interview

Valérie De Bue (MR): "Je suis considérée comme une femme et c’est pour cela que cela m’est arrivé"

©Photo News

Après une semaine de silence et malgré son Covid, la ministre Valérie De Bue revient sur son éviction (avortée) au sein du gouvernement wallon. Elle adresse aussi un message...

C’est une séquence que Valérie De Bue a envie d’oublier. Après une semaine de silence et malgré son test positif au covid, la ministre libérale se confie. Elle entend aussi délivrer un message.

Une simple variable présidentielle

Tout commence par un coup de fil jeudi matin. On est le premier octobre. Dans une heure, les futurs ministres du gouvernement fédéral doivent prêter serment devant le Roi.

"C’est le choc. J’ai ressenti beaucoup d’injustice quand il m’a annoncé sa décision et me dit que ce n’est pas à cause de mon travail."

A l’autre bout du téléphone, c’est Georges-Louis Bouchez, son président qui lui annonce son éviction en tant que ministre libérale du gouvernement wallon pour recaser l’ex-ministre fédéral Denis Ducarme. "C’est le choc. J’ai ressenti beaucoup d’injustice quand il m’a annoncé sa décision et me dit que ce n’est pas à cause de mon travail. Il m’a d’ailleurs dit que mon travail était irréprochable. A ce moment, j’ai vite compris que j’étais qu’une simple variable d’ajustement, car la décision reposait sur la constitution du gouvernement fédéral et le fait qu’il fallait donner une autre perspective de mandat à Denis Ducarme!"

Une femme, c’est plus facile…

La suite va très vite. Les réactions s’enchaînent. "J’ai réuni mon équipe. J’ai reçu énormément de soutien de mon équipe et de mes proches. Les marques de sympathie sont aussi venues des autres familles politiques. C’était l’incompréhension chez tout le monde."

"Il a reconnu que c’était plus facile d’évacuer une femme moins médiatisée qu’un Jean-Luc Crucke. Cela ne peut pas fonctionner comme cela."

Le recul aidant avec sa mise en quarantaine, Valérie De Bue estime aujourd’hui que rien ne serait arrivé si elle avait été un homme. "Je suis considérée comme une femme et c’est pour cela que cela m’est arrivé. Il a reconnu que c’était plus facile d’évacuer une femme moins médiatisée qu’un Jean-Luc Crucke. Cela ne peut pas fonctionner comme cela. Je n’ai pas voulu me plaindre publiquement à ce moment parce que je pense qu’il y a des situations plus compliquées que la mienne mais les mentalités doivent changer."

Tout va très vite. La décision du président du MR est très vite contestée. Sur le fond mais aussi sur son aspect légal, car en retirant une femme du gouvernement wallon, Georges-Louis Bouchez a placé celui-ci dans l’illégalité par rapport à un décret de 2019 qui oblige l’exécutif wallon d’être composé d’au moins un tiers de femmes et d’hommes. "Il est apparu que cette décision était impossible et dans l’heure, j’ai reçu un coup de fil pour me dire que je restais au gouvernement."

"Il m’a dit que ce fut une décision très compliquée et qu’il n’était pas fier, même au moment de me l’annoncer."

Les quotas, un mal nécessaire

Depuis la semaine dernière, Valérie De Bue a eu l’occasion de vider son sac. «"Je lui ai dit ce que j’avais sur le cœur, sur la manière dont le casting a été établi. Je lui ai dit que c’était très choquant d’avoir été débarquée de cette façon. Il m’a dit que ce fut une décision très compliquée et qu’il n’était pas fier, même au moment de me l’annoncer."

Ragaillardie par les messages d’encouragements, Valérie De Bue assure n’avoir pas de rancœur vis-à-vis de Georges-Louis Bouchez. "La rancœur et l’amertume ne font pas partie de mon vocabulaire. J’ai confiance dans mon parti", assure-t-elle.

"Les quotas de femmes dans les gouvernements restent un mal nécessaire et ne sont pas encore intégrés par tout le monde."

Sans revenir sur les mots d’oiseaux et autres qualificatifs comme clan mafieux lancés par certains libéraux alors qu’elle n’a pas pu assister aux débats car déjà en quarantaine, Valérie De Bue veut en retirer du positif comme le débat sur la méritocratie. "C’était un des objectifs développés lors de la candidature de Georges-Louis Bouchez à la présidence du MR il y a un an. Il s’était engagé dans cette voie-là lors de sa campagne. Cet accident montre comment un parti politique doit évoluer en matière de gouvernance au XXIe siècle. J’ai confiance en mon parti. Les règles de gouvernance qui ont été mises en place vont permettre de challenger le président du parti. Le pouvoir ne peut plus être entre les mains d’une seule personne. On doit aujourd’hui regarder vers l’avant et le MR doit être à nouveau en ordre de marche." Quant au président, elle estime avoir eu l’occasion de laver son linge sale en famille. "J’ai confiance dans sa capacité de mettre en place ces réformes. On repart de zéro.""

Quant à la place des femmes dans la société, elle rappelle à juste titre que les choses doivent encore changer. "Les quotas de femmes dans les gouvernements restent un mal nécessaire et ne sont pas encore intégrés par tout le monde. Georges-Louis Bouchez n’a pas pensé à ces quotas. Cela démontre qu’il faut faire évoluer les mentalités pour un équilibre. La société n’est plus à même d’accepter cette inégalité, mais il reste énormément de travail. Ce combat n’est pas terminé et ce type d’incident doit permettre de le poursuivre."

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