénieur civil, on a énormément de formations à la carte. Il y a trop de variantes et les étudiants ont la possibilité de choisir une spécification plutôt qu’une autre. Résultat, lors des interviews d’embauche, si vous voyez 5 personnes, vous avez 5 profils différents. Or nous cherchons des généralistes. C’est un vrai problème car dans le spatial, les constantes temps sont de plus en plus réduites pour la livraison des produits. Nous avons donc besoin d’ingénieurs opérationnels plus rapidement", assure Marc Bekemans.

Si jusqu’ici, Thales Alenia Space formait en interne ses futurs ingénieurs "sur des matières qu’ils pourraient apprendre sur les bancs de l’université", avant de leur enseigner les process industriels propres à l’activité spatiale de l’entreprise, la formation qui vient d’être lancée avec Alstom à Charleroi en partenariat avec L’UMons, l’ULiège, l’UCL et l’ULB va probablement alléger ce coûteux fardeau.

De type universitaire, cette formation s’adresse à des ingénieurs déjà en exercice. Lancée sur le campus de l’université ouverte à Charleroi en début de semaine, elle va permettre aux participants d’acquérir une maîtrise globale des différents aspects de la transformation de l’énergie électrique. "C’est une première formation où la collaboration entre les universités et les industriels est probablement aussi poussée", insiste Marc Bekemans qui assurera une partie du cursus.

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