interview

Valérie De Bue: "L'administration utilise 33 logiciels de gestion des subsides, on va uniformiser"

©anthony dehez

Fraîchement installée dans les anciens bureaux de Jean-Luc Crucke, Valérie De Bue entend accélérer la marche au niveau des pouvoirs publics, sa compétence aux côtés du tourisme, du patrimoine et de la sécurité routière.

Si elle reprendra notamment le chantier autour du télétravail mené par la ministre sortante, Alda Greoli (cdH), "pour répondre aux problèmes de mobilité", la Nivelloise Valérie De Bue entend surtout s’attaquer aux défis récemment soulignés par la delivery unit "CIO Team".

Constituée en mai dernier de trois agents du Service public de Wallonie (SPW) et appuyée par une équipe de consultants de Roland Berger, elle se devait de dresser l’état des lieux de la digitalisation de l’administration, afin d’envisager sa préparation pour demain et sa modernisation. Elle vient de clôturer la première étape, dite d’information, d’où devaient ressortir un diagnostic et des recommandations. Des phases d’exploration, c’est-à-dire de mise en œuvre de projets jugés prioritaires pour créer les conditions de la transformation, puis de formation et de transformation doivent encore suivre.

Deux millions d’euros seront investis dans la création d’une application unique pour les subsides.

À ce stade, que retenir? Quelques grandes lignes. Qu’il convient de généraliser et de fluidifier les parcours digitaux pour les agents et les usagers, mais aussi de développer des processus de développement de produits informatiques pluriels et adaptés aux besoins. Qu’il faudra revoir le modèle économique pour financer ces efforts – et peut-être revoir les domaines d’attention – , en sachant que la digitalisation occupe aujourd’hui à elle seule 1 à 2% des investissements consentis. Qu’il reste à analyser les changements à apporter à la politique RH pour renforcer l’attractivité des métiers.

Un bon exemple du premier point tient à l’accès aux subsides. "33 logiciels coexistent en vue de gérer leur demande, leur traitement et leur paiement – quand on en dénombre 18 du côté des dépenses publiques et 13 pour les processus RH, pointe Valérie De Bue. On veut désormais uniformiser tout cela." Dans cette optique, la ministre a annoncé jeudi dernier, au lendemain du conclave budgétaire wallon, que deux millions d’euros avaient été débloqués en vue de la création d’une application unique pour les subsides. À naître "en 2020".

Pour améliorer le service public, il faut améliorer son fonctionnement.

Du reste, pour connaître l’ensemble des moyens d’action relevés par la "CIO Team", il faudra encore patienter. Le mandat de l’équipe court en effet jusqu’en 2021.

La charge de travail à l’étude

Mais d’ici là, pas question de se tourner les pouces, cela va de soi. Un autre grand chantier a d’ailleurs déjà été annoncé en matière de pouvoirs et occupera la ministre dans les mois à venir: une vaste étude sur la charge de travail des agents. Objectif? Voir ce qui peut clocher dans une tâche qui "doit être rendue attractive et dans laquelle un cadre doit être créé avec des perspectives d’avenir pour les collaborateurs", évoque la ministre. Mais aussi "évaluer les besoins en personnel". Coût total de l’opération? Un million d’euros. Le projet est aujourd’hui en finalisation, avec un marché public qui devrait bientôt être ouvert à candidatures, quand les résultats sont attendus pour l’an prochain. Elle doit prolonger une première étude qui avait été réalisée l’an dernier sur le bien-être au travail au SPW, de laquelle le premier facteur de risques psychosociaux ressorti concernait la charge de travail.

Car si l’ambition est que les services offerts aux usagers (citoyens, entreprises…) soient "simples, rapides et efficaces", il faut aussi pouvoir offrir "du temps, du plaisir et du sens" aux agents. Le service public, après tout, cela reste le travail "pour la collectivité, dans l’intérêt général".

6% des agents ont moins de 30 ans.

Ce qui passera par plus de statutaires? En effet, dans la déclaration de politique régionale (DPR) adoptée par la coalition PS-MR-Ecolo, on lit que le gouvernement "veillera à privilégier le régime du statut pour les agents" dans la fonction publique. Simple à avaler pour une libérale? "Il y a un équilibre dans la DPR. On dit à la fois le statut, oui avec des objectifs qui ont été définis mais aussi que l’on veut une attention forte pour les contractuels (qui représentent 4.300 des 10.000 agents du SPW, NDLR) que l’on entend continuer à valoriser. En fait, derrière cette formulation, l’idée est surtout de dire que le statut n’est pas abandonné", commente la ministre.

D’une demi-journée à 5 jours de formation par an

Du reste, Valérie De Bue entend actionner un autre levier: celui de la formation. En vue de muer l’outil public vers "du conseil, de l’écoute, de l’accompagnement". Et non plus de le limiter à un seul rôle de "gendarme". D’une demi-journée de formation par an, la ministre veut atteindre les 5 jours annuels sous la législature. Trois millions d’euros ont été mis sur la table à cet effet. "Car si l’on veut améliorer les services, il faut aussi améliorer notre fonctionnement. Nous devons accompagner le changement. Pour l’heure, les carrières sont encore trop cloisonnées par service par exemple". Notons qu’à ce stade, seuls 6% des agents ont moins de 30 ans.

L’administration doit être aujourd’hui plus conseiller que gendarme.

L’accompagnement des fonctionnaires se fera notamment grâce à la relance, en concertation avec la Fédération Wallonie-Bruxelles, du certificat en management public (CMP) de l’École d’administration publique. La DPR vise une rentrée d’ici septembre 2020, "ce qui est très ambitieux car il ne faut pas oublier qu’il faut mettre en place les formations avec les universités". Pour rappel, les candidats passés avec succès par cette formation constituent un "pool" dans lequel il est possible de piocher pour des nominations dans la fonction publique. Une réserve d’autant plus cruciale que la cinquantaine des "tops jobs" (secrétaires généraux, directeurs et inspecteurs généraux) au niveau wallon aujourd’hui sous mandat vont être déclarés vacants dans les semaines à venir.

Prête la ministre? Son cabinet est en tout cas au complet, même si quelques profils ne sont pas encore physiquement arrivés à la rue des Brigades d’Irlande, où elle officie.

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